Les influenceurs, nou­veau bastion des marketeurs

Le Manager - - Sommaire - INES DHIFALLAH

Ar­se­nal re­dou­table pour dé­truire, construire ou fleu­rir la ré­pu­ta­tion d’une marque, les ré­seaux so­ciaux ont re­mis en ques­tion les pra­tiques ins­ti­tu­tion­nelles du mar­ke­ting et de la com­mu­ni­ca­tion. Do­nald Trump s’est même désen­ga­gé du com­mu­ni­qué com­mun si­gné à la fin du G7 à tra­vers un tweet...en­voyé de­puis son avion ! A l’heure de ce que l’on ap­pelle le mar­ke­ting 3.0 et le “consom'ac­teur” tel qu’in­tro­duit par le gou­rou du mar­ke­ting Phi­lip Kot­ler, les en­seignes n’ont d’autre choix que de suivre le mou­ve­ment et de conqué­rir le même ter­rain d’ac­tion. Le mar­ke­ting d’in­fluence se ré­vèle comme la ré­plique phé­nix de ces der­nières an­nées. Blo­gueurs, snap­chat­teurs, you­tu­beurs, ins­ta­gra­mers, ils ont ré­vo­lu­tion­né le monde du mar­ke­ting. Ce sont dé­sor­mais les stars des ré­seaux so­ciaux qui font fan­tas­mer les chiffres d’af­faires des plus grandes en­seignes. Du high Tech et multimédia, au prê­tà-por­ter et cos­mé­tique, ils sont de­ve­nus les par­te­naires in­con­tes­tés des marques, pe­tites ou grandes. En Tu­ni­sie, le phé­no­mène a je­té l’ancre de­puis près de deux ans. Nous avons pé­né­tré ce monde sous le prisme des en­tre­prises pour vous dé­voi­ler ses pra­tiques, ses atouts et ses pers­pec­tives. Fo­cus.

Il est sans nul doute de­ve­nu le do­maine d'at­ten­tion des pro­fes­sion­nels du mar­ke­ting. Mi­cro­soft, Co­ca Co­la, l’oréal, Sam­sung, Sa­no­fi, elles l’ont toutes adop­té et ce n’est pas sans rai­sons ! Se­lon le rap­port “The State of In­fluen­cer Mar­ke­ting 2018”, une étude ef­fec­tuée par Lin­qia, 86% des mar­que­teurs ont eu re­cours au mar­ke­ting d’in­fluence en 2017 et 92% d’entre eux le trouvent ef­fi­cace. 39% ont dé­cla­ré qu’ils aug­men­te­raient leurs dé­penses pour l’an­née à ve­nir et 44% pré­voient d’uti­li­ser le mar­ke­ting d’in­fluence pour amé­lio­rer les per­for­mances de leurs autres ca­naux nu­mé­riques. Voi­ci une mise en bouche de ce que re­pré­sente le mar­ke­ting d’in­fluence de nos jours. Quels sont les ou­tils d’une cam­pagne de mar­ke­ting d’in­fluence ? Quels im­pacts sur l’or­ga­ni­sa­tion et la fonc­tion mar­ke­ting ? Quels sont les dé­fis ? Au­tant de ques­tions qui nous ont in­ter­pel­lées, et aux­quelles nous ten­te­rons d’ap­por­ter quelques éclai­rages, no­tam­ment à tra­vers l’avis de Marc Schae­fer, l’un des plus grands ex­perts en mar­ke­ting au monde et au­teur de cinq best-sel­lers, qui a été in­ter­viewé par le Ma­na­ger. Un aper­çu des pra­tiques lo­cales se­ra don­né, à tra­vers deux en­tre­tiens me­nés avec Ma­riem Dri­ra, Res­pon­sable Mar­ke­ting de Ha­ma­di Abid (HA) et Is­mael Ben Sal­ha, Di­rec­teur Gé­né­ral des la­bo­ra­toires SVR et Fi­lor­ga Tu­ni­sie.

Le pou­voir de l’in­fluence…tout un bu­si­ness !

Le pou­voir des influenceurs ex­plique le bé­guin des mar­que­teurs ! Cer­tains sont sui­vis pour leurs opi­nions, d’autres pour leur style de vie, mais tous ont en com­mun d’avoir su fé­dé­rer au­tour d’eux une com­mu­nau­té de per­sonnes qui les écoutent et qui les re­gardent. Mais d’où vient ce pou­voir ? La ré­ponse à cette ques­tion a cer­tai­ne­ment des fon­de­ments so­cio­lo­giques, psy­cho­lo­giques et peut-être même an­thro­po­lo­giques. Nous nous li­mi­te­rons ici au conte­nu créant cette au­dience. Un re­cen­se­ment des dé­cla­ra­tions de re­ve­nus des influenceurs faite par Reech, l’une des plus grandes pla­te­formes fran­çaises de mar­ke­ting d’in­fluence, a dé­voi­lé des chiffres as­tro­no­miques ! Des influenceurs comme Nor­man ou En­joy Phoe­nix amassent entre 100 000 et 300 000 eu­ros à l’an­née ! De quoi bri­ser le folk­lore et at­ti­rer des sui­veurs ! Mais si les ré­mu­né­ra­tions sont aus­si consé­quentes, les en­seignes y trouvent aus­si leur compte. Une étude amé­ri­caine, éla­bo­rée par emar­ke­ter, en 2015, étu­diant un panel de marques, a ré­vé­lé que le re­tour sur in­ves­tis­se­ment du mar­ke­ting d'in­fluence est mul­ti­plié par 10 ! Sur 1$ in­ves­ti, 10$ sont ré­cu­pé­rés, une aug­men­ta­tion de +40% par rap­port à 2014. Pour les mil­le­nials, les chiffres sont beau­coup plus élo­quents, c’est là que se trouve la plus grande au­dience. Des for­ma­tions en mar­ke­ting d’in­fluence, telle que la Birch­box School, sont éga­le­ment dis­pen­sées. En pa­ral­lèle, les re­cherches montrent que le nombre de pla­te­formes et d’agences liées au Mar­ke­ting d’in­fluence a, lui, dou­blé aux cours des deux der- nières an­nées. De nom­breuses agences de com­mu­ni­ca­tion tra­di­tion­nelles ont aus­si créé un ser­vice « in­fluen­cer mar­ke­ting ». A Ha­ma­di Abid, Ma­riem Dri­ra nous in­forme que la co­or­di­na­tion de HA avec les blo­gueurs aide à ga­gner en vi­si­bi­li­té et en no­to­rié­té, mais sur­tout à ac­croître les ventes dans un laps de temps très court. « A chaque fois qu’on fait ap­pel à des blog­geurs, on booste les ventes à très court terme. Dès la li­vrai­son des ar­ticles en ma­ga­sin, on fait ap­pel à un in­fluen­ceur pour lan­cer une cam­pagne sur Fa­ce­book ou Ins­ta­gram. On re­marque dès lors et très ra­pi­de­ment une aug­men­ta­tion du chiffre d’af­faires par rap­port au pro­duit pu­blié », a-t-elle té­moi­gné. A SVR Tu­ni­sie, le mar­ke­ting d’in­fluence s’avère une au­baine pour in­for­mer et avi­ser les consom­ma­teurs : « L’uti­li­té du mar­ke­ting d’in­fluence dans notre sec­teur, c’est aus­si de faire pas­ser des in­for­ma­tions qui ne sont pas connues du grand pu­blic. En pre­nant l’exemple des taches for­mées par la lu­mière, il faut sa­voir que même la lu­mière bleue de l’écran les fa­vo­rise. Nos in­fluen­ceuses ont donc un rôle d’édu­ca­trices », té­moigne Is­mael Ben Sal­ha.

Marc Schae­fer ex­plique cette ex­plo­sion: « Tout d'abord, l'op­por­tu­ni­té de faire de la pu­bli­ci­té a dé­cli­né à me­sure que des for­mats d'abon­ne­ment plus po­pu­laires et sans pu­bli­ci­té comme Net­flix ont ex­plo­sé. Et même si les in­ter­nautes voient vos an­nonces, ils risquent de ne pas leur faire confiance. La confiance en­vers les en­tre­prises et les marques a di­mi­nué pen­dant les dix der­nières an­nées. À qui les gens font-ils confiance? A leurs amis, aux sites de cri­tiques et aux influenceurs res­pec­tés. Ce­la re­pré­sente un chan­ge­ment ca­ta­clys­mique dans la fa­çon dont nous de­vons pen­ser la com­mer­cia­li­sa­tion. Ce­la passe aux mains des gens, et non plus des agences de pu­bli­ci­té », dé­clare-til. Pour l’ex­pert, c’est pour cette rai­son que la pro­fes­sion est en crois­sance, à la fois dans le nombre et la so­phis­ti­ca­tion des em­plois, ain­si que dans les mon­tants dé­pen­sés pour le mar­ke­ting d'in­fluence. Trois sta­tis­tiques sont ré­vé­la­trices : « Les re­cherches ont dé­mon­tré à maintes re­prises que les consom­ma­teurs gé­nèrent entre 600 et 700% plus d'en­ga­ge­ment en­vers le conte­nu d’influenceurs qu’en­vers ce­lui des en­tre­prises. Deuxiè­me­ment, 15% de toutes les conver­sa­tions contiennent des ré­fé­rences à un pro­duit ou à une marque et, en troi­sième lieu, 70% des adultes af­firment que leurs dé­ci­sions d'achat sont in­fluen­cées par le conte­nu qu'ils par­tagent avec leurs amis. Ces chiffres sont trop élo­quents pour être igno­rés ! », nous a dé­cla­ré Marc Schae­fer.

Le conte­nu crée l’en­ga­ge­ment, l’en­ga­ge­ment crée l’achat A tra­vers le conte­nu qu’ils pu­blient (vi­déos, textes, photos, “vlogs”), ces influenceurs font suivre leur vie au quo­ti­dien, leurs coups durs et leurs coups de coeur, jus­qu’au plus pe­tit dé­tail de leur vie pri­vée. On pen­se­rait fa­ci­le­ment à quelques si­mi­li­tudes au monde bouillon­nant de l’ac­tua­li­té people et de la sta­ri­fi­ca­tion. En lais­sant l’in­ter­naute s’im­mis­cer dans leur monde, l’in­fluen­ceur crée une re­la­tion de confiance. Lorsque les influenceurs ont un taux d'en­ga­ge­ment éle­vé, ce­la si­gni­fie que leurs abon­nés sont at­ten­tifs et agissent sur leur conte­nu. Les ré­sul­tats ont mon­tré que la qua­li­té du conte­nu pu­blié par les influenceurs était ef­fec­ti­ve­ment consi­dé­rée comme équi­va­lente, voire su­pé­rieure à celle d’une an­nonce publicitaire tra­di­tion­nelle. Ain­si, pour gé­né­rer des ré­sul­tats concrets (crois­sance de l'au­dience, conver­sions ou ventes, etc.), le pu­blic doit in­ter­agir avec le conte­nu de l'in­fluen­ceur concer­nant votre marque. Lorsque Lee­sa.com a lan­cé une cam­pagne de mar­ke­ting d’in­fluence via You­tube, ils se sont concen­trés sur le taux d'en­ga­ge­ment dans leur re­cherche et leur sé­lec­tion d'influenceurs. Ils ont même fait ap­pel à un spé­cia­liste pour les ai­der à éva­luer la per­ti­nence de chaque pu­blic po­ten­tiel. Les ré­sul­tats ont été sub­stan­tiels, condui­sant di­rec­te­ment à plus de 400 ventes de ma­te­las et plus de 100 000 clics sur leur site Web. Se­lon l'en­quête de Lin­quia, 81% des mar­que­teurs consi­dèrent l'en­ga­ge­ment comme leur meilleur in­di­ca­teur de réus­site, car il est le plus sus­cep­tible de se conver­tir en achat. L’en­ga­ge­ment se ma­té­ria­lise au­jourd’hui par un like, un com­men­taire, un par­tage, un ret­weet. On nous l’au­rait an­non­cé il y a quelques an­nées, on n’y au­rait sans doute pas prê­té oreille at­ten­tive. Le conte­nu créa­tif du 21ème siècle ne né­ces­site plus nécessairement des stu­dios coû­teux, une équipe de pro­duc­tion, de cas­ting et d'édi­tion. 30 000 “vues”, 500 “com­men­taires”, 20 000 “par­tages”, ce sont les chiffres que l’on peut per­ce­voir sur une pu­bli­ca­tion d’in­fluen­ceur de bonne “por­tée”, pour res­ter fi­dèle au jar­gon. Une stra­té­gie réus­sie va donc de pair avec la ca­pa­ci­té des marques à s'as­so­cier à des créa­teurs qui dé­ve­loppent un conte­nu per­çu comme au­then­tique et ac­ces­sible à leur pu­blic. John Mun­sell, le CEO de Biz­zu­ka, le dit: « Si le conte­nu est roi, la conver­sa­tion est reine. ». En Tu­ni­sie, les en­seignes l’ont très vite com­pris. Se­lon Me­riem Dri­ra, la vi­si­bi­li­té et l’en­ga­ge­ment sont très im­por­tants dans la stra­té­gie de Ha­ma­di Abid car l’ob­jec­tif à très court terme est de ra­jeu­nir la marque, d’amé­lio­rer son image et sa vi­si­bi­li­té. « Mais d’un autre cô­té, j’ai des KPI que je dois communiquer au com­mer­cial, donc l’en­ga­ge­ment est fon­da­men­tal. Car au fi­nal, toute en­seigne cherche à aug­men­ter ses ventes », té­moigne Me­riem Dri­ra. Du cô­té de SVR Tu­ni­sie, c’est du cas par cas et donc de la sé­lec­tion : « Dans notre sec­teur, nous avons be­soin d’une ou deux in­fluen­ceuses avec beau­coup de vi­si­bi­li­té et donc une grande com­mu­nau­té. Car c’est de l’in­ves­tis­se­ment en temps et en ma­té­riel. Mais l’en­ga­ge­ment reste le pre­mier fac­teur que nous consi­dé­rons. Nous sommes at­ten­tifs au nombre de reachs, de par­tage, de likes, ça nous donne des in­di­ca­tions sur l’en­ga­ge­ment de la com­mu­nau­té. Il faut avoir une re­la­tion avec celles qui ont de l’en­ga­ge­ment car au­jourd’hui c’est le consom­ma­teur qui fait la loi », dé­clare Is­mael Ben Sal­ha. « Il y a des in­fluen­ceuses qui ont une com­mu­nau­té moins im­por­tante mais qui ont une qua­li­té de conte­nu ex­cep­tion­nelle et qui réus­sissent à fé­dé­rer au­tour d’elles une com­mu­nau­té fi­dèle. Et en termes d’image et de ventes, c’est es­sen­tiel, car la com­mu­nau­té lui fait confiance et les conver­sions sont dès lors im­por­tantes », a-t-il ajou­té. Des bud­gets et des stra­té­gies…une pra­tique bien cam­pée Le dé­ve­lop­pe­ment d'une pra­tique de mar­ke­ting d'in­fluence est une dé­ci­sion stra­té­gique im­por­tante pour les or­ga­ni­sa­tions qui pour­raient af­fec­ter à la fois la struc­ture, les pro­ces­sus et la col­la­bo­ra­tion entre les équipes. Le mar­ke­ting d'in­fluence est d’ailleurs consi­dé­ré comme un élé­ment clé de la trousse d'ou­tils du mar­ke­ting. Se­lon la Duke School of Bu­si­ness, la part des dé­penses de mar­ke­ting d’in­fluence dans les bud­gets mar­ke­ting s’éle­vaient à 9% en 2014, 13% en 2015, et de­vraient at­teindre 21% en 2019. Se­lon Guillaume Do­ki Tho­non, Fondateur de Reech, ce sont les dé­penses qui ont connu le plus grand taux de crois­sance ces der­nières an­nées. Il y a des marques qui n’ont pas at­ten­du : l’oréal y consa­crait dé­jà 20% en 2016 ! Ni­co­las Cha­bot, vice-pré­sident Eu­rope Traackr a dé­voi­lé au Hub Fo­rum de Pa­ris en 2017 la re­cette de Nis­san UK. L’en­seigne fi­gure par­mi les mo­dèles de best prac­tices. Elle a to­ta­le­ment in­té­gré le mar­ke­ting d’in­fluence dans sa stra­té­gie de marque et l’a struc­tu­ré au­tour des étapes du parcours client bap­ti­sé : see, think, do, care. Les ac­ti­vi­tés d’influenceurs sont in­té­grées dans les plans mar­ke­ting et com­mu­ni­ca­tion, à l’in­té­rieur d’un même dé­par­te­ment, per­met­tant ain­si de tra­vailler en équipe, de créer des col­la­bo­ra­tions, mais plus im­por­tant en­core, d’ac­cé­der à de nou­veaux bud­gets. En trois ans, Nis­san a ain­si mul­ti­plié son bud­get de re­la­tions influenceurs par 50

! Les KPI sont ali­gnés aux ob­jec­tifs de la marque et in­té­grés dans la feuille de route. En Tu­ni­sie, bien que se trou­vant à un stade moins avan­cé, les pra­tiques tendent vers la pro­fes­sion­na­li­sa­tion du mé­tier. Le mar­ke­ting d’in­fluence s’ins­crit plei­ne­ment dans les stra­té­gies de di­gi­ta­li­sa­tion des en­seignes. SVR Tu­ni­sie en a même fait une vi­sion sur le long terme, Ha­ma­di Abid y tra­vaille ac­tuel­le­ment. « Nous avons une stra­té­gie à 360 de­grés. Et le mar­ke­ting d’in­fluence fait par­tie in­té­grante de cette stra­té­gie », té­moigne Is­mael Ben Sal­ha. L’en­seigne fi­gure par­mi les pre­mières marques à s’être lan­cées dans le mar­ke­ting d’in­fluence en Tu­ni­sie il y près de deux ans. Son Di­rec­teur Gé­né­ral nous in­forme que le bud­get consa­cré au mar­ke­ting d’in­fluence s'ac­croît d’an­née en an­née. « Il faut prendre en consi­dé­ra­tion la concur­rence et donc être très stra­té­gique car au­jourd’hui, le gâ­teau ne gros­sit pas, et plu­sieurs se le par­tagent. On n’opère pas d’ac­tion one shot, car ce n’est pas viable ! Il faut voir à long terme et y consa­crer le bud­get. Ac­tuel­le­ment, en ce qui concerne le mar­ke­ting d’in­fluence, nous sommes à près de 5% du bud­get mar­ke­ting, mais je ne se­rai pas sur­pris si d’ici 5 ans, ça passe à 15% », fait-il re­mar­quer. Du cô­té de HA, bien que leur stra­té­gie se dé­cline en­core en ac­tions ponc­tuelles, leurs pro­jets n’en sont pas moins grands : « Nous tra­vaillons es­sen­tiel­le­ment avec des blog­geuses dans les cam­pagnes pu­bli­ci­taires, les évé­ne­ments, et les pu­bli­ca­tions sur les ré­seaux so­ciaux. Mais dans le cadre de notre stra­té­gie di­gi­tale, nous pro­je­tons de dé­ve­lop­per le mar­ke­ting d’in­fluence à moyen et à long terme. HA cherche à moyen terme à avoir des par­te­na­riats de long terme avec les influenceurs sur­tout que la vi­sion est de ra­jeu­nir la marque, donc nos cibles sont les sui­veurs des influenceurs », té­moigne Me­riem Dri­ra. Cô­té bud­get, la part consa­crée au mar­ke­ting d’in­fluence est ame­née à aug­men­ter d’ici fin 2018, dé­but 2019. « Ac­tuel­le­ment, nous sommes entre 15 et 20% du bud­get mar­ke­ting to­tal. Et nous sommes en train de né­go­cier pour aug­men­ter le bud­get afin de gar­der une vi­si­bi­li­té et une pré­sence sur toute l’an­née, sur­tout si on de­mande l’ex­clu­si­vi­té ! », dé­clare la res­pon­sable mar­ke­ting.

Quid de la fa­meuse ques­tion de la me­sure du ROI Avec l'aug­men­ta­tion des res­sources in­ves­ties, des KPI et des rap­ports co­hé­rents de­viennent fon­da­men­taux. Un cadre de me­sure clair four­nit une base so­lide pour faire évo­luer les in­ves­tis­se­ments. La tech­no­lo­gie de­vient alors un fac­teur de suc­cès es­sen­tiel. Les marques veulent de plus en plus contrô­ler les re­la­tions des influenceurs, si­non la cam­pagne en­tière. Ain­si de nom­breuses pla­te­formes de ges­tion des re­la­tions d'in­fluence sont en train d'émer­ger. Conscient des nou­veaux en­jeux en la ma­tière, Is­mael Ben Sal­ha dé­clare : « Nous avons be­soin d'être ac­com­pa­gnés par du con­seil et un ap­pui tech­nique. Donc nous dé­lé­guons le vo­let opérationnel, qui se ré­fère à la confor­mi­té des conte­nus créés, la me­sure et le sui­vi de la per­for­mance des cam­pagnes de mar­ke­ting d’in­fluence. Par ailleurs, l’agence nous aide éga­le­ment à sé­lec­tion­ner les in­fluen­ceuses, nous oriente vers celles qui par­tagent nos va­leurs, en­suite elles suivent leurs ex­pé­riences, en s’as­su­rant que le pro­duit leur cor­res­ponde bien. Mais, L’ADN de la marque, sa per­son­na­li­té et sa stra­té­gie ne se dé­lèguent pas. C’est la marque qui est ga­rante de ces as­pects ». Ques­tion­né sur la ques­tion de la me­sure du re­tour sur in­ves­tis­se­ment des cam­pagnes de mar­ke­ting d’in­fluence, Marc Schae­fer dé­clare : « La me­sure a tou­jours été dif­fi­cile en mar­ke­ting et le mar­ke­ting d'in­fluence n'est pas dif­fé­rent. Ce­pen­dant, des don­nées telles que la sen­si­bi­li­sa­tion et les ventes sont pos­sibles à me­su­rer. Il y a énor­mé­ment d'ef­forts dans les tech­niques de me­sure et je m’at­tends à des pro­grès ra­pides dans les 12 à 18 pro­chains mois ». Pour Is­mael Ben Sal­ha, avec une stra­té­gie à 360 de­grés, il est dif­fi­cile de me­su­rer les ré­sul­tats sur des ac­tions iso­lées. « Avec des ac­tions por­tées sur la marque, nous al­lons cher­cher à pro­mou­voir les va­leurs. Pour une stra­té­gie pro­duit, nous sommes plus sur l’ex­pé­rience et les bé­né­fices pro­duits. Mais le feed­back des consom­ma­teurs est un pre­mier fac­teur ré­vé­la­teur. Plus pré­ci­sé­ment, pour la gamme so­laire, qui est un pro­duit de grande con­som­ma­tion, l’im­pact d’une cam­pagne d’in­fluence est di­rec­te­ment per­cep­tible mais sur des seg­ments plus tech­niques, les ré­sul­tats prennent plus de temps », té­moigne-t-il. Quant à Ha­ma­di Abid, les KPI se basent sur les in­ter­ac­tions dans les pu­bli­ca­tions des influenceurs. « Ils nous font un re­por­ting com­plet du nombre de « like », de « par­tages », de « com­men­taires », etc. Et le len­de­main de la pu­bli­ca­tion, nous fai­sons le sui­vi sur deux trois jours en termes de ventes du pro­duit », ex­plique Me­riem Dri­ra. Vers une re­mise en cause des ca­naux clas­siques ? De nom­breux spé­cia­listes du mar­ke­ting consi­dèrent les in­ves­tis­se­ments mar­ke­ting sé­pa­ré­ment, créant es­sen­tiel­le­ment une di­vi­sion entre les ca­naux. En fin de compte, les re­cherches ont dé­voi­lé les dif­fé­rents im­pacts des ca­naux mar­ke­ting et com­ment ils fonc­tionnent mieux en si­mul­ta­né. Se­lon les ex­perts, le mar­ke­ting d'in­fluence et la té­lé­vi­sion se ré­vèlent par­fai­te­ment com­plé­men­taires. Lorsque les consom­ma­teurs voient une pu­bli­ci­té té­lé­vi­sée, ils per­çoivent, voire mé­mo­risent le lo­go de la marque, le pro­duit et le slo­gan. Le but étant de s’an­crer dans les es­prits de po­ten­tiels consom­ma­teurs. Mais ce n'est qu’une étape du pro­ces­sus d'achat. A ce ni­veau, Ha­ma­di Abid nous dé­voile un mo­dèle pour le moins qu’on puisse dire in­gé­nieux. A sa der­nière cam­pagne mar­ke­ting, l’en­seigne a in­té­gré la pré­sence des influenceurs en amont des spots pu­bli­ci­taires. « Nous avons lan­cé une cam­pagne tea­sing : les blo­gueurs dif­fusent des photos prises le jour du tour­nage du spot avant deux ou trois heures, ce qui a créé beau­coup d’in­ter­ac­tions », nous ex­plique Me­riem Dri­ra. L’idée était de faire ap­pel au mar­ke­ting d’in­fluence avec une cam­pagne tea­sing pour as­su­rer la vi­si­bi­li­té du spot publicitaire. Les deux stra­té­gies de mar­ke­ting se com­plètent. « Nous avons eu des re­tom­bées le jour même et qui conti­nuent en­core au­jourd’hui », té­moigne-t-elle Nous clô­tu­re­rons sur une citation non des moins ins­pi­rantes d’anaïs Mou­tot, cor­res­pon­dante à San Fran­cis­co du Jour­nal les Echos, et ci­tée par Guillaume Do­ki Tho­non, lors d’un Tedx : « Les influenceurs ont réus­si à cap­ter une den­rée rare du 21ème siècle : l’at­ten­tion ».

Marc Schae­fer

Ma­riem Dri­ra

Is­mael Ben Sal­ha

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.