BIAT Le défrichage des in­dus­tries créa­tives et cultu­relles

Le Manager - - Sommaire - NADYA BCHIR

Une étude sur les in­dus­tries créa­tives et cultu­relles (ICC) a été me­née par la BIAT dans le cadre de mul­tiples ini­tia­tives de ré­flexion col­lec­tive sur des sec­teurs do­tés d’un fort po­ten­tiel. Cette étude a fait res­sor­tir un cer­tain nombre de constats dont il est très utile d ti­rer des en­sei­gne­ments. Afin de pré­sen­ter les ré­sul­tats de la­dite étude, la BIAT a or­ga­ni­sé une ren­contre-dé­bat à l’ins­ti­tut Fran­çais de Tu­ni­sie avec la par­ti­ci­pa­tion d’émi­nentes personnalités du monde cultu­rel et créa­tif. Compte ren­du de la pré­sen­ta­tion d’une étude sous le thème :"Etat des lieux et po­ten­tiel des in­dus­tries cultu­relles et créa­tives en Tu­ni­sie".

Ah­med Amine Azou­zi consul­tant en in­dus­tries cultu­relle et créa­tive dé­fi­nit en pré­am­bule les ICC et les met dans le cadre de leur émer­gence : “Ce sont des in­dus­tries dont la ma­tière pre­mière est la créa­ti­vi­té hu­maine pré­sente ou pas­sée avec la­quelle nous pou­vons faire beau­coup de choses comme la re­pro­duire ou la dis­tri­buer. Les ICC s’ar­ti­culent au­tour des biens et ser­vices pa­tri­mo­niaux, cultu­rels et ar­tis­tiques. C’est une éco­no­mie qui par­ti­cipe à la ri­chesse mon­diale en gé­né­rant pas moins de 2000 mil­liards de dol­lars, soit 3% du PIB mon­dial. Beau­coup de grands groupes in­dus­triels mon­diaux ont fait des ICC leur coeur de mé­tier”. En ef­fet, le po­ten­tiel qu’offrent les ICC n’est plus à dé­mon­trer dans de nom­breux pays tels qu’en Eu­rope où elles re­pré­sentent plus de 6% du PIB glo­bal. L’étude conduite par la BIAT s’ins­crit à juste titre dans le cadre des pos­si­bi­li­tés dis­po­nibles en vue de dé­ve­lop­per ces in­dus­tries sous nos cieux. Ain­si, les te­nants de l’étude se tra­duisent par le dres­se­ment d’un état des lieux du sec­teur de la cul­ture et de la créa­ti­vi­té en Tu­ni­sie de ma­nière à tra­cer les lignes du po­ten­tiel avec plus de clar­té. A ce titre ,Ah­med Amine ex­pose l’ob­jec­tif vi­sé par la­dite étude :”Nous cher­chons à com­prendre avec exac­ti­tude la via­bi­li­té de l’éco­no­mie créa­tive en Tu­ni­sie, à iden­ti­fier les in­dus­tries ayant le plus de po­ten­tiel ain­si que les fac­teurs à ac­tion­ner afin de dé­ve­lop­per ce der­nier.” Dans son ex­po­sé, Ah­med Amine évoque le dé­rou­le­ment de l’étude qui s’est fait en deux phases en par­tant d’une ana­lyse glo­bale de l’éco­no­mie de la cul­ture en Tu­ni­sie pour ar­ri­ver à une ana­lyse plus poin­tue et spé­ci­fique à tra­vers l’iden­ti­fi­ca­tion des in­dus­tries dites por­teuses ou à très fort po­ten­tiel. Pour ce faire, l’équipe me­nant l’étude a ef­fec­tué pas moins de 30 en­tre­tiens quan­ti­ta­tifs et qua­li­fi­ca­tifs avec des ac­teurs éco­no­miques et cultu­rels de la place na­tio­nale. Ces en­tre­tiens ont été as­sor­tis par des ana­lyses sta­tis­tiques ain­si que des es­ti­ma­tions et des bench­mar­king avec des pays dont l’ex­pé­rience se rap­proche au mieux de celle de la Tu­ni­sie. De cette étude en est donc res­sor­tie une sé­rie de constats fixant par ri­co­chet les pro­chaines étapes à suivre. Ah­med Amine en fait l’éta­lage :”la de­mande de biens et ser­vices créa­tifs est bien pré­sente, tou­te­fois elle reste la­tente et dé­cline des si­gnaux de crois­sance et ce, en dé­pit de la li­mite de la vi­si­bi­li­té et de la ré­duc­tion du pou­voir d’achat.” Ce pre­mier constat fait clai­re­ment état d’un in­té­rêt gran­dis­sant de la part du pu­blic tu­ni­sien vis-à-vis des ICC, soit un réel si­gnal de l’exis­tence d’un fort po­ten­tiel d’ordre éco­no­mique de la cul­ture qui se conforte d’ailleurs avec la hausse de la dé­pense des Tu­ni­siens lors de leur temps libre. Le pre­mier constat re­joint donc un autre re­la­tif à l’offre. En ef­fet, cette der­nière est pro­po­sée de très bonne qua­li­té grâce aux ta­lents dont sont do­tés les Tu­ni­siens. Néan­moins, cette offre de­meure pas as­sez struc­tu­rée si­non très peu et souffre d’un dys­fonc­tion­ne­ment au ni­veau de la dis­tri­bu­tion ain­si que des cir­cuits d’ac­cès aux biens créa­tifs. Mal­gré le fait que le di­gi­tal ne cesse de se dé­ve­lop­per en Tu­ni­sie, cette offre ne pro­fite pas en­core des op­por­tu­ni­tés dis­po­sées par ce­lui-ci. Autre constat et non des moindres, ce­lui qui re­garde la cadre lé­gis­la­tif. Ah­med Amine ex­plique que ce der­nier en plus du fonc­tion­ne­ment gé­né­ral du mar­ché fait frein à l’es­sor du sec­teur éco­no­mique cul­ture. S’ajoute à ce­la le sys­tème de sub­ven­tions, comme ap­pli­qué, fait of­fice d’en­trave à toute pos­si­bi­li­té d’in­ves­tis­se­ment pri­vé dans le sec­teur pri­vé. Pour clore le cha­pitre des constats, il s’en im­pose un, à sa­voir : le rôle de mé­cène ou d’in­ves­tis­seur que peuvent jouer des ac­teurs privés en vue de dy­na­mi­ser l’éco­no­mie créa­tive et ap­por­ter sa pierre à l’édi­fice du fi­nan­ce­ment des ICC. Comme plein d’autres sec­teurs éco­no­mique, so­cial ou cultu­rel, le sec­teur des ICC dé­cline un fort po­ten­tiel non en­core ex­ploi­té de part une mul­ti­tude de fac­teurs. Les au­to­ri­tés com­pé­tentes se doivent certes de rem­plir leur part du contrat en agis­sant sur le cadre ré­gle­men­taire et lé­gis­la­tif, mais le sec­teur pri­vé, in­té­res­sé de pre­mier ordre par les ICC, n’est pas en reste et se doit de s’im­pli­quer da­van­tage dans le dé­ve­lop­pe­ment de ces in­dus­tries. L’ini­tia­tive en­tre­prise par la BIAT est un pre­mier pas cru­cial im­plan­té sur la voie du dé­ve­lop­pe­ment des ICC, la suite ne doit pas être né­gli­gée afin que le pro­jet soit me­né à bon port.

Ah­med Amine Azou­zi

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