EN­TRE­PRISE EN­TRE­PRE­NEU­RIAT

Le Manager - - Entreprise Entrepreneuriat -

Dans quelle phase du cycle de vie Ex­pen­sya se si­tue-t-elle au­jourd’hui ? Ji­hed : Nous sommes dans une phase de crois­sance. Nous comp­tons in­ves­tir da­van­tage le mar­ché in­ter­na­tio­nal. Nous nous sommes fixé un chal­lenge, ce­lui d’ou­vrir dans une an­née un bu­reau en Es­pagne et un autre en Al­le­magne. Pour ce faire, nous sommes en train d’amé­lio­rer la so­lu­tion. Nous avons dé­jà com­men­cé à tra­duire la so­lu­tion en six nou­velles langues. Ka­rim : Se dé­ve­lop­per à l’in­ter­na­tio­nal exige éga­le­ment la connais­sance des spé­ci­fi­ci­tés comp­tables de chaque com­mu­nau­té. Nous comp­tons évi­dem­ment ren­for­cer cette par­tie ex­per­tise en re­cru­tant des ex­perts mé­tiers in­ter­na­tio­naux et qui maî­trisent les langues étran­gères. Il est à no­ter que la clé es­sen­tielle dans l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est la quan­ti­té de Da­ta. Ain­si, plus l’usage d’ex­pen­sya aug­mente à l’in­ter­na­tio­nal, plus la so­lu­tion de­vient so­phis­ti­quée et plus elle re­con­naît mieux les fac­tures d’autres pays. En France nous avons un taux de réus­site qui avoi­sine les 84%.

Comment Ex­pen­sya a-t- elle été fi­nan­cée ? Ka­rim : Nous avons dé­jà ef­fec­tué deux le­vées de fonds. La pre­mière, de l’ordre de 200 mille eu­ros était la plus dif­fi­cile. Les in­ves­tis­seurs es­ti­maient qu’une en­tre­prise tunisienne oeu­vrant dans un do­maine concur­ren­tiel et sur le B2B était vouée à l’échec. Ce sont alors mes amis, mes an­ciens col­lègues ain­si que les proches de Ji­hed qui sont ve­nus à notre se­cours. L’etat fran­çais nous a oc­troyé quelques sub­ven­tions et nous nous sommes en­det­tés à titre per­son­nel. Nous avons in­ves­ti cette somme dans l’ou­ver­ture du bu­reau pa­ri­sien, dans le dé­ve­lop­pe­ment de l’équipe, dans la pro­mo­tion de notre pro­duit et pour nouer nos pre­miers par­te­na­riats. Pour ce qui est de la deuxième, c’est grâce à des par­te­naires comme Orange Bu­si­ness Ser­vice et le ca­bi­net d’ex­per­tise comp­table Grant Thorn­ton que nous avons ef­fi­ca­ce­ment le­vé un mil­lion d’eu­ros. A l’heure ac­tuelle, nous at­ta­quons la troi­sième le­vée de fonds. L’an­cien Directeur Gé­né­ral d’ame­ri­can Ex­press Marc Cla­tot a ré­cem­ment re­joint votre ré­seau. Qu’est-ce que ce­la vous fait-il d’avoir une star in­ter­na­tio­nale dans l’équipe ? Ka­rim : Je dois avouer que c’était in­at­ten­du. Au dé­but, il avait pos­tu­lé pour re­joindre notre équipe et nous avons re­fu­sé trois fois. Hon­nê­te­ment, nous n’avons pas des moyens fi­nan­ciers suf­fi­sants pour payer de tels sa­laires. Il avait en­suite dé­ci­dé de re­voir à la baisse sa pro­po­si­tion parce qu’il a été fas­ci­né par notre en­tre­prise. Il avait connu Ex­pen­sya dès son dé­mar­rage, vu qu’il a fait du con­sul­ting en tant qu’ex­pert en voyage d’af­faires et en paie­ment après avoir quit­té Ame­ri­can Ex­press. Il avait me­né alors des études sur Ex­pen­sya, pour le compte d’un de ses clients qui sou­hai­tait ra­che­ter une star­tup. Au dé­part, le deal était de tra­vailler en­semble un jour par se­maine, mais il était pas­sion­né, il s’est im­pli­qué et pas­sait trois jours par se­maine avec nous, et en­suite à plein temps. Il a même in­ves­ti de l’ar­gent. ll nous ap­porte un zeste de ma­tu­ri­té sa­lu­taire dans l’équipe.

Quels sont les en­sei­gne­ments que vous avez ti­rés des er­reurs que vous avez com­mises ? Ka­rim : In­dé­nia­ble­ment, le fait de réa­li­ser le MVP et de le­ver des fonds le plus tôt pos­sible et de fo­ca­li­ser dès le dé­part sur la vente. Dans notre cas, nous nous sommes trop cen­trés sur les spé­ci­fi­ci­tés et les op­tions de la so­lu­tion. Nous vou­lons ap­por­ter des so­lu­tions à toutes les pro­blé­ma­tiques telles que les chan­ge­ments ré­gle­men­taires, les time-zone... Si nous de­vions re­faire l’ex­pé­rience, nous re­cru­te­rions d’em­blée des gens qui ont la ca­pa­ci­té de se re­trou­ver en poste de ma­na­ge­ment. L’er­reur que nous avons com­mise est de ne pas nous fo­ca­li­ser dès le dé­but sur la pro­chaine étape. Quand une star­tup gran­dit, on se rend compte de tout ce qu’on au­rait dû in­dus­tria­li­ser et qui va né­ces­si­ter beau­coup d’éner­gie. Par exemple, on n’a pas me­su­ré les dif­fi­cul­tés lors­qu’on veut re­cru­ter cinq per­sonnes par mois, qu’il faut faire cin­quante en­tre­tiens et exa­mi­ner 150 CV. Donc il fal­lait être struc­tu­ré.

Vous avez rem­por­té le titre d’en­dea­vor En­tre­pre­neur au 77ème In­ter­na­tio­nal Se­lec­tion Pa­nel (ISP) à Du­baï, quels bé­né­fices avez-vous eu en re­tour ? Ka­rim : Les sept étapes de la sé­lec­tion étaient très bé­né­fiques pour nous. Ce qui Comment vous po­si­tion­nez-vous au­jourd’hui par rap­port à la po­lé­mique de la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles ? Ka­rim : Nous avons dès le dé­but es­sayé d’être à la pointe concer­nant ce su­jet au moins au ni­veau de la for­ma­tion. Pour ce faire, nous avons par­ti­ci­pé à maintes re­prises à des dé­bats avec des in­ves­tis­seurs et avec la Com­mis­sion na­tio­nale de l’in­for­ma­tique et des li­ber­tés de France. Le but était de se don­ner une image d’en­tre­prise ma­ture. Les condi­tions peu fa­vo­rables mar­quées par l’ab­sence d’une cer­ti­fi­ca­tion GDPR et d’une loi fran­çaise re­la­tive à la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles ont re­pré­sen­té un han­di­cap. Le Conseil d’etat, no­tons-le, a re­je­té cette loi fin Jan­vier. A pré­sent, il l’a pro­mise pour fin mars avec un dead­line fixé pour le 25 mai 2018. Le pro­blème de cette di­rec­tive pour un ac­teur comme nous, en phase de dé­ve­lop­pe­ment à l’in­ter­na­tio­nal, est l’im­pé­ra­tif de la com­pré­hen­sion de la GDPR al­le­mande, an­glaise, es­pa­gnole et fran­çaise. Dans des ap­pels d’offres, nous étions obli­gés de si­gner, noir sur blanc, que nous sommes com­pa­tibles. La GDPR tourne au­tour des don­nées per­son­nelles des ci­toyens eu­ro­péens et elle sim­pli­fie en réalité la vie des en­tre­prises, et ce, pour les chan­ge­ments qu’elle ap­porte. Le client de­vient res­pon­sable de la sé­cu­ri­té des don­nées per­son­nelles de ses sa­la­riés. Il est lui-même sanc­tion­né en cas de fuite. Les pé­na­li­tés sont réelles : 4% sur le chiffre d’af­faires ou 20 mil­lions de dol­lars. Mais, l’obli­ga­tion de dé­cla­ra­tif est sup­pri­mée.

Elle consti­tue, à coup sûr, un de ces cas rares en ma­tière d’ini­tia­tive pri­vée. Un de ces en­sei­gnants qui a pré­fé­ré l’en­tre­pre­neu­riat au confort du sa­la­riat. De sur­croît, dans la fonc­tion pu­blique. Vic­to­ria Da­nil­ko Chel­ly, au­jourd’hui chef d’en­tre­prise dans l’agroa­li­men­taire à Bé­ja, a com­men­cé par être for­ma­trice. In­gé­nieur en gé­nie tex­tile, spé­cia­li­sée en fi­la­ture, elle a en­sei­gné à l’ins­ti­tut Su­pé­rieur des Etudes Tech­niques (ISET) à Ksar Hel­lal, de 1995 à 2015. Mais très vite, elle sou­hai­ta re­ve­nir à ses pre­miers amours : l’en­tre­pre­neu­riat. Elle dé­cide alors de s’en­ga­ger dans un pro­jet qui lui te­nait de­puis long­temps à coeur : la ges­tion des dé­chets hos­pi­ta­liers. Mais la banque re­fuse de l’ac­com­pa­gner dans ce pro­jet pour­tant com­bien utile et ins­crit dans l’air d’un temps qui vou­drait être un ami de la na­ture et de l’en­vi­ron­ne­ment. Mo­tif du re­fus du ban­quier : trop cher. Elle ne lâche pas prise. Et dé­cide de chan­ger son fu­sil d’épaule. Pour ce­la, elle ré­flé­chit à un autre pro­jet do­té de quatre grandes ca­rac­té­ris­tiques : agroa­li­men­taire, fai­sable, in­no­vant et pas cher.

Très ac­tive, bouillon­nante d’idées et de pro­jets Et lors­qu’on lui dit comment peut-elle s’en­ga­ger sur une voie (l’agroa­li­men­taire) à la­quelle elle n’est pas bien pré­pa­rée, elle ré­pond que ce n’est pas sor­cier : « je sa­vais que je pou­vais réus­sir parce que je suis une femme et que tout ce qui se rap­porte à l’ali­men­ta­tion, je peux le réus­sir». U ne gamme de pro­duits naît de cette vo­lon­té d’al­ler de l’avant : sel de mer aro­ma­ti­sé aux herbes de Pro­vence, sel de mer aro­ma­ti­sé au per­sil et cé­le­ri, sel de mer aro­ma­ti­sé aux to­mates, ba­si­lic et sauge, sel de mer aro­ma­ti­sé au ci­tron, sel de mer aro­ma­ti­sé au bi­ga­ra­dier (orange amer),… Une pro­duc­tion à la­quelle, Vic­tor Da­lin­ko Chel­ly donne un nom : Flav’or. Avec une vo­lon­té de dif­fu­ser ses pro­duits dans les grandes sur­faces et dans les ma­ga­sins de pro­duits d’ar­ti­sa­nat et autres dans les zones tou­ris­tiques du pays. Ins­tal­lée dans un lo­cal de 60 mètres car­rés au vil­lage Ksar Bar­do de Bé­ja, Vic­to­ria Da­lin­ko Chel­ly a dé­mar­ré son pro­jet en fé­vrier 2018. L’ac­com­pa­gne­ment du pro­gramme « Th­ni­ti by CONECT&QFF» a été consi­dé­rable. « Th­ni­ti by CONECT&QFF», un pro­gramme mis en oeuvre conjoin­te­ment par la CONECT (Confé­dé­ra­tion na­tio­nale des en­tre­prises ci­toyennes de Tu­ni­sie) et QFF (Qa­tar Friend­ship Fund) pour ap­puyer, en­ca­drer et ini­tier les jeunes en­tre­pre­neurs aux ar­canes de la créa­tion d’en­tre­prise. Cette Tunisienne, ori­gi­naire « d’ukraine de la Rus­sie », ma­riée à un Tu­ni­sien, ne veut pas s’at­tar­der sur les dif­fi­cul­tés qu’elle a connues. Ce qui l’in­té­resse, c’est d’abord la réa­li­sa­tion de son pro­jet. D’au­tant plus qu’elle est, comme elle le dit si bien, « plein de­dans ». Eti­quettes, bo­caux en verre, car­tons dé­co­ra­tifs et boîte en car­ton : elle donne la der­nière main aux pro­duits qu’elle va lan­cer et elle sait pou­voir sa­tis­faire une clien­tèle tunisienne et étran­gère. Elle dit no­tam­ment qu’elle connaît bien les goûts de la clien­tèle russe, bié­lo­russe et ukrai­nienne qui peut trou­ver son « sel de la Mé­di­ter­ra­née » sur place, en Tu­ni­sie. Pour l’heure, et alors que son pro­jet vient juste de voir le jour, elle pense à s’agran­dir et à al­ler vers d’autres gammes de pro­duits. Plantes et huiles aro­ma­ti­sées, voi­ci ce qui la tra­vaille maintenant. Très ac­tive, bouillon­nante d’idées et de pro­jets, elle vou­drait en­core al­ler de l’avant. Car, rien ne peut ar­rê­ter notre femme cou­rage.

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