Her­vé Re­nard : «Quit­ter le Mon­dial dès le pre­mier tour se­rait une vraie dés­illu­sion»

Le Temps (Tunisia) - - SPORTS -

Ma­roc

À 49 ans, et alors qu›il en­traine au plus haut ni­veau de­puis main­te­nant dix ans, le tech­ni­cien fran­çais va ten­ter de faire briller le Ma­roc à l›oc­ca­sion de la grand-messe in­ter­na­tio­nale. La mis­sion ne se­ra pas fa­cile, sur­tout au vu du groupe com­pli­qué dans le­quel les Lions de l›at­las ont été re­ver­sés, mais le tech­ni­cien sa­voyard est mo­ti­vé et am­bi­tieux. Et il n›a nul­le­ment l›in­ten­tion d›al­ler en Rus­sie pour faire du tou­risme. C›est ce qu›il as­sure no­tam­ment dans le long en­tre­tien qu›il a ac­cor­dé à Goal. Avec la sin­cé­ri­té qu’on lui connait, Her­vé Re­nard étale aus­si toute la dé­ter­mi­na­tion et l’en­vie qui l’animent lui et ses pro­té­gés en vue de ce Mon­dial que le peuple ma­ro­cain at­tend de­puis 20 ans.

«Il faut juste fi­nir par­mi les deux pre­miers» Le Mon­dial est dans un mois. La pres­sion com­mence à de­ve­nir im­por­tante, non ?

Non, il n’y pas de pres­sion par­ti­cu­lière. Ça a com­men­cé à mon­ter pe­tit à pe­tit, mais il reste en­core du temps avant le dé­but de la com­pé­ti­tion.

Concer­nant la liste des 23, y-a-t-il en­core quelques doutes dans votre es­prit ?

En étant franc, je vous di­rais qu’à 90%, la liste fi­nale est dé­jà éta­blie. Il reste en­core 10%, qui peuvent va­rier en fonc­tion des bles­sures et des in­dis­po­ni­bi­li­tés de der­nière mi­nute.

L’es­pagne et le Por­tu­gal res­tent quand même les deux épou­van­tails. Com­ment, sur un match, votre sé­lec­tion peut-elle com­bler l’écart qui existe sur le plan tech­nique contre ces équipes ? Quels res­sorts faut-il uti­li­ser ?

En se don­nant à fond et en fai­sant preuve de ca­rac­tère. Je peux prendre l’exemple de l’al­gé­rie qui a don­né beau­coup de fil à re­tordre à l’al­le­magne en 8e de fi­nale de la der­nière Coupe du Monde. Il fau­dra jouer avec nos forces et en croyant en nous­mêmes et en ce qu’on peut faire. L’iran est votre pre­mière ad­ver­saire au me­nu. Est-ce que l’ordre des matches n’est pas votre meilleur al­lié pour es­pé­rer sor­tir de cette poule ? Vous avez peut-être l’oc­ca­sion de prendre des points là où l’un des deux gros peut en perdre d’une cer­taine fa­çon.

Non, l’ordre des matches im­porte peu. Pour nous, ce qui compte c’est sor­tir de la phase des groupes. Peu im­porte qui on af­fronte en pre­mier ou en der­nier. Per­son­nel­le­ment, j’ai joué quelques CAN et je sais qu’on a eu par­fois des en­tames pous­sives pour en­suite mon­ter en puis­sance. Et le contraire peut se pro­duire aus­si. Donc il n’y a pas de vé­ri­té. L’im­por­tant c’est de fi­nir dans les deux pre­miers à l’is­sue de la troi­sième jour­née. Le reste ce n’est que de la phi­lo­so­phie.

L’es­pagne est un peu le fa­vo­ri du groupe. Quel re­gard por­tez-vous sur la pro­gres­sion qu’a connue cette sé­lec­tion de­puis le der­nier Eu­ro ? Es­ti­mez­vous que même sans un grand avant­centre, elle fait par­tie des sé­lec­tions les plus re­dou­tables ?

C’est une grande sé­lec­tion, qui a des ta­lents par­tout. En at­taque, ils ont Al­va­ro Mo­ra­ta et Die­go Cos­ta. Ce sont deux bu­teurs qui sont ti­tu­laires à Chel­sea et à l’at­le­ti­co Ma­drid. Je ne crois donc pas qu’il leur manque un grand at­ta­quant. Et ça reste l’une des équipes fa­vo­rites du Mon­dial, dont il fau­dra se mé­fier.

Vous au­rez aus­si comme ad­ver­saire le Por­tu­gal. Quand on parle du Por­tu­gal, on pense sur­tout à Cris­tia­no Ro­nal­do. Es­ti­mez-vous qu’il est plus per­for­mant que ja­mais, et que faire un bon ré­sul­tat contre le Por­tu­gal consiste avant tout à mi­ni­mi­ser son im­pact ?

Ro­nal­do, il n’y en a pas deux comme lui. En­fin, il y a lui et Lio­nel Mes­si. Cha­cun ses goûts, mais pour moi c’est l’un des meilleurs joueurs au monde. Et jus­te­ment, il ne faut pas mi­ni­mi­ser son im­pact, mais éva­luer, ana­ly­ser et lui ac­cor­der toute l’im­por­tance qu’il mé­rite.

«Mon équipe est à mon image, elle re­fuse la dé­faite» Qu’est-ce que se­rait un Mon­dial réus­si pour le Ma­roc ?

Al­ler aus­si loin qu’on peut. Je ne vous cache pas que si on quitte le Mon­dial dès le pre­mier tour, ça se­rait une énorme dés­illu­sion. On y va avec la vo­lon­té de faire le meilleur tour­noi pos­sible. Pas pour faire de la fi­gu­ra­tion.

Pro­je­tons-nous en juin pro­chain, et à ce pre­mier match contre l’iran. On entre sur la pe­louse. Sur le plan per­son­nel, estce que vous vous di­rez que c’est un abou­tis­se­ment ou sim­ple­ment une étape de plus dans votre car­rière et qu’il y a des ob­jec­tifs en­core plus grands à al­ler cher­cher ?

Non, ce n’est qu’une étape. Tous les en­trai­neurs es­pèrent être à la Coupe du Monde, et j’ai conscience de ce que ce­la re­pré­sente. Mais j’ai en­vie de plus, et faire un bon par­cours avec cette équipe ma­ro­caine. On a de l’am­bi­tion. On ne veut pas s’ar­rê­ter là.

Qu’est-ce que vous dites à vos joueurs pour qu’ils haïssent la dé­faite ?

Mon équipe est à mon image, elle re­fuse la dé­faite. Il y a un es­prit conqué­rant et je le vois à chaque ras­sem­ble­ment. Je n’ai pas be­soin de dire grand­chose. Le groupe est lui-même très exi­geant et conqué­rant. Ça fait long­temps qu’on n’a pas per­du le moindre match. Ce­la veut tout dire.

«Ceux que les jour­na­listes disent de moi ce­la ne m’a ja­mais tou­ché» Nous avons l’im­pres­sion que vous pre­nez plus de plai­sir à en­traî­ner une sé­lec­tion en Afrique qu’un club en Eu­rope. Est-ce qu’on se trompe ?

Il faut re­mettre les choses dans leurs contextes. En France, je n’ai pas eu les mêmes ef­fec­tifs qu’avec les sé­lec­tions. On a ten­dance à ou­blier ça quand j’écoute les ana­lyses qui sont par­fois faites en France. Avec So­chaux, on ou­blie tout le tra­vail qu’on a fait et la re­mon­tée au clas­se­ment qu’on a connue et que l’on peut com­pa­rer à celle de Metz cette sai­son. Un en­traî­neur qui est à la tête de Troyes, Amiens ou An­gers ne doit pas être ju­gé de la même fa­çon qu’un en­traî­neur qui di­rige le PSG, en rai­son des ef­fec­tifs dif­fé­rents qu’ils ont. Par­fois, les com­pa­rai­sons ne servent pas à grand-chose.

Se­riez-vous aus­si sup­por­ter de l’equipe de France du­rant cette com­pé­ti­tion, ou vous se­rez to­ta­le­ment dans votre bulle et concen­tré à fond sur votre mis­sion avec le Ma­roc ?

Si, bien sûr, je les sui­vrai et je les sup­por­te­rai. Sauf s’ils ren­contrent le Ma­roc (rires).

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