Pra­tiques avi­lis­santes et exac­tions dans les hô­pi­taux

Le Temps (Tunisia) - - PROXIMITE - Rym BENAROUS

Li­na Ben Mhen­ni, mi­li­tante tu­ni­sienne âgée de 34 ans, pres­sen­tie pour le prix No­bel en 2011, a fait ses adieux à la vie, mer­cre­di, via une pu­bli­ca­tion sur Fa­ce­book. Heu­reu­se­ment, elle s'en est sor­tie et a pu ex­pli­quer son geste de déses­poir. En cause de ce mo­ment de fai­blesse: sa peur et sa las­si­tude suite aux ré­sul­tats in­quié­tants de ses ana­lyses, Li­na ayant su­bi des an­nées plus tôt une greffe de rein et la crainte d'un re­jet n'est pas à écar­ter, mais aus­si son amer­tume et sa rage face à la mal­trai­tance su­bie par elle et par d'autres pa­tients par cer­tains per­son­nels au sein des hô­pi­taux pu­blic.

Re­ve­nant sur ses pro­pos où elle di­sait au re­voir à la vie, Li­na Ben Mhen­ni, connue pour son au­dace et ses po­si­tions en fa­veur des li­ber­tés et de la dé­mo­cra­tie, s'est ex­cu­sée de la grosse frayeur qu'elle a don­née à sa fa­mille et ses amis et a écrit ce­ci : « J'ai pé­té un plomb à cause des ré­sul­tats de mes ana­lyses qui sont très mau­vais. En une mi­nute, j'ai vu les images des séances de dia­lyse et de toute la souf­france qui va avec, dé­fi­ler de­vant mes yeux. De plus, j'ai at­teint la li­mite de ma pa­tience de­vant les me­sures ad­mi­nis­tra­tives, l'im­po­li­tesse de cer­tains em­ployés, voire la mal­trai­tance que je su­bis et que su­bissent la ma­jo­ri­té des pa­tients. Ma si­tua­tion reste am­bi­guë. Les ana­lyses res­tent mau­vaises et je dois me dé­pla­cer à l'hô­pi­tal un jour sur deux pour des contrôles. Si la si­tua­tion ne s'amé­liore pas, ce se­ra l'hos­pi­ta­li­sa­tion et la biop­sie. » Elle pos­te­ra plus tard un autre post dans le­quel elle a te­nu à pré­ci­ser que son coup de gueule ne concer­nait par l'en­semble du per­son­nel hos­pi­ta­lier mais une mi­no­ri­té qui fai­sait ré­gner la ter­reur par­mi les pa­tients et qui n'hé­si­tait pas à les hu­mi­lier et à les

ra­bais­ser. Li­na ajou­te­ra qu'en dé­non­çant de telles pra­tiques avi­lis­santes, voire in­hu­maines qu'elle a eu à su­bir elle-même ou en­core d'autres pa­tients et leurs fa­milles in­ca­pables pour la ma­jo­ri­té de se dé­fendre face à cette in­jus­tice et à ces exac­tions, son ob­jec­tif était de ten­ter de chan­ger les choses et d'éveiller les consciences pour que l'hô­pi­tal de­meure une va­leur sûre de la san­té pu­blique et que les ci­toyens n'aient pas à se rendre dans les cli­niques pour se faire soi­gner, de peur d'être mal­trai­tés ou hu­mi­liés.

Les fai­blesses de l'hô­pi­tal

Fin 2016, Sig­ma Conseil dé­voi­lait que 52% des Tu­ni­siens ont un avis dé­fa­vo­rable sur les hô­pi­taux en Tu­ni­sie et que 54% d'entre eux sont in­sa­tis­faits par les ser­vices et les pres­ta­tions mé­di­cales qu'ils y re­çoivent. Des chiffres qui concordent avec les ré­sul­tats d'une en­quête me­née en 2016 par l'ins­ti­tut Tu­ni­sien des Etudes Stra­té­giques (ITES) en col­la­bo­ra­tion avec le mi­nis­tère de la San­té et la Fon­da­tion al­le­mande KAS. Se­lon cette étude, bien sou­vent, un peu trop sou­vent même, ceux qui se font soi­gner dans un

hô­pi­tal en Tu­ni­sie en res­sortent dé­çus, voire en co­lère. Est-ce mieux de­puis ? Non à en croire les dif­fé­rents té­moi­gnages re­cueillis par des pa­tients ayant sé­jour­né ou ayant été aus­cul­tés à l'hô­pi­tal. Longue, trop longue at­tente, en­com­bre­ment, équi­pe­ments mé­di­caux désuets voire in­exis­tants pour cer­tains ser­vices, non res­pect des règles d'hy­giène, du per­son­nel un peu trop sou­vent of­fen­sant, désa­gréable et peu ave­nant, ne mon­trant au­cune em­pa­thie en­vers la souf­france d'au­trui. Que dire alors du sort ré­ser­vé aux pa­tients souf­frant d'une double peine et voués à l'ex­clu­sion et à l'in­dif­fé­rence gé­né­rale car at­teints de ma­la­dies conta­gieuses ou ayant contrac­té des in­fec­tions sexuel­le­ment trans­mis­sibles. Le bi­lan est peu élo­gieux et les consé­quences se font res­sen­tir sur les caisses des struc­tures hos­pi­ta­lières tant les ci­toyens pré­fèrent se sai­gner en se ren­dant dans les cli­niques pri­vées plu­tôt que de se faire soi­gner à l'hô­pi­tal. Y a-t-il es­poir pour que ça change un jour ?

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.