RÉ­VEILLEZ-VOUS, VOUS AVEZ ÉTÉ MA­NI­PU­LÉ

L e pou­voir a chan­gé grâce aux nou­velles tech­no­lo­gies. Le conte­nu n’est plus gé­né­ré uni­que­ment par les so­cié­tés de mé­dia ou de presse. Au­jourd’hui, les consom­ma­teurs du conte­nu ont leur mot à dire. Il y a plus d’une dé­cen­nie, un nou­veau pay­sage est né. Il

Le Manager - - Décryptage Actu De Mois - Par Ex­pert IT & E-com­merce www.wis­se­moues­la­ti.com

C’est quoi web 2.0 ? Le terme web 2.0 a été pro­po­sé dans le cadre d’une con­fé­rence te­nue en août 2004 qui a ren­du compte de la trans­for­ma­tion d’un web simple pas­sif en web col­la­bo­ra­tif, grâce à la nais­sance des pla­te­formes des don­nées par­ta­gées. Les ar­chi­tec­tures des ré­seaux so­ciaux com­mencent à ap­pa­raître, is­sues de la contri­bu­tion es­sen­tielle des usa­gers à la créa­tion des conte­nus et des for­mats de pu­bli­ca­tion. C’est en 2005 que Tim O’reilly, fon­da­teur de la mai­son d’édi­tion O’reilly Me­dia, spé­cia­li­sée dans l’in­for­ma­tique, a pu­blié son ar­ticle men­tion­nant que la clef du suc­cès dans cette nou­velle étape de l’évo­lu­tion du web ré­side dans l’in­tel­li­gence col­lec­tive. Le Web 2.0, c’est de rendre le pou­voir à l’uti­li­sa­teur en lui of­frant la pos­si­bi­li­té de créer, com­men­ter, échan­ger et par­ta­ger. Les in­ter­nautes ont la pos­si­bi­li­té de pu­blier des conte­nus nu­mé­riques à tra­vers les ré­seaux so­ciaux, les blogs, les posts, les ar­ticles, les sto­ries, sur Wi­ki­pé­dia, Ins­ta­gram, You­tube, Twit­ter, ...

De l’in­tel­li­gence in­di­vi­duelle vers l’in­tel­li­gence col­lec­tive ? Le phé­no­mène des ré­seaux so­ciaux est de­ve­nu un des traits les plus dis­tinc­tifs de l’ère web 2.0. Dé­jà avec plus de 2,13 mil­liards d’uti­li­sa­teurs ac­tifs chaque mois, Fa­ce­book est de­ve­nu l’in­car­na­tion par ex­cel­lence des ré­seaux so­ciaux. Mais est-ce vrai­ment à quoi Tim O’reilly fai­sait al­lu­sion par l’émer­gence de l’in­tel­li­gence col­lec­tive et la créa­tion des ou­tils du web 2.0 ? Une in­tel­li­gence col­lec­tive qui as­sure qu’une com­mu­nau­té vir­tuelle puisse avoir des in­ter­ac­tions mul­tiples entre ses adhé­rents afin que de nou­velles ca­pa­ci­tés ré­sul­tant de ces in­ter­ac­tions puissent sur­gir. Cer­tains phi­lo­sophes et scien­ti­fiques vont même rê­ver, comme l’a men­tion­né le phi­lo­sophe fran­co-tu­ni­sien Pierre Lé­vy, de «l’in­tel­li­gence col­lec­tive sur In­ter­net, le pro­jet d’une in­tel­li­gence va­riée, par­tout dis­tri­buée ; sans cesse va­lo­ri­sée, co­or­don­née et mise en sy­ner­gie en temps réel et qui abou­tit à une mo­bi­li­sa­tion ef­fec­tive des connais­sances». Cette nou­velle in­tel­li­gence col­lec­tive pos­sible grâce aux graines de pen­sée des e-membres uti­li­sant les nou­velles tech­no­lo­gies nu­mé­riques du WEB 2.0 afin de for­mer une su­per-conscience !

Les Nou­veaux e-vo­leurs de l’at­ten­tion : sou­riez, vous êtes ma­ni­pu­lé ! Qui a le pou­voir en 2018 ? Qui gou­verne qui? Nous ou nos smart­phones ? Est-ce que nous sommes dans la su­per-conscience, celle dé­crite par Pierre ou dé­fi­nie par Tim en 2015 ? Mal­heu­reu­se­ment, les an­neaux de Sa­turne sont plus proches que cette di­vi­ni­té col­lec­tive 2.0. Dé­jà lorsque vous com­men­cez à feuille­ter votre ac­tua­li­té Fa­ce­book ou vous ou­vrez votre page d’ac­cueil Google ou Ya­hoo!, vous avez ven­du votre at­ten­tion et vous êtes fil­mé par les GAFA (acro­nyme de Google Ama­zon, Fa­ce­book Apple). En 2004, Pa­trick Le Lay, an­cien PDG de TF1, ci­tait « ce que nous ven­dons à Co­ca-co­la, c’est du temps de cer­veau dis­po­nible ». Cette ci­ta­tion est res­tée dans les an­nales. Tout est jeu d’at­ten­tion! Les ré­seaux so­ciaux, mé­dias so­ciaux savent bien jouer le jeu et si ce n’est pas tri­cher car­ré­ment ! Pour­quoi tri­cher ? Parce qu’à la té­lé­vi­sion, le mes­sage dif­fu­sé est in­tru­sif à un mo­ment don­né. On ne choi­sit ni le mo­ment ni la du­rée. La pres­sion du mes­sage TV se­ra per­çue dans la plu­part des cas comme une pres­sion ex­terne cau­sée par la TV. Elle a bien sûr un im­pact mais la plu­part des cas, on est bien conscient du mes­sage vi­déo (à moins qu’il soit un mes­sage sub­li­mi­nal). On peut tou­jours igno­rer ce mes­sage grâce à nos filtres conscients et tant que l’at­ten­tion du client n’est pas cap­tée au­cun mes­sage ne peut po­ten­tiel­le­ment l’in­té­res­ser, il n’y a pas donc de ma­ni­pu­la­tion. Alors que dans les nou­veaux mé­dias 2.0 c’est une tout autre his­toire. C’est de la ma­ni­pu­la­tion par ex­cel­lence. Lorsque vous cli­quez sur un lien, vous avez l’im- pres­sion (ou vous croyez) que c’est vous qui avez cli­qué sur tel pro­duit, ap­pli­ca­tion, mes­sage, pro­fil ; donc ce mes­sage n’a plus pour vous cette pres­sion ex­terne ni un cô­té in­tru­sif. Vous l’ac­cep­tez comme si vous étiez sous hyp­nose (vous l’êtes dé­jà). Car, grâce à (ou à cause de) votre pro­fil, ac­tua­li­tés pu­bliées, vos com­men­taires, vos re­cherches quo­ti­diennes et vos Like & Dis­like, les ré­seaux étu­dient mi­nu­tieu­se­ment votre pro­fil afin de vous orien­ter pour cli­quer sur les en­tre­prises ou mé­dias qui offrent des ser­vices ayant un lien avec votre vie pro­fes­sion­nelle et même pri­vée. Afin d’ab­sor­ber votre at­ten­tion, les ré­seaux so­ciaux 2.0 ne vous mon­tre­ront sur votre fil d’ac­tua­li­té que la sé­lec­tion des in­for­ma­tions liées à votre ac­ti­vi­té. Vous au­rez l’im­pres­sion que vous choi­sis­sez alors que le jeu est biai­sé !

«In­cep­tion « : ré­veillez-vous, vous avez été ma­ni­pu­lé Dans le film amé­ri­cain « In­cep­tion », la no­tion du « rêve par­ta­gé » est une mé­thode per­met­tant d’in­fluen­cer l’in­cons­cient d’une vic­time pen­dant qu’elle rêve. Des « ex­trac­teurs » s’im­miscent alors dans ce rêve, qu’ils ont préa­la­ble­ment mo­de­lé et qu’ils peuvent contrô­ler, afin d’y vo­ler des in­for­ma­tions sen­sibles sto­ckées dans le sub­cons­cient de la cible. C’est pa­reil pour les nou­veaux ré­seaux so­ciaux qui vous in­sèrent dans des groupes de com­mu­nau­tés comme des tri­bus pour at­ti­rer votre at­ten­tion et tra­vailler une ap­par­te­nance tri­bale, puis s’ins­talle un mo­dèle d’échange avec vos sem­blables, soi-di­sant une forme de ré­ci­pro­ci­té au sein de la com­mu­nau­té. Les ex­trac­teurs d’in­for­ma­tions s’im­miscent en­suite et fe­ront le reste pour ab­sor­ber votre at­ten­tion et vous ne faites plus la dif­fé­rence entre rêve ou réa­li­té. Fa­ce­book se­ra votre nou­veau monde et vous se­rez le ser­vi­teur de votre smart­phone ! Alors que c’est sup­po­sé être le contraire, c’est le mo­bile qui doit vous ser­vir. Le rêve semble réel quand on y est, ce n’est que quand on se ré­veille que l’on se rend compte qu’il avait quelque chose d’étrange : ré­veillez-vous, vous avez été ma­ni­pu­lé !

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