LE MONDE SE DI­GI­TA­LISE ... EN­CORE PLUS

TUNISIA DI­GI­TAL SUMMIT Deux jours du­rant, la deuxième édi­tion de Tunisia Di­gi­tal Summit a ras­sem­blé une pa­no­plie d’ex­perts lo­caux et in­ter­na­tio­naux du monde du di­gi­tal. De l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle au com­merce élec­tro­nique en pas­sant par le blo­ck­chain,

Le Manager - - Entreprise Numérique - Par Ex­pert IT & E-com­merce www.wis­se­moues­la­ti.com

’Équipe In­ter­fonc­tion­nelle de Guerre Al­go­rith­mique, tel est le nom de la nou­velle di­vi­sion éta­blie, dès avril 2017, au sein du Dé­par­te­ment de la dé­fense amé­ri­cain. Sa mis­sion? “Ac­cé­lé­rer l’in­té­gra­tion du big da­ta et du ma­chine lear­ning au sein du DOD”, ex­plique Ro­bert Work, se­cré­taire ad­joint du dé­par­te­ment de la Dé­fense et ini­tia­teur du pro­jet dans un mé­mo­ran­dum pu­blié à cette oc­ca­sion. L’in­dus­trie mi­li­taire re­joint ain­si la longue liste de sec­teurs sou­hai­tant ti­rer plei­ne­ment pro­fit des op­por­tu­ni­tés qu’offre l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Force est de consta­ter que ces al­go­rithmes in­tel­li­gents sont au­jourd’hui par­tout : ils clas­si­fient vos emails, iden­ti­fient les photos que vous pos­tez sur les ré­seaux so­ciaux, … Et si L’IA connaît un es­sor im- por­tant ces der­nières an­nées, c’est no­tam­ment grâce aux énormes quan­ti­tés de don­nées dont dis­posent les en­tre­prises (mer­ci Fa­ce­book!) et à la ca­pa­ci­té de trai­ter toute cette da­ta grâce au cloud. Pour les en­tre­prises, in­dique Mick Le­vy de Bu­si­ness&de­ci­sion, le but ul­time de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est d’an­ti­ci­per et d’of­frir aux clients ce dont ils au­raient be­soin. Ain­si, une banque fran­çaise a pu, grâce à L’AI, amé­lio­rer de 30% ses ventes de re­bond. “L’al­go­rithme dé­ve­lop­pé par B&I per­met d’ana­ly­ser l’his­to­rique des in­ter­ac­tions entre la banque et un client, y com­pris les clics de ce der­nier sur le site web de l’ins­ti­tu­tion, pour gé­né­rer en temps réel des re­com­man­da­tions de pro­duits et ser­vices au pro­fit de l’in­té­res­sé”, a in­di­qué Le­vy. L’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle peut pré­sen­ter éga­le­ment un im­por­tant ca­ta­ly­seur de la tran­si­tion di­gi­tale au sein de l’en­tre­prise. Au­jourd’hui, il n’y a pas que les firmes de high-tech qui en pro­fitent. Ain­si, les in­dus­triels ont dé­ve­lop­pé des so­lu­tions leur don­nant la pos­si­bi­li­té de “pré­voir” les pannes avant qu’elles ne se ma­ni­festent. Comment ce­ci est-il pos­sible ? Grâce à L’IA, ex­plique Ah­med Kad­dour de Mi­cro­soft; les ma­chines sont dé­sor­mais ca­pables d’ana­ly­ser d’énormes quan­ti­tés de don­nées pour en dé­duire une lo­gique qui leur per­met­trait de prendre des dé­ci­sions. Ces ma­chines sont aus­si ca­pables de ca­pi­ta­li­ser sur leurs ex­pé­riences “vé­cues” pour ap­prendre à amé­lio­rer leurs dé­ci­sions. L’IA a per­mis éga­le­ment l’ap­pa­ri­tion de nou­velles formes d’in­ter­ac­tions entre les hu­mains et les ma­chines. Ain­si, les en­tre­prises sont au­jourd’hui ca­pables de dé­ve­lop­per fa­ci­le­ment des chat­bots, des lo­gi­ciels char­gés de ré­pondre au­to­ma­ti­que­ment aux ques­tions des in­ter­nautes

sur les ré­seaux so­ciaux. L’in­té­gra­tion des chat­bots offre ain­si aux équipes la pos­si­bi­li­té de se fo­ca­li­ser sur des as­pects à haute va­leur ajou­tée qui de­mandent plus d’in­tel­li­gence et d’ex­per­tise. Signe de leur suc­cès, l’usage des ro­bots conver­sa­tion­nels ne cesse de s’ac­croître, d’après Kad­dour. De leur cô­té, les as­sis­tantes vir­tuelles, ca­pables d’en­tre­te­nir des conver­sa­tions vo­cales de plus en plus “na­tu­relles”, ont le po­ten­tiel de nous li­bé­rer, du moins par­tiel­le­ment, des in­ter­faces gra­phiques dont l’usage n’est tou­jours pas très in­tui­tif. Sou­hai­tant ca­pi­ta­li­ser sur le suc­cès de leurs as­sis­tantes vir­tuelles, Google, Apple et Ama­zon ont tous lan­cé sur le mar­ché leurs propres smart spea­kers. Il s’agit de hauts par­leurs qui per­mettent aux uti­li­sa­teurs d’uti­li­ser leur voix pour lan­cer dif­fé­rentes com­mandes: al­lu­mer la lu­mière, jouer de la mu­sique, lan­cer un ap­pel, … “75% des dé­ten­teurs de smart spea­kers font ap­pel à leurs ser­vices au moins 4 fois par jour”, pré­cise Ah­med Kad­dour. Et bien qu’au­jourd’hui les as­sis­tants vo­caux n’ac­ceptent que des com­mandes re­la­ti­ve­ment simples, l’ex­pert pré­voit qu’ils ga­gne­ront ra­pi­de­ment la ca­pa­ci­té de trai­ter des re­quêtes de plus en plus com­plexes.

La blo­ck­chain : au-de­là des cryp­to­mon­naies Alors que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain a ma­ni­fes­té un in­té­rêt par­ti­cu­lier pour l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, il n’est pas aus­si en­thou­siaste pour les cryp­to­mon­naies, no­tam­ment après la pro­li­fé­ra­tion D’ICO (des le­vées de fonds en mon­naies di­gi­tales) frau­du­leuses. L’his­toire des cryp­to­mon­naies, et de la blo­ck­chain, a com­men­cé en 2008, lorsque le bit­coin a été créé par l’énig­ma­tique Sa­to­shi Na­ka­mo­to. Son at­trait ? “La blo­ck­chain, of­frant un canal dis­tri­bué pour les tran­sac­tions peer-to-peer, per­met­trait de se dé­bar­ras­ser des au­to­ri­tés cen­trales, et des in­ter­mé­diaires”, in­dique Sé­bas­tien Bour­gui­gnon, Prin­ci­pal and Lead Di­gi­tal In­fluen­cer. Pour ce faire, la blo­ck­chain est com­po­sée de 4 com­po­santes clés, ex­plique Bour­gui­gnon: un re­gistre où sont ins­crites toutes les tran­sac­tions, un mé­ca­nisme de consen­sus qui per­met la va­li­da­tion des tran­sac­tions, l’ac­tif échan­gé (ar­gent, do­cu­ments, ...) et le ré­seau des par­ti­ci­pants. Il est en re­vanche pos­sible d’ap­por­ter des chan­ge­ments à ce blue­print pour l’adap­ter à dif­fé­rentes contraintes, dont la ré­gle­men­ta­tion, “où les au­to­ri­tés cen­trales res­tent au con­trôle de la tech­no­lo­gie”, a dé­cla­ré Bour­gui­gnon. Grâce à son mo­dèle in­édit, cette tech­no­lo­gie va per­mettre d’al­ler en­core plus loin que le mo­dèle client-ser­veur clas­sique et de créer des ap­pli­ca­tions où la sé­cu­ri­té et la ro­bus­tesse sont gé­rées par une nou­velle couche de pro­to­coles in­ter­net. Blo­ck­chain et cryp­to­mon­naies sont sus­cep­tibles d’être uti­li­sés de ma­nière in­ter­chan­geable par le grand pu­blic ce qui est, d’après Sé­bas­tien Bour­gui­gnon, Prin­ci­pal and Lead Di­gi­tal In­fluen­cer à Mar­go­con­seil, in­cor­recte : “Les cryp­to­mon­naies ne sont qu’une uti­li­sa­tion par­mi tant d’autres de la tech­no­lo­gie de blo­ck­chain”. Ain­si, il est pos­sible, dans le cadre du blo­ck­chain for bu­si­ness, qu’une en­ti­té cen­trale puisse créer un blo­ck­chain pri­vé, où seuls les membres du ré­seau sont ca­pables d’y ac­cé­der, ex­plique Ous­se­ma Bar­kia, Di­gi­tal Transformation & Blo­ck­chain Mar­ke­ting à IBM. “Pour ces ap­pli­ca­tions, l’uti­li­sa­tion du blo­ck­chain se fo­ca­lise plu­tôt sur les ca­rac­té­ris­tiques du consen­sus, du trust, de tra­ça­bi­li­té et d’ac­coun­ta­bi­li­ty de la tech­no­lo­gie”. Ayant consta­té l’in­té­rêt gran­dis­sant en­vers cette tech­no­lo­gie, le géant de l’in­for­ma­tique a dé­ve­lop­pé une pla­te­forme de Blo­ck­chain-as-a-ser­vice. Cette der­nière vise à per­mettre aux en­tre­prises de dé­ve­lop­per des so­lu­tions qui tirent pro­fit de la tech­no­lo­gie du blo­ck­chain, sans pour au­tant être frei­nées par ses as­pects tech­niques. Ain­si, et rien qu’en 2017, le Big Blue a fait plus de 400 use cases de sa nou­velle pla­te­forme avec des clients d’in­dus­tries dif­fé­rentes. Pour la sé­cu­ri­té ali­men­taire, par exemple, la chaîne de grande dis­tri­bu­tion Wal­mart a col­la­bo­ré avec IBM pour mettre en place une blo­ck­chain qui per­met d’avoir une vi­si­bi­li­té com­plète sur tous les pro­duits sur la chaîne de trans­port. En cas de conta­mi­na­tion, par exemple, il se­rait plus fa­cile de dé­ter­mi­ner les res­pon­sables. Alors que pour le géant du trans­port ma­ri­time Maersk, la blo­ck­chain per­met de fa­ci­li­ter les tran­sac­tions avec dif­fé­rents in­ter­ve­nants, al­lant jus­qu’à fi­na­li­ser les pro­cé­dures por­tuaires avant même l’ar­ri­vée du na­vire au port. Pour Bar­kia, une seule contrainte peut en­tra­ver le dé­ve­lop­pe­ment des ap­pli­ca­tions de blo­ck­chain : “On ne peut pas par­ler de la blo­ck­chain sans un mi­ni­mum de di­gi­ta­li­sa­tion”, a-t-il dé­cla­ré.

Le dé­but de l’âge d’or de l’ecom­merce en Tu­ni­sie? En pa­ral­lèle à ces évo­lu­tions sur la scène mon­diale, le sec­teur de l’e-com­merce en Tu­ni­sie semble pour­suivre son évo­lu­tion len­te­ment mais à pas sûrs. Force est de re­con­naître que le sec­teur doit faire face à plu­sieurs chal­lenges, no­tam­ment en termes de paie­ment élec­tro­nique : “On cite sou­vent le chiffre de 6 mil­lions de cartes bancaires en cir­cu­la­tion en Tu­ni­sie comme un signe po­si­tif”, a dé­cla­ré Ta­rek Las­saâ­di de Tra­vel­to­do. “Ce n’est pour­tant pas le cas”. D’après le fon­da­teur de l’agence de voyage en ligne, la grande ma­jo­ri­té de ces cartes sont des cartes de re­traits. “Et même pour les cartes de paie­ment, elles sont gé­né­ra­le­ment pla­fon­nées”. Ce­ci n’a pas em­pê­ché les ac­teurs lo­caux de dé­ve­lop­per des so­lu­tions adap­tées aux spé­ci­fi­ci­tés du mar­ché lo­cal dont no­tam­ment le paie­ment à la li­vrai­son. “Nous avons dé­pen­sé plus de 200 mille di­nars pour le dé­ve­lop­pe­ment d’une so­lu­tion de paie­ment en ligne pour notre site, mais au fi­nal, 80% des vi­si­teurs fi­nissent par ré­ser­ver et payer dans les agences, 15% ré­servent sur le site mais règlent en agence et seuls 5% fi­nissent la tran­sac­tion en ligne”. Pour Yas­ser El Is­mai­li de Taya­ra, il est es­sen­tiel de dé­ve­lop­per le mo­bile paye­ment comme so­lu­tion pour ac­cé­lé­rer la crois­sance du sec­teur. Pour le CEO du site de vente en ligne “la ra­re­té de paie­ment en ligne est le prin­ci­pal frein pour le dé­ve­lop­pe­ment de cette ex­pé­rience in­té­grée de l’achat en ligne en Tu­ni­sie”. Pour Mou­na Al­la­ni, en re­vanche, l’e-com­merce ne doit pas se li­mi­ter à l’action de l’achat en ligne: “Le di­gi­tal nous donne l’op­por­tu­ni­té de contour­ner, du moins par­tiel­le­ment, le pas­sage obli­ga­toire par les agences de voyage et les tours opé­ra­teurs”, a-t-elle dé­cla­ré. D’après la CEO de La Ba­di­ra, les hô­te­liers tu­ni­siens n’ont ce­pen­dant pas sai­si cette op­por­tu­ni­té, sur­tout qu’un grand nombre d’entre eux ne dis­posent même pas d’un site web. “À La Ba­di­ra, nous avons concen­tré tous nos ef­forts de mar­ke­ting sur le di­gi­tal, dont une grande par­tie se fait or­ga­ni­que­ment via les ré­seaux so­ciaux”.

En tant que directeur de l’in­no­va­tion bu­si­ness, quelle est votre mis­sion? Mon rôle est d’ai­der nos clients et nos pros­pects à sai­sir toutes les op­por­tu­ni­tés d’in­no­va­tion qui sont dé­jà ma­tures et prêtes à rendre ser­vice dans leur en­tre­prise.

L’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est-elle une op­por­tu­ni­té à sai­sir ? La transformation di­gi­tale, dont tout le monde parle ici au Tunisia Di­gi­tal Summit, re­pré­sente des le­viers d’op­por­tu­ni­tés bu­si­ness très im­por­tantes. Et la da­ta re­pré­sente une com­po­sante ma­jeure de cette tran­si­tion. À mon avis, il n’y a pas de transformation di­gi­tale si l’en­tre­prise ne va­lo­rise pas son pa­tri­moine da­ta. Il faut que la da­ta de­vienne un ac­tif de l’en­tre­prise et que cette der­nière mette en place tous les ou­tils qui vont lui per­mettre d’en ti­rer le maxi­mum de va­leur.

Quels ou­tils pré­co­ni­sez-vous? D’abord la big da­ta qui va per­mettre à l’en­tre­prise de bien gé­rer, sto­cker et gou­ver­ner ces don­nées. En se­cond lieu, il faut son­ger à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. L’IA est un ex­cellent ou­til per­met­tant de do­ter l’en­tre­prise des moyens né­ces­saires pour mo­né­ti­ser cette da­ta et la trans­for­mer en de nou­veaux ser­vices et en de nou­velles op­por­tu­ni­tés. À ce ni­veau, je pense que le po­ten­tiel est énorme.

Toutes les en­tre­prises n’ont pas la chance d’avoir des té­ra­oc­tets de da­ta. Sont-elles donc ex­clues de ce nou­veau monde? Au­cu­ne­ment. Ce­ci ne doit pas em­pê­cher les en­tre­prises de ti­rer plei­ne­ment pro­fit de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ou de dé­ve­lop­per des usages in­no­vants. Car, même en l’ab­sence d’un vo­lume consi­dé­rable de don­nées, l’en­tre­prise peut ap­pli­quer les prin­cipes de la big da­ta. Il s’agit d’ex­ploi­ter toutes les don­nées pos­sibles dans l’en­tre­prise, voire les croi­sées avec des sources ex­ternes, et de trai­ter cette da­ta en temps réel. Les en­tre­prises peuvent aus­si nouer des par­te­na­riats avec d’autres firmes pour échan­ger les don­nées entre elles. Ce­ci doit bien évi­dem­ment se faire dans le res­pect to­tal des lois de pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles.

En Mars der­nier, le sys­tème d’in­for­ma­tion d’une usine pé­tro­chi­mique en Ara­bie Saou­dite a été in­fec­té par un vi­rus de source in­con­nue. Sa mis­sion prin­ci­pale ? Amor­cer une sé­rie de dys­fonc­tion­ne­ments et de pannes dans l’usine dans le but de la faire ex­plo­ser! Et si des cen­taines d’ou­vriers ont été épar­gnés, c’est grâce à bug dans le vi­rus. Ce mal­ware, in­diquent plu­sieurs ex­perts et spé­cia­listes, marque le dé­but d’une nou­velle ère dans la cy­ber­sé­cu­ri­té. Pour Ni­zar Yaiche, consul­tant à PWC, l’évo­lu­tion tech­nique qu’a connue le monde ces der­nières an­nées, a été ac­com­pa­gnée par une com­plexi­té ex­po­nen­tielle du cy­be­res­pace, aus­si bien en termes de di­ver­si­té du hard­ware que de la com­plexi­té du lo­gi­ciel. “Le nombre des lignes de code dans le noyau de Li­nux est pas­sé de moins de 3 mil­lions en 2004 à plus de 20 mil­lions en 2015’, in­dique-til. Avec cette com­plexi­té crois­sante, le nombre de failles et de bugs de sé­cu­ri­té est lui aus­si à la hausse, ce qui donne aux cy­ber-mal­fai­teurs une plus large sur­face d’at­taque. Avec le vo­lume gran­dis­sant de don­nées sto­ckées en ligne, la cy­ber­cri­mi­na­li­té s’est trans­for­mée d’un hob­by en une ac­ti­vi­té bien or­ga­ni­sée. Tran­si­tion di­gi­tale oblige, l’en­tre­prise se trouve de plus en plus dé­pen­dante du di­gi­tal pour me­ner à bien ses af­faires. L’ar­ri­vée (im­mi­nente) de la big da­ta et de l’in­ter­net des ob­jets dans les centres de pro­duc­tions ne pour­ra qu’in­ci­ter le dé­ve­lop­pe­ment de la cy­ber­cri­mi­na­li­té. Ce­pen­dant, Yaiche a in­di­qué que ces chan­ge­ments n’ont pas été ac­com­pa­gnés d’une évo­lu­tion adé­quate en termes de prise de conscience du ma­na­ge­ment des en­tre­prises quant à l’im­por­tance de la cy­ber­sé­cu­ri­té. Et le son­dage ef­fec­tué par PWC, au­près de 1600 cadres dans le monde le prouve: seuls ⅓ des CEO dé­clarent y avoir in­ves­ti et 65% ignorent où sont sau­ve­gar­dées leurs don­nées ! De plus, 82% des Chief In­for­ma­tion Se­cu­ri­ty Of­fi­cers in­diquent qu’ils sont in­sa­tis­faits du ni­veau de sé­cu­ri­té de leur en­tre­prise.

Un ef­fort d’ordre na­tio­nal En Tu­ni­sie, l’état a in­ves­ti consi­dé­ra­ble­ment dans la cy­ber­sé­cu­ri­té; notre pays dis­pose de­puis 2002 d’une loi af­fé­rente à la cy­ber­sé­cu­ri­té et d’une Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té in­for­ma­tique. L’ANSI, de son cô­té, a dé­ployé plu­sieurs so­lu­tions pour pro­té­ger le cy­be­res­pace na­tio­nal des dif­fé­rentes at­taques. En ef­fet, Naou­fel Frikha, DG de L’ANSI, a dé­cla­ré que le pro­jet SAHER de dé­tec­tion ra­pide et au­to­ma­tique de toute in­frac­tion des sys­tèmes in­for­ma­tiques à l’échelle na­tio­nale, en­re­gistre en moyenne 30.000 at­taques par se­maine ! Dans ce cadre, le res­pon­sable a in­di­qué qu’un sys­tème na­tio­nal a été mis en place en par­te­na­riat avec les opé­ra­teurs de la place pour pro­té­ger le cy­be­res­pace na­tio­nal contre les at­taques DDOS. Tous ces ef­forts ont va­lu à la Tu­ni­sie la 40ème place dans le Glo­bal Cy­ber­se­cu­ri­ty In­dex, pu­blié par l’union In­ter­na­tio­nale des Té­lé­com­mu­ni­ca­tions et qui me­sure l’en­ga­ge­ment des pays en­vers la cy­ber­sé­cu­ri­té. Cons­ciente de l’im­por­tance de la sé­cu­ri­té in­for­ma­tique, Fadhel Kraiem a in­di­qué que Tu­ni­sie Te­le­com a, de­puis plu­sieurs an­nées, mul­ti­plié les ini­tia­tives pour as­su­rer la sé­cu­ri­té du ré­seau. Il a éga­le­ment pré­ci­sé que TT a lan­cé plu- sieurs pro­grammes de mise à ni­veau pour se confor­mer aux règles et normes de sé­cu­ri­té in­ter­na­tio­nale, à l’ins­tar de Da­ta­cen­ter Car­thage, cer­ti­fié ISO 27 001 et qui abrite les ser­veurs de plu­sieurs ins­ti­tu­tions fi­nan­cières de re­nom. Et d’ajou­ter que TT n’a pas uni­que­ment pro­té­gé ses sys­tèmes et son en­vi­ron­ne­ment in­ternes, mais aus­si, elle est en train de pro­té­ger ses clients et par­te­naires. Dans ce cadre, Ja­mel Sak­ka, directeur cen­tral des ré­seaux , a in­di­qué que de­puis 2014, l’opé­ra­teur a mis en place une in­fra­struc­ture per­met­tant de pro­té­ger tous les IP de la Tu­ni­sie contre les DDOS. Kraiem a ajou­té que Tu­ni­sie Te­le­com a lan­cé un nou­veau ser­vice de sé­cu­ri­té en mode Saas pour ai­der les en­tre­prises à mieux se pro­té­ger. Et de no­ter: “Notre ob­jec­tif est de faire de TT le par­te­naire de confiance qui va per­mettre à ses clients et ses par­te­naires de pou­voir uti­li­ser les ser­vices sans de­voir se pré­oc­cu­per des pro­blé­ma­tiques sé­cu­ri­taires”. Le DG de TT n’a pas man­qué de sou­li­gner l’im­por­tance de la confiance nu­mé­rique. Cette der­nière, ex­plique-t-il, passe par quatre élé­ments im­por­tants: la sé­cu­ri­té d’ac­cès, la dis­po­ni­bi­li­té et sé­cu­ri­té des ser­vices, la confi­den­tia­li­té et pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles et un ar­se­nal ré­gle­men­taire per­met­tant de pro­té­ger l’uti­li­sa­teur. “Sans confiance nu­mé­rique, il ne se­ra plus pos­sible de dé­ve­lop­per l’éco­no­mie nu­mé­rique dont nous rê­vons tous”, a in­di­qué pour sa part Ha­bib Deb­ba­bi.

Si la da­ta est le pé­trole du Xxième siècle, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est cer­tai­ne­ment sa raf­fi­ne­rie, per­met­tant de trans­for­mer cette masse brute d’in­for­ma­tions en des fonc­tion­na­li­tés et des ser­vices à très haute va­leur ajou­tée. Ce­ci est d’au­tant plus vrai dans le sec­teur de la fi­nance où les en­tre­prises de fin­tech es­saient de dé­ve­lop­per des so­lu­tions de AI pour leur per­mettre d’amé­lio­rer leur ren­de­ment, mais aus­si d’of­frir des ser­vices in­no­vants et in­édits aux consom­ma­teurs. À CRIF, un cré­dit bu­reau ba­sé en Ita­lie, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est au coeur d’une nou­velle ré­vo­lu­tion. En ef­fet, un al­go­rithme dé­ve­lop­pé par cette ins­ti­tu­tion fi­nan­cière per­met d’éva­luer les risques d’oc­troi de cré­dits pour les per­sonnes n’ayant pas d’an­té­cé­dents de cré­dit. Pour ce faire, l’al­go­rithme com­bine plu­sieurs don­nées sur la­dite per­sonne pour es­sayer de pré­dire les risques avec un taux d’er­reur ne dé­pas­sant pas les 12%. Grâce à ce sys­tème, ex­plique Da­vide Mi­chele Meo, Sales di­rec­tor au cré­dit bu­reau ita­lien, les per­sonnes ne dis­po­sant pas d’an­té­cé­dents de cré­dit pour­ront dé­sor­mais pro­fi­ter de cré­dits. Na­tu­rel­le­ment, la pré­ci­sion d’un tel sys­tème est pro­por­tion­nelle à la quan­ti­té de don­nées dont il dis­pose sur les per­sonnes à “no­ter”. Plu­sieurs cré­dits bu­reaux rêvent alors de ti­rer pro­fit de la ré­vo­lu­tion di­gi­tale en in­té­grant d’autres sources de don­nées, no­tam­ment les ré­seaux so­ciaux, voire même l’his­to­rique de na­vi­ga­tion in­ter­net des clients, ex­plique Omar El Ma­tri, DG du cré­dit bu­reau tu­ni­sien Mi­ti­gan CIB. Cette vi­sion or­wel­lienne n’est ce­pen­dant pas sans graves consé­quences sur la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles des ci­toyens. Bien évi­dem­ment, les cré­dits bu­reaux ne sont pas les seuls à pro­fi­ter des nou­velles avan­cées de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. You­drive, une com­pa­gnie d’as­su­rance en France, par exemple, ins­talle des boî­tiers per­met­tant de me­su­rer en temps réel les don­nées clés de la voi­ture (vi­tesse, frei­nage, etc. …). Les conduc­teurs ayant ac­cep­té de connec­ter leur voi­ture à ce sys­tème ont vu leurs fac­tures bais­sées : “Grâce au trai­te­ment de ces don­nées col­lec­tées, la com­pa­gnie a pu of­frir à ces clients des prix avan­ta­geux”, a in­di­qué Hé­di Za­her, CEO de Da­ta­vo­ra.

1

Et la Tu­ni­sie ? Kha­lil Laa­ma­ri, se­cré­taire d’état à la re­cherche scien­ti­fique a dé­cla­ré au Ma­na­ger que le gou­ver­ne­ment se penche ac­tuel­le­ment sur l’éla­bo­ra­tion d’une stra­té­gie na­tio­nale vi­sant à dé­ve­lop­per le sec­teur de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et ce, en col­la­bo­ra­tion avec les in­dus­triels, les aca­dé­mi­ciens et toutes les par­ties pre­nantes. Il a éga­le­ment dé­cla­ré que l’état lan­ce­rait pro­chai­ne­ment des ap­pels d’offre pour des pro­jets d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle.

2Après une pre­mière dé­cen­nie en plein mou­vance, le mar­ché des smart­phones semble ar­ri­ver à ma­tu­ri­té. Les ‘ré­vo­lu­tions’ qu’a connues le sec­teur dans ses dé­buts ont lais­sé la place à des évo­lu­tions in­cré­men­tielles. Pour dif­fé­ren­cier leurs ter­mi­naux face à la concur­rence, les construc­teurs optent pour ‘l’in­no­va­tion in­vi­sible’. Il s’agit de do­ter leurs mo­biles de com­po­sants à la pointe des tech­no­lo­gies : des pro­ces­seurs plus puis­sants, plus de RAM et des ap­pa­reils photos de plus en plus per­for­mants . Bien qu’elles contri­buent à of­frir une meilleure ex­pé­rience à l’uti­li­sa­teur, ces “in­no­va­tions” lui sont in­vi­sibles. “L’au­to­no­mie joue dé­sor­mais un rôle im­por­tant dans les cri­tères de choix pour les uti­li­sa­teurs”, a in­di­qué Ka­rim Koun­di, ge­ne­ral part­ner à De­loitte Tu­ni­sie. “Les uti­li­sa­teurs sont de plus en plus dé­pen­dants de leur té­lé­phone. Il est alors na­tu­rel qu’ils veuillent que ce der­nier puisse les ac­com­pa­gner au long de la jour­née”. De fait, 67% des ré­pon­dants à l’en­quête me­née par De­loitte in­dique que l’au­to­no­mie est un cri­tère es­sen­tiel de choix, contre seule­ment 63% pour la per­for­mance de l’ap­pa­reil photo.

3Et c’est jus­te­ment cette dé­pen­dance qui pousse un nombre gran­dis­sant d’uti­li­sa­teurs à ten­ter de li­mi­ter l’uti­li­sa­tion de leur smart­phone. En 2018, ce taux va at­teindre les 45%, d’après les es­ti­ma­tions de De­loitte. Pour ce faire, 59% désac­tivent l’in­ter­net mo­bile sur le de­vice, alors que 34% désac­tivent les no­ti­fi­ca­tions. L’étude de De­loitte prouve éga­le­ment que les ef­fets de cette dé­pen­dance ne se fait pas sen­tir de la même ma­nière pour tous les âges. Ain­si, 63% des per­sonnes de plus de 50 ans se consi­dèrent dé­pen­dants de leur smart- phone. Ce taux n’est que de 50% chez les jeunes de moins de 24 ans.

45

Re­ten­tis­sante fût la ré­cente po­lé­mique de Fa­ce­book liée à la fuite mas­sive de di­zaines de mil­lions de don­nées de Fa­ce­book suite à la­quelle son fon­da­teur Mark Zu­cker­berg a été au­di­tion­né par le Sé­nat amé­ri­cain. Et même si la ré­ponse de Mark est claire quand il avoue qu’il était res­pon­sable dans cette af­faire, Fa­ce­book et les ré­seaux so­ciaux sont loin d’être fi­nis et le meilleur (ou le pire) est à ve­nir !

Le Pays qui s’ins­pire des GAFA ! Les GAFA (GOOGLE, AMZON, FA­CE­BOOK, APPLE) ne cessent de se trou­ver face à des problèmes liés aux fuites des don­nées et à la non trans­pa­rence. Ce­ci n’a pas em­pê­ché la Chine d’uti­li­ser les don­nées per­son­nelles re­cueillies de ses ci­toyens pour leur at­tri­buer une note de confiance. Le pays tra­vaille de­puis peu de temps sur un sys­tème de no­ta­tion per­met­tant d’at­tri­buer une note à chaque ci­toyen. Ce sys­tème est ba­sé sur plu­sieurs cri­tères tel que son com­por­te­ment quo­ti­dien avec ses voi­sins ou ses col­lègues de tra­vail, sa si­tua­tion fi­nan­cière, son ca­sier ju­di­ciaire et ses opi­nions po­li­tiques. Tous les faits et gestes se­ront dé­sor­mais no­tés ! C e sys­tème se­ra fonc­tion­nel et obli­ga­toire dans trois an­nées ! (à par­tir de 2020). Big DA­TA is wat­ching you Made in Chi­na! Le gou­ver­ne­ment chi­nois at­tri­bue­ra une note so­ciale à chaque ci­toyen afin de le clas­ser, de lui of­frir la pos­si­bi­li­té d’ac­cès à cer­tains ser­vices, de condi­tion­ner l’ac­cès à d’autres ou de les lui re­fu­ser car­ré­ment. Pé­kin vou­dra ins­tau­rer un sys­tème de cré­dit so­cial en col­lec­tant les don­nées de plus de sept cents mil­lions d’in­ter­nautes pour les pas­ser sous la loupe et ce­ci à tous les ni­veaux : fi­nan­cier, po­li­tique, so­cial, trans­port, shop­ping, ré­seau so­ciaux, édu­ca­tion, tra­vail, loi­sir et la liste est très longue ! On com­prend pour­quoi par­fois la réalité dé­passe la fic­tion ! Dire que toutes ces pra­tiques étaient ima­gi­nées avec « Big bro­ther is wat­ching you ». Il s’agit d’un per­son­nage du ro­man de « 1984 » consi­dé­ré comme une ré­fé­rence du ro­man de dys­to­pie. Cette der­nière fait ré­fé­rence à un ré­cit de fic­tion dé­pei­gnant une so­cié­té ima­gi­naire or­ga­ni­sée de telle fa­çon qu’elle em­pêche ses membres d’at­teindre le bon­heur. L’écri­vain ima­gine même un pays fic­tif « Océa­nia » où Big Bro­ther est le chef de cet Etat. De­puis, l’ex­pres­sion est uti­li­sée pour qua­li­fier toutes les ins­ti­tu­tions ou pra­tiques por­tant at­teinte aux li­ber­tés et à la vie pri­vée des in­di­vi­dus.

Votre note so­ciale SVP ? De par sa note, chaque chi­nois (em­ployé, en­tre­pre­neur, étu­diant..) pour­ra se voir re­fu­ser l’ac­cès à cer­tains ser­vices pu­bliques. Chaque ci­toyen doit avoir une conduite par­faite et un com­por­te­ment exem­plaire. Si vous de­man­dez une bourse d’études, un prêt im­mo­bi­lier, un cré­dit de consom­ma­tion, faites at­ten­tion à ce que vous par­ta­gez sur les ré­seaux so­ciaux ou à l’en­droit que vous fré­quen­tez pen­dant vos mo­ments de loi­sirs, à la per­sonne avec la­quelle vous pre­nez votre ca­fé, car tout est no­té ! Vous pou­vez même être su­jet à des res­tric­tions bancaires, à des in­ter­dic­tions de par­tir à l’étran­ger, ou de ne pas voya­ger dans la classe bu­si­ness si votre note est en des­sous de la moyenne ! Cette note so­ciale n’est pas seule­ment une ca­rac­té­ris­tique d’un ré­gime au­to­ri­taire comme la Chine. Black Mi­roir est l’une des sé­ries té­lé­vi­sées très po­pu­laire en Amé­rique, connue par son style d’hu­mour noir. Un épi­sode de cette sé­rie ra­conte l’his­toire de La­cie, une jeune femme qui vit dans un monde où son score sur les ré­seaux so­ciaux dé­ter­mine les en­droits où elle peut vivre et ce qu’elle peut man­ger ou pas. Par exemple, il lui faut une note mi­ni­male de 4,5 pour avoir l’ap­par­te­ment de ses rêves ! Pour amé­lio­rer cette note, elle doit se mon­trer ex­ces­si­ve­ment gen­tille avec de gens in­con­nus et at­tri­bue des notes éle­vées à tous les gens qu’elle ren­contre pour avoir une bonne note afin d’ache­ter l’ap­par­te­ment rê­vé ! Rêve ou réalité, fic­tion ou pré­sent ? La sé­pa­ra­tion n’est qu’illu­sion ?

Vos nombre de Fans SVP ? Ré­cem­ment cer­taines in­for­ma­tions cir­culent men­tion­nant que Ford pré­pare une voi­ture dont les dé­tails sont en­core se­crets et qui coû­te­rait 500 000 $. Il n’en reste pas moins que, même si vous pos­sé­dez ce mon­tant, Ford ne vous la ven­dra qu’à la condi­tion d’avoir plus que 25 000 Fans sur Fa­ce­book ou au moins 25 000 « fol­lo­wers » sur Twit­ter. Cette voi­ture est dis­po­nible en nombre li­mi­té, et Ford veut s’as­su­rer qu’elle ira aux in­fluen­ceurs qui font le beau et le mau­vais temps sur les ré­seaux so­ciaux ; avec cette ava­lanche d’in­fluen­ceurs, dif­fi­cile de dis­tin­guer le vrai du faux ! Rêve ou réalité ? Avoir une note so­ciale pour man­ger, vivre, dan­ser ? Tra­vailler et ache­ter une voi­ture n’est plus de la science-fic­tion c’est une réalité à l’ère où « big da­ta » ou « big bro­ther » n’est que double face de la même mon­naie. Bonne note !

Fo­cus sur l’en­tre­prise, en tant que par­te­naire in­con­tour­nable dans cette ini­tia­tive mon­diale. Le Fo­rum a réuni des re­pré­sen­tants d’ins­ti­tu­tions na­tio­nales, du sec­teur pri­vé, de la so­cié­té ci­vile, d’or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales et de la com­mu­nau­té scien­ti­fique.

La Tu­ni­sie en marche ac­cé­lé­rée vers la réa­li­sa­tion des ODD ! En dé­fi­cit éco­lo­gique, oui ! Mais la Tu­ni­sie semble avoir pris le train en marche du dé­ve­lop­pe­ment du­rable. La Tu­ni­sie a adop­té les ODD en 2015, ap­por­tant préa­la­ble­ment sa pierre à l’édi­fice dans le pro­ces­sus d’éla­bo­ra­tion des ODD via un consen­sus na­tio­nal. Bien sûr, pour que les ob­jec­tifs soient at­teints, cha­cun doit rem­plir sa part du contrat : gou­ver­ne­ment, so­cié­té ci­vile et sec­teur pri­vé. Mais les ODD coûtent cher ! Die­go Zo­rilla, Co­or­di­na­teur Ré­sident du Sys­tème des Na­tions unies en Tu­ni­sie, rap­pelle au pas­sage que nous avons be­soin de près de 3 tril­lions de dol­lars pour la mise en oeuvre des ODD ! D’où l’im­por­tance du rôle du sec­teur pri­vé. Il sou­ligne que les ODD pré­sentent éga­le­ment une op­por­tu­ni­té pour les en­tre­prises et que le ré­seau lo­cal du Pacte Mon­dial est l’un des ou­tils qui ai­de­rait les en­tre­prises pour leur concré­ti­sa­tion. Ameur Laa­rayedh, pré­sident de la com­mis­sion de l’in­dus­trie, de l’éner­gie, des res­sources na­tu­relles, de l’in­fra­struc­ture et de l’en­vi­ron­ne­ment à L’ARP évoque de son cô­té les avan­cées en ma­tière de ré­gle­men­ta­tions. “Un pro­jet de loi est en cours de dis­cus­sion au sein de L’ARP, in­dique-t-il. Mais un cer­tain nombre de ques­tions ne font pas en­core consen­sus. La po­lé­mique se si­tue au ni­veau de la contri­bu­tion des en­tre­prises dans la RSE et des en­tre­prises concer­nées par le pro­jet de loi. Par ailleurs, il rap­pelle que l’ap­proche adop­tée dans ce pro­jet de loi exi­geant que les en­tre­prises qui ex­ploitent les ri­chesses na­tu­relles consacrent une par­tie de leurs bé­né­fices au pro­fit de la ré­gion où elles sont im­plan­tées risque de concou­rir au dés­équi­libre ré­gio­nal. De ce fait, il a été pro­po­sé de consti­tuer un Fonds na­tio­nal pour la RSE, afin de ne désa­van­ta­ger au­cune ré­gion. Par ailleurs et afin de ré­pondre aux faibles ré­sul­tats des ex­pé­riences en­ga­gées de­puis 2011, et ce, par manque de co­or­di­na­tion avec les be­soins lo­caux, le dé­pu­té in­forme que des co­mi­tés lo­caux se­ront consti­tués afin de fixer les prio­ri­tés de chaque ré­gion. La Tu­ni­sie a en­tre­pris de­puis 2012 plu­sieurs ini­tia­tives na­tio­nales l’en­ga­geant vers la voie du dé­ve­lop­pe­ment du­rable sous toutes ses cou­tures ! De la stra­té­gie na­tio­nale du chan­ge­ment cli­ma­tique, jus­qu’à la stra­té­gie na­tio­nale de la res­pon­sa­bi­li­té so­ciale des en­tre­prises et des or­ga­ni­sa­tions, en pas­sant bien sûr par les ODD en 2015 et la stra­té­gie na­tio­nale des modes de pro­duc­tion et de consom­ma­tion du­rable. Le che­min reste long, mais les ef­forts ne manquent pas.

Quelles so­lu­tions pour la contex­tua­li­sa­tion des ODD ? Les ODD ne sont pas une mince af­faire ! Il ne suf­fit pas de le vou­loir, en­core fau- drait-il mettre les chances de son cô­té ! L’après-mi­di a donc été consa­crée à l’iden­ti­fi­ca­tion des lignes di­rec­trices pour l’éla­bo­ra­tion d’un guide ODD au pro­fit des en­tre­prises. Des ate­liers de ré­flexion ont été or­ga­ni­sés, afin de pro­po­ser des ac­tions concrètes. En Tu­ni­sie, la prio­ri­té est don­née à l’en­vi­ron­ne­ment (ODD 3), l’éga­li­té des sexes (ODD 5), le tra­vail dé­cent et la crois­sance éco­no­mique (ODD 8), l’in­dus­trie, l’in­no­va­tion et l’in­fra­struc­ture (ODD 9), la ré­duc­tion des in­éga­li­tés (ODD 10), la paix, la jus­tice et l l’édi­fi­ca­tion d’ins­ti­tu­tions ef­fi­caces (ODD 16), et le ren­for­ce­ment des par­te­na­riats pour la réa­li­sa­tion des ob­jec­tifs (ODD 17). Les grands axes des re­com­man­da­tions for­mu­lées concernent l’im­por­tance d’ef­fec­tuer un diagnostic de la si­tua­tion, le ren­for­ce­ment de la com­mu­ni­ca­tion et de la for­ma­tion. Les échanges de bonnes pra­tiques et la mise en place de pro­jets pi­lotes s’avère éga­le­ment né­ces­saires pour la concré­ti­sa­tion des ob­jec­tifs. Ain­si que la pour­suite des ef­forts pour la contex­tua­li­sa­tion des ODD et le sui­vi de la mise en oeuvre. L’ate­lier sur la lutte contre la cor­rup­tion a fait l’una­ni­mi­té entre les par­ti­ci­pants pour ce qui est de la né­ces­si­té de se sou­mettre à la nor­ma­li­sa­tion Iso 37001 et Iso 26000, la mise en place d’un sys­tème de risk-ma­na­ge­ment et la gé­né­ra­li­sa­tion des îlots d’in­té­gri­té. En ma­tière d’en­vi­ron­ne­ment, la ges­tion des dé­chets a mo­bi­li­sé une grande at­ten­tion. Ins­tau­rer des pro­cé­dures pour le trai­te­ment des dé­chets (so­lides, li­quides, ga­zeux…) s’avère être une des me­sures prio­ri­taires. Afin d’as­su­rer la tran­si­tion vers les éner­gies re­nou­ve­lables, la gé­né­ra­li­sa­tion des ins­tal­la­tions de pan­neaux so­laires et l’équi­pe­ment des bâ­ti­ments en ins­tal­la­tions d’éclai­rage LED sont des ac­tions qui s’im­posent d’elles-mêmes ! Pour les en­tre­prises éner­gi­vores, les par­ti­ci­pants re­com­mandent d’as­su­rer des au­dits éner­gé­tiques pé­rio­diques.

tuelles de l’en­tre­prise ain­si que les étapes du pro­ces­sus de fa­bri­ca­tion, mais éga­le­ment de pro­po­ser des so­lu­tions. Les ob­jec­tifs à at­teindre consistent en l’amé­lio­ra­tion de la qua­li­té, de la pro­duc­ti­vi­té et par consé­quent de la com­pé­ti­ti­vi­té. Pour ce faire, la mé­thode Kaizen per­met l’op­ti­mi­sa­tion des condi­tions et du temps de tra­vail, une meilleure ges­tion des stocks, des pertes et des gas­pillages ain­si que l’amé­lio­ra­tion du temps de chan­ge­ment des ou­tils et la qua­li­té du pro­duit ou du ser­vice. Quand bien même les chan­ge­ments ef­fec­tués sont gé­né­ra­le­ment très simples, ils de­meurent d’une grande va­leur ajou­tée. Ex­pé­ri­men­ta­le­ment prou­vé : l’amé­na­ge­ment d’une usine peut ap­por­ter des gains in­croyables. Le Sys­tème de pro­duc­tion Toyo­ta (TPS) en est une ré­fé­rence mon­diale. Cette stra­té­gie de ma­nage- ment a été adop­tée, pour la toute pre­mière fois en Tu­ni­sie, de­puis 2009.

Le Kaizen Made in Tunisia Le pro­jet pi­lote tu­ni­sien de la mise en place du concept Kaizen a été ini­tié par l’agence de co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale du Ja­pon (JICA) en date de 2009. Il s’ap­plique sur deux phases ; la pre­mière s’est éta­lée sur la pé­riode al­lant de 2009 à 2013. La phase ac­tuelle qui ar­ri­ve­ra à terme à l’ho­ri­zon de 2019, vise à an­crer cette culture en­tre­pre­neu­riale au sein de 72 en­tre­prises. « Pour vul­ga­ri­ser ce concept, des maîtres-for­ma­teurs ain­si que des ex­perts ja­po­nais as­surent une for­ma­tion aus­si bien pra­tique que théo­rique pour 30 for­ma­teurs, au sein de huit centres tech­niques. A l’heure ac­tuelle, 54 en­tre­prises en bé­né­fi­cient», a dé­cla­ré le re­pré­sen­tant de la JICA en Tu­ni­sie, To­shi­fu­mi Egu­sa.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.