CÉ­RÉ­BRALE

L’HÉ­MOR­RA­GIE

Le Manager - - DÉCRYPTAGE | CHRONIQUE -

Quele lec­teur se ras­sure vite, Le Ma­na­ger ne s’est pas re­con­ver­ti en re­vue mé­di­cale, loin s’en faut ! Ce­pen­dant, il y a dans le pays un ma­laise de l’em­ploi. En ef­fet, ré­vo­lue est cette époque où toute per­sonne pou­vait en­tre­prendre des études puis pou­voir tra­vailler dans le do­maine de son choix et pro­gres­ser, pro­fes­sion­nel­le­ment, sans in­quié­tude avec l’ho­ri­zon d’une pai­sible re­traite. Au­jourd’hui et de­puis nombre d’an­nées dé­jà, plu­sieurs di­plô­més n’ont plus qu’une chance mi­nime de s’as­su­rer un dé­bou­ché fai­sant ap­pel à leur for­ma­tion. S’ils ne se re­trouvent pas au chô­mage, cer­tains, pro­ba­ble­ment la ma­jo­ri­té d’entre eux, se voient obli­gés de com­po­ser avec les op­por­tu­ni­tés dis­po­nibles, dif­fé­rentes de ce qu’ils en­vi­sa­geaient comme mé­tier. Pous­sons la ré­flexion. En toute lo­gique, pour les plus chan­ceux, ar­ri­ver à dé­ni­cher un job en adé­qua­tion avec leurs com­pé­tences de­vrait consti­tuer une sa­tis­fac­tion per­met­tant de voir la vie au­tre­ment avec de nou­velles as­pi­ra­tions. Et pour­tant! Peu de per­sonnes avancent qu’elles aiment ce qu’elles font et il n’est pas rare d’en­tendre l’une d’entre elles dé­cla­rer, en al­lant re­joindre son tra­vail : «Je vais à la cor­vée.»

La ou les rai­sons à ce­la? Beau­coup de per­sonnes se sentent stres­sées, dé­pri­mées au quo­ti­dien. A l’ori­gine il peut y avoir des rai­sons per­son­nelles, les dif­fi­cul- tés de la vie comme des pro­blèmes de san­té, fa­mi­liaux, d’ar­gent ou autres. Mais il y a éga­le­ment, pro­ba­ble­ment plus im­pac­tant, ce­lui du dé­fi­cit d’épa­nouis­se­ment per­son­nel, de l’en­vi­ron­ne­ment pro­fes­sion­nel peu mo­ti­vant et de l’ab­sence de consi­dé­ra­tion et de res­pect. L’on ne de­vrait pas prendre ces constats avec lé­gè­re­té. L’exer­cice d’un mé­tier oc­cupe un cer­tain temps et nul ne peut se conten­ter d’une ac­ti­vi­té à moi­tié sa­tis­fai­sante. N’ou­blions pas que ce temps re­pré­sente pas moins du tiers d’une vie au quo­ti­dien soit en­vi­ron 120 jours sur les 365 de l’an­née. Qui peut donc se per­mettre de pas­ser ce temps à four­nir des ef­forts qu’il ap­pré­cie peu ou pas du tout ? Par ce biais il fi­nit par ar­ri­ver, comme le vit le pays, que ceux ayant des am­bi­tions dans la vie, font le choix d’al­ler res­pi­rer l’air ailleurs, sous de meilleurs cieux à leur sens, par­tant du cal­cul qu’ils ont tout à ga­gner et rien à perdre par rap­port à leur si­tua­tion ou po­si­tion ac­tuelle. Sans oc­cul­ter ceux qui, au pé­ril de leur vie, tentent de fran­chir terre et mer, vers ce qu’ils pensent être l’el­do­ra­do, ce phé­no­mène concerne l’émi­gra­tion des di­plô­més, tou­chés par le chô­mage ou qui ont fait le choix de fi­nir leurs études à l’étran­ger dont 7% seule­ment prend la dé­ci­sion de ren­trer en Tu­ni­sie.

Quid de la mo­bi­li­té in­ter­na­tio­nale L’ou­ver­ture sur l’étran­ger et le dé­sir de mo­bi­li­té in­ter­na­tio­nale semblent ain­si être de­ve­nus l’état d’es­prit do­mi­nant au­près des cadres, jeunes comme moins jeunes. Ain­si, se­lon L’OCDE, quelque 94.000 «cer­veaux» tu­ni­siens au­raient quit­té le pays entre 2011 et 2017. Au­cune don­née of­fi­cielle contra­dic­toire n’est ren­due dis­po­nible sur ce point. In­évi­table face au chô­mage des di­plô­més du su­pé­rieur, qui a dou­blé de­puis 2005. Se­lon des chiffres of­fi­ciels, on comp­te­rait au­jourd’hui 240.000 di­plô­més à la re­cherche d’un pre­mier em­ploi (près de 40% du to­tal des chô­meurs!), aux­quels s’ajoutent ceux at­ti­rés par de meilleures condi­tions d’exer­cice et de ré­mu­né­ra­tions. Au-de­là de la faible ré­mu­né­ra­tion et du cadre pro­fes­sion­nel peu per­for­mant, la Tu­ni­sie pré­sente un autre point de dé­mo­ti­va­tion: le faible bud­get consa­cré aux centres de re­cherche qui ne per­met pas aux cher­cheurs d’ex­pri­mer toutes leurs com­pé­tences. Ils re­gardent alors en di­rec­tion des pays dé­ve­lop­pés où leurs tra­vaux peuvent avoir de meilleures chances de va­lo­ri­sa­tion. Ré­sul­tat, tou­jours d’après L’OCDE, 45% des jeunes mé­de­cins, ins­crits en 2017 à l’ordre ain­si que 2.000 in­gé­nieurs ont quit­té la Tu­ni­sie pour d’autres pays à la re­cherche de nou­velles op­por­tu­ni­tés et 95% des in­gé­nieurs for­més à l’étran­ger, par­ti­cu­liè­re­ment dans les tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion, ne ren­tre­raient

pas au pays. Un to­tal de 20% des Tu­ni­siens di­plô­més de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur exer­ce­rait dans di­vers pays de L’OCDE. Par ailleurs, cette «fuite» vers un autre pays, à la re­cherche de meilleures op­por­tu­ni­tés, n’est pas uni­que­ment l’apa­nage des di­plô­més. Leurs en­sei­gnants sont éga­le­ment at­ti­rés par l’ap­pel du large. Se­lon une ré­cente étude, l’union des En­sei­gnants Uni­ver­si­taires Cher­cheurs Tu­ni­siens (IJABA) livre une si­tua­tion, non moins in­quié­tante, d’un en­sei­gne­ment su­pé­rieur ti­raillé par la fuite de ses com­pé­tences avec 4.200 en­sei­gnants uni­ver­si­taires qui ont quit­té la Tu­ni­sie après la ré­vo­lu­tion. De plus, 78% des en­sei­gnants in­ter­ro­gés, dans le cadre d’une étude me­née par L’ITES , n’ex­cluent pas de quit­ter la Tu­ni­sie. 24.223 en­sei­gnants uni­ver­si­taires tu­ni­siens sont dé­jà ins­tal­lés à l’étran­ger. Re­joi­gnant le constat ci­té plus haut, l’étude sou­ligne la dé­té­rio­ra­tion de l’ac­ti­vi­té de re­cherche scien­ti­fique au sein de l’uni­ver­si­té tu­ni­sienne, tra­duite par une ré­duc­tion, sur 2016 et 2017, de 77% du bud­get al­loué à ses tra­vaux. A l’en­semble vient s’ajou­ter la dé­gra­da­tion de la va­leur de la mon­naie na­tio­nale qui freine la par­ti­ci­pa­tion de l’en­sei­gnant uni­ver­si­taire à des voyages d’études afin de prendre part à des confé­rences ou d’échan­ger des ex­pé­riences scien­ti­fiques. Avec, en prime, la sup­pres­sion de plu­sieurs abon­ne­ments aux re­vues scien- ti­fiques, com­pres­sion bud­gé­taire oblige, l’en­sei­gnant se re­trouve dé­con­nec­té du monde de la re­cherche. Le diag­nos­tic est ain­si fait. Nous avons bien là une «hé­mor­ra­gie cé­ré­brale» dé­cla­rée.

En quoi consiste le ca­chet élec­tro­nique vi­sible? Le ca­chet élec­tro­nique vi­sible se pré­sente sous la forme d’un QR Code qui contient la si­gna­ture élec­tro­nique des don­nées du do­cu­ment qui le porte. Ain­si, en com­pa­rant les don­nées du ca­chet à celles ins­crites sur le do­cu­ment, il est pos­sible d’at­tes­ter ou non de l’au­then­ti­ci­té de ce der­nier. Pour l’ex­trac­tion des don­nées du ca­chet, nous avons dé­ve­lop­pé une ap­pli­ca­tion gra­tuite, Qr-check, à ins­tal­ler sur les smart­phones An­droid. Des ap­pli­ca­tions pour IOS et d’autres pla­te­formes, ain­si que la com­pa­ti­bi­li­té avec des lec­teurs de codes à barres en 2D, sont ac­tuel­le­ment en cours de dé­ve­lop­pe­ment.

En quoi est-il su­pé­rieur au tam­pon clas­sique ? Con­trai­re­ment aux tam­pons clas­siques, le ca­chet élec­tro­nique est qua­si im­pos­sible à fal­si­fier, grâce no­tam­ment aux al­go­rithmes de si­gna­ture et de chif­fre­ment uti­li­sés pour gé­né­rer le QR Code. Ce der­nier a aus­si le mé­rite de sau­ve­gar­der les in­for­ma­tions sous un for­mat simple à ex­por­ter vers d’autres ma­chines et à uti­li­ser par d’autres lo­gi­ciels, sans avoir re­cours à la sai­sie ma­nuelle. Le plus grand avan­tage du ca­chet élec­tro­nique ré­side dans le fait qu’il per­met d’au­then­ti­fier les do­cu­ments même s’il s’agit d’une simple pho­to­co­pie. Le ca­chet, étant vi­sible éga­le­ment sur la co­pie, per­met tou­jours de vé­ri­fier la vé­ra­ci­té du do­cu­ment ce qui pour­rait nous dé­bar­ras­ser des co­pies conformes. C’est d’ailleurs l’un des points sur le­quel nous col­la­bo­rons avec une com­mis­sion spé­ciale éta­blie au sein de la pré­si­dence du Gou­ver­ne­ment. Ce­pen­dant, il est à no­ter que le ca­chet élec­tro­nique ne s’ap­plique pas à tous les do­cu­ments. Seuls les fi­chiers struc­tu­rés, tels que les di­plômes, les ex­traits de nais­sance, les re­gistres de com­merce ou en­core les at­tes­ta­tions de tra­vail peuvent en bé­né­fi­cier. Pour cha­cune de ces ca­té­go­ries, nous pré­pa­re­rons, en col­la­bo­ra­tion avec la com­mis­sion au sein de la pré­si­dence du Gou­ver­ne­ment, un mo­dèle stan­dar­di­sé qui peut être uti­li­sé pour tous les ca­chets nu­mé­riques. Et pour as­su­rer une sé­cu­ri­té ab­so­lue, la du­rée de vie d’un ca­chet élec­tro­nique se­ra li­mi­té de deux à trois ans, au bout des­quels le por­teur du do­cu­ment doit le re-si­gner une nou­velle fois. Ce­ci nous per­met­tra la mise à jour conti­nue de l’al­go­rithme uti­li­sé dans le chif­frage des don­nées. Ain­si, nous al­lons mettre en place une pla­te­forme qui per­met­trait à tout por­teur de do­cu­ment de le mettre à jour à dis­tance.

Les ad­mi­nis­tra­tions sont-elles prêtes pour adop­ter ce ca­chet? Nous y oeu­vrons. D’abord, il faut que chaque ad­mi­nis­tra­tion se pro­cure son ca­chet élec­tro­nique, ce qui ne de­vrait pas prendre trop de temps. Mais la dif­fi­cul­té ré­side dans la pré­pa­ra­tion de l’in­fra­struc­ture adé­quate. Lors­qu’une ad­mi­nis­tra­tion veut vé­ri­fier la va­li­di­té d’un di­plôme, par exemple, une re­quête doit être en­voyée aux ser­veurs de l’uni­ver­si­té en ques­tion afin d’en ex­traire les don­nées de l’étu­diant pour les com­pa­rer avec celles du do­cu­ment. Pour qu’un tel sys­tème soit fonc­tion­nel, il faut que les ad­mi­nis­tra­tions aient des bases de don­nées opé­ra­tion­nelles et suf­fi­sam­ment mises à jour. À L’ANCE, nous avons éga­le­ment pré­pa­ré un kit qui per­met­trait aux ad­mi­nis­tra­tions d’in­clure les fonc­tion­na­li­tés de la si­gna­ture élec­tro­nique sur leurs sites web.

Com­ment une en­tre­prise peut-elle se pro­cu­rer un ca­chet élec­tro­nique ? Il suf­fit de nous en­voyer la liste des per­sonnes qui uti­li­se­ront le ca­chet, ain­si que leurs cer­ti­fi­cats élec­tro­niques. Ces per­sonnes doivent avoir au préa­lable leurs si­gna­tures élec­tro­niques. Ce­ci est tout ce dont nous avons be­soin pour gé­né­rer un Par­lez-nous des dif­fé­rentes étapes de ce pro­jet ? Nous avons dé­mar­ré à pré­pa­rer le ca­chet élec­tro­nique dès fé­vrier 2017. Au dé­part, il ne nous était pas pos­sible de pous­ser vers une large adop­tion du ca­chet élec­tro­nique , en rai­son de la non prise en charge par le stan­dard 2D-doc des ca­rac­tères arabes uti­li­sés dans la ma­jo­ri­té des do­cu­ments of­fi­ciels. Nous avons si­gné dès l’an der­nier les pre­mières conven­tions d’uti­li­sa­tion du ca­chet élec­tro­nique avec quelques éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. Les di­plômes is­sus de ces ins­ti­tu­tions portent ain­si le ca­chet nu­mé­rique.

Qui étaient vos par­te­naires ? Le pro­jet a été ini­tié par L’ANCE qui a oeu­vré en so­lo sur les as­pects tech­niques du pro­jet. Mais nous sommes conscients que pour gé­né­ra­li­ser l’uti­li­sa­tion du ca­chet élec­tro­nique nous avons be­soin de nouer plu­sieurs par­te­na­riats.

Quels sont vos pro­jets fu­turs ? Nous rê­vons de do­ter chaque ci­toyen de sa si­gna­ture élec­tro­nique pour ou­vrir la voie à des pro­cé­dures ad­mi­nis­tra­tives to­ta­le­ment dé­ma­té­ria­li­sées et à dis­tance. Une large adop­tion de la si­gna­ture élec­tro­nique par les ci­toyens per­met­tra de re­voir à la baisse les ta­rifs en vi­gueur qui sont ac­tuel­le­ment de 80 di­nars à payer tous les deux ans. Nous pen­sons éga­le­ment à col­la­bo­rer avec la Poste pour qu’on puisse uti­li­ser son large ré­seau d’agences pour la dis­tri­bu­tion des cer­ti­fi­cats élec­tro­niques sous forme de cartes. Il est aus­si pos­sible de ti­rer plei­ne­ment pro­fit de l’im­por­tant taux de pé­né­tra­tion de la té­lé­pho­nie mo­bile; l’uti­li­sa­teur pour­ra ins­crire un nu­mé­ro de mo­bile pour ac­ti­ver son cer­ti­fi­cat à dis­tance. Un code lui se­ra donc en­voyé sur le mo­bile à chaque au­then­ti­fi­ca­tion. Nous col­la­bo­rons éga­le­ment avec le mi­nis­tère des TIC au­tour du pro­chain Code du nu­mé­rique, no­tam­ment sur la par­tie dé­diée à la cer­ti­fi­ca­tion nu­mé­rique. Notre ob­jec­tif est de mettre à jour les lois por­tant sur l’ar­chi­vage et le sto­ckage des do­cu­ments en vue de les adap­ter au nou­veau contexte tech­no­lo­gique.

La per­ti­nence de la dé­ci­sion dé­pend de la qua­li­té de l’éva­lua­tion et de la ri­gueur des cri­tères adop­tés. Le be­soin en in­for­ma­tion est donc in­du­bi­table, en­core plus dans un contexte dif­fi­cile. «Entre 2015 et 2016, 4319 en­tre­prises ont fer­mé et 250 000 postes d’em­ploi dé­truits», dé­plore Ta­rak Ché­rif, pré­sident de la CONECT. Ke­bir Alaoui, re­pré­sen­tant ré­sident ad­joint du PNUD, abonde dans le même sens, sou­li­gnant que Miqyes, cet ou­til de dé­ci­sion par­ti­ci­pa­tive per­met d’an­crer la doctrine des chiffres et de l’ana­lyse afin que la bonne dé­ci­sion soit prise. Cette cul­ture du chiffre a trou­vé écho chez le chef du gou­ver­ne­ment, qui a confir­mé que 60 in­di­ca­teurs de l’en­vi­ron­ne­ment des af­faires sont scru­tés de fa­çon heb­do­ma­daire, le but étant d’amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té de la Tu­ni­sie, quoique cette der­nière reste éga­le­ment tri­bu­taire de la mise en oeuvre des ré­formes es­sen­tielles : les caisses so­ciales, les en­tre­prises pu­bliques et la masse sa­la­riale.

Fi­nan­ce­ment : un pro­blème sys­té­mique Chiffre mar­quant : seule­ment 33,7% des PME ont eu re­cours aux cré­dits de ges­tion. Mo­ha­med Sa­lah Frad, DG D’UGFS et pré­sident D’ATIC, dé­plore que presque 70% des PME n’ont pas ac­cès au re­cours clas­sique du cré­dit pour fi­nan­cer l’ex­ploi­ta­tion. Constat amer : une bonne par- tie des PME sont en de­hors de la sphère fi­nan­cière du fait de l’ab­sence de pro­duits adap­tés aux PME. Ex­pli­ca­tions : ce sont les banques que Mon­gi Gat­tou­fi, 1er vice-pré­sident de CONECT Ta­taouine, a incriminées : « Elles ne sont pas en phase avec les en­tre­prises, le taux de re­jet des dos­siers de cré­dits à Ta­taouine s’élève à 96% en 2016 ». Sans com­men­taire ! Les cré­dits d’in­ves­tis­se­ment ne se portent pas mieux. Sur les 38,8% qui ont dé­po­sé des de­mandes en 2017, une de­mande sur deux a été ac­cep­tée. Cette dé­fi­cience en termes de cré­dits ban­caires s’ex­plique se­lon Georges Jo­seph Ghor­ra, re­pré­sen­tant ré­sident de la So­cié­té Fi­nan­cière In­ter­na­tio­nale, par trois élé­ments. D’abord, un manque de li­qui­di­té des banques du fait qu’elles fi­nancent le dé­fi­cit pu­blic ; en­suite, elles ne sont pas bien ou­tillées pour l’ana­lyse des risques des PME. Il a de ce fait sug­gé­ré de sup­pri­mer le pla­fond sur le taux d’in­té­rêt pour per­mettre aux banques de fi­nan­cer les PME. Tout en met­tant en place un sys­tème de contrôle et de ges­tion par la banque cen­trale pour évi­ter les abus. Re­bon­dis­sant sur le fait que le quart des PME ont en­re­gis­tré des pertes, An­toine Sal­lé de Chou, chef du bu­reau de la BERD en Tu­ni­sie, a at­ti­ré l’at­ten­tion sur le fait que c’est la pro­por­tion des son­dés qui ne connaît pas ses ré­sul­tats comp­tables qui a tri­plé par rap­port à 2016 : 70% des PME ne connaissent pas leur mar­ché et 55% n’ont pu re­fu­ser un contrat non ren­table. Au­tant d’élé­ments pour si­gni­fier que les PME ne dis­posent pas d’ou­tils de ges­tion et d’ana­lyse de la ren­ta­bi­li­té. « C’est ce que nous es­sayons de dé­ployer en Tu­ni­sie », a-t-il men­tion­né. Dans le même sens, Mo­ha­med Sa­lah Frad dé­ve­loppe l’ar­gu­men­taire que les so­cié­tés les plus struc­tu­rées qui dis­posent d’un di­rec­teur ad­mi­nis­tra­tif et fi­nan­cier ont plus de chances d’ac­cé­der au fi­nan­ce­ment. Aus­si, les ré­sul­tats de l’en­quête font res­sor­tir que les com­mer­çants et les ex­por­ta­teurs ont plus de fa­ci­li­té à fi­nan­cer leurs be­soins en fonds de rou­le­ment. Si pour les pre­miers les cycles d’ac­ti­vi­té sont plus courts, pour les se­conds, l’ac­cès au mar­ché ex­té­rieur de­meure une ga­ran­tie. Afin de fa­ci­li­ter l’ac­cès au fi­nan­ce­ment et aux mar­chés in­ter­na­tio­naux, An­toine Sal­lé de Chou pré­co­nise d’iden­ti­fier un fast track au­près de la BCT pour les en­tre­prises ayant des pro­jets viables qui veulent s’éta­blir à l’in­ter­na­tio­nal. Il pro­pose éga­le­ment de mettre en place un mé­ca­nisme trans­pa­rent pour les mar­chés pu­blics tel que l’ac­ti­va­tion de la pla­te­forme Tu­nep. En­fin, il ap­pelle à dé­ré­gu­ler les taux d’in­té­rêt et la mi­cro­fi­nance. « Lais­ser les pro­fes­sion­nels pri­cer, les garde-fous existent du moins à moyen et à court terme », as­sène -t-il. Seule­ment 24,3 % tra­vaillent sur le mar­ché ex­té­rieur alors qu’ils étaient 28,9% en 2016. En 2017, les en­tre­prises tu­ni­siennes ont moins ex­por­té. Celles du sec­teur in­dus­triel sont les plus por­tées sur l’ex­port sui­vies en ce­la de celles des ser­vices. La France de­meure le prin­ci­pal mar­ché des en­tre­prises tu­ni­siennes. Na­ceur Bouya­hya, res­pon­sable na­tio­nal des pro­jets au Centre de com­merce in­ter­na­tio­nal dé­douane la PME. Il dé­clare : « Il faut dé­ve­lop­per une stra­té­gie sec­to­rielle pour avoir une vi­sion claire à l’in­ter­na­tio­nal, im­pli­quer toutes les par­ties pre­nantes et conce­voir les mé­ca­nismes de fi­nan­ce­ment ap­pro­priés. »

de la for­ma­tion, il re­lève le fait que les chefs d’en­tre­prises pré­fèrent for­mer en in­terne. « Est-il alors per­ti­nent d’in­ves­tir dans des centres de for­ma­tion pro­fes­sion­nelles qui ne ré­pondent pas aux be­soins ? Fau­drait-il re­voir les ins­tru­ments et pen­ser à des contrats d’ap­pren­tis­sage au sein des en­tre­prises ? ». Il re­com­mande la ré­ac­ti­va­tion du pro­gramme de mise à ni­veau. Il re­lève éga­le­ment la pro­blé­ma­tique d’ac­cès à la fois au fi­nan­ce­ment, à l’ap­pui et au mar­ché qui doit être en­core plus af­fi­née au vu de l’écart entre les be­soins de la pe­tite et de la moyenne en­tre­prise. Au fi­nal, il s’in­ter­roge sur la per­ti­nence de dis­cu­ter à la mi-2018 les ob­jec­tifs du Plan quin­quen­nal 2016-2020. « Ce­lui-ci pré­voyait 60% d’in­ves­tis­se­ment pri­vé, mais quid qu’elle soit uni­que­ment ados­sée au prix et d’as­su­rer la pro­mo­tion du site Tu­ni­sie. Il en­tend créer une struc­ture en charge de la pro­duc­ti­vi­té, af­fir­mant une vo­lon­té ferme de ré­duire les dé­lais et de fa­ci­li­ter la vie des opé­ra­teurs éco­no­miques. Il en­tend éga­le­ment en­cou­ra­ger les en­tre­prises à être res­pon­sables et à en­dos­ser leur rôle so­cial et so­cié­tal. ET d’in­sis­ter : « C’est un en­ga­ge­ment per­son­nel au­quel je suis très at­ta­ché ». Une offre po­li­tique qui ne peut que ras­su­rer et qui est en par­faite sym­biose avec les ré­sul­tats de l’en­quête qui donnent à voir que 65% des son­dés sont op­ti­mistes. Dont acte !

dé­ve­lop­pe­ment 2016-2020 : une stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du­rable, une stra­té­gie dé­diée aux chan­ge­ments cli­ma­tiques et une troi­sième pour l’éco­no­mie verte. Mais la concré­ti­sa­tion tarde à voir le jour. Il pré­cise éga­le­ment que la Tu­ni­sie s’est en­ga­gée dès le dé­but dans les ef­forts me­nés à l’échelle in­ter­na­tio­nale: conven­tion-cadre des Na­tions unies sur les Chan­ge­ments cli­ma­tiques (CCNUCC) en 1993, Pro­to­cole de Kyo­to en 2002 et plus ré­cem­ment, l’ac­cord de Pa­ris sur le cli­mat, conclu lors de la COP21 en dé­cembre 2015, vi­sant à conte­nir en des­sous de deux de­grés cel­sius la hausse des tem­pé­ra­tures moyennes mon­diales. Avant d’an­non­cer un en­semble de pro­grammes et d’ou­tils, le mi­nistre a dé­plo­ré le manque de concré­ti­sa­tion et de par­tage de l’en­semble des stra­té­gies adop­tées, et l’ab­sence de po­li­tiques sec­to­rielles pour ré­pondre aux dé­fis des chan­ge­ments cli­ma­tiques. “Il est dif­fi­cile de mettre tout le monde dans une même di­rec­tion”, avance-t-il. Il pré­sente éga­le­ment un en­semble de pro­jets avec l’ap­pui de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale tels que: “l’adapt Ac­tion” avec L’AFD, d’une va­leur de 2 mil­lions d’eu­ros. Ce­lui-ci per­met­tra de bé­né­fi­cier d’un ap­pui tech­nique pour pré­pa­rer les dos­siers de fi­nan­ce­ment des pro­jets d’adap­ta­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques; pré­ci­sant que la Tu­ni­sie est le qua­trième pays si­gna­taire. Ou en­core la mise en place du Plan So­laire Tu­ni­sien, en col­la­bo­ra­tion avec le PNUD, et qui se­ra des­ti­né à at­teindre une pro­duc­tion de 30% de l’éner­gie élec­trique à par­tir des sources re­nou­ve­lables en 2030. Sur le plan ins­ti­tu­tion­nel, une Uni­té de Ges­tion par Ob­jec­tifs est en cours de mise en place au sein du mi­nis­tère pour ac­cé­lé­rer et concré­ti­ser la contri­bu­tion dé­ter­mi­née au ni­veau na­tio­nal (CDN). Rap­pe­lant que la Com­mis­sion na­tio­nale de dé­ve­lop­pe­ment du­rable, pré­si­dée par le Chef du Gou­ver­ne­ment, ne s’est pas réunie de­puis 2009, Riadh Moua­kher com­mente: “Le tra­vail n’est qu’à son dé­but mais nous avons be­soin des dif­fé­rents sec­teurs pour dé­li­vrer de réelles stra­té­gies et pro­grammes”, in­sis­tant sur la né­ces­si­té de conju­guer les ef­forts, de mettre en place des po­li­tiques sec­to­rielles, et de com­men­cer à agir concrè­te­ment. De son cô­té, Imed Ham­ma­mi, mi­nistre de la San­té pu­blique, a an­non­cé que son dé­par­te­ment oeuvre au dé­ve­lop­pe­ment de la mé­de­cine pré­ven­tive via des études pros­pec­tives et co­opère avec le mi­nis­tère des Af­faires lo­cales et de l’en­vi­ronne- ment pour éla­bo­rer une stra­té­gie na­tio­nale d’adap­ta­tion du sec­teur de la san­té. Il a rap­pe­lé la créa­tion de l’ob­ser­va­toire na­tio­nal des ma­la­dies nou­velles et émer­gentes. Lot­fi Mhis­sen, chef de ca­bi­net au­près du mi­nistre du Trans­port, a dé­cla­ré que la prio­ri­té ac­tuelle est don­née à la mo­der­ni­sa­tion du trans­port pu­blic et qu’un pro­jet pi­lote d’uni­té or­ga­ni­sa­trice des trans­ports est en train d’être me­né, an­non­çant aus­si le lan­ce­ment dé­but mars de la “Smart Mo­bi­li­ty Tu­ni­sia” pour le dé­ve­lop­pe­ment de sys­tèmes de trans­port in­tel­li­gents et de so­lu­tions nu­mé­riques pour la mo­bi­li­té ur­baine du­rable et en­cou­ra­ger le dé­ve­lop­pe­ment de dans ce sec­teur.

faires : tout passe dans le tour­billon 4.0 Do­ro­thée Koh­ler, DG et consul­tante spé­cia­li­sée In­dus­trie 4.0 chez KOH­LER C&C et Jean Da­niel Weisz, As­so­cié chez KOH­LER C&C ont of­fert un re­gard de 360° de l’im­pact du 4.0 sur l’usine. Un re­gard fon­dé sur un tra­vail d’écoute des hommes et des femmes ac­teurs et té­moins du 4.0 en Al­le­magne. Ce qui a ac­cé­lé­ré les choses: c’est la Pla­te­forme In­dus­trielle 4.0, is­sue d’une vi­sion com­mune que s’en sont fait le mi­nis­tère de l’in­dus­trie et le mi­nis­tère de l’eco­no­mie. Un ma­riage réus­si entre in­dus­trie mé­ca­nique et in­ter­net. Les po­li­tiques ont at­ta­qué le pro­blème par une re­pré­sen­ta­tion de l’his­toire in­dus­trielle. Une sorte de “sto­ry­tel­ling”, re­la­tant les quatre ré­vo­lu­tions de l’in­dus­trie, pour sen­si­bi­li­ser tout un cha­cun. Faire com­prendre as­sez tôt que le 4.0, c’est à pro­pre­ment par­ler, de l’in­tel­li­gence. C’est pro­duire des biens, en temps réel et avec moins de coûts que la pro­duc­tion de masse. Il faut l’ima­gi­ner l’usine du 4.0. A l’ins­tar du Tay­lo­risme et du For­disme, qui ont tous deux ré­vo­lu­tion­né les modes de pro­duc­tion et d’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail, place au­jourd’hui au 4.0. C’est l’usine «in­tel­li­gente». Des sys­tèmes cy­ber phy­sique de pro­duc­tion, où pro­duits, ma­chines, et hommes sont re­liés par des ré­seaux, éga­le­ment re­liés à l’ex­té­rieur. Et l’on se re­trouve au coeur d’un sys­tème glo­bal in­ter­con­nec­té, où la co­opé­ra­tion se fait en temps réel. Le mot d’ordre de ce tout : la per­son­na­li­sa­tion des ser­vices et pro­duits. La trans­mis­sion de l’in­for­ma­tion de­vient alors la pierre an­gu­laire des es­paces de pro­duc­tion et de l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail. L’on as­siste alors à un vé­ri­table écla­te­ment des chaînes de va­leur clas­siques et des plans d’af­faires. De Bosh, avec sa fa­brique aux murs de verre, où le client suit ce qui se passe chez son four­nis­seur, à Adi­das qui re­di­men­sionne en mi­nia­ture son usine pour fa­bri­quer des chaus­sures sur me­sures, l’in­dus­trie se re­con­fi­gure en sché­ma hy­bride où la lo­gique n’est plus le pro­ba­bi­li­sable, mais le “test and learn”: par­tir du client pour pen­ser le bu­si­ness. Cette ré­vo­lu­tion amène avec elle l’émer­gence d’une nou­velle com­pé­ti­ti­vi­té: la ca­pa­ci­té à s’en­tou­rer de par­te­naires et à tra­vailler en­semble. Mettre en place des ins­tal­la­tions mo­du­laires fonc­tion­nant en mode « plug and work ». Le pro­duit est fa­bri­qué en pas­sant par des ma­chines de fa­bri­cants dif­fé­rents. L’exemple phare est ce­lui de l’au­di A6, qui a fait ap­pel au lo­gis­ti­cien DHL pour l’équi­pe­ment de ses por­tières ! Il n’y a plus de doute, le 4.0 est bien une ré­vo­lu­tion cultu­relle !

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