Non, ce n’est pas la France…

Le Temps (Tunisia) - - LA UNE - Sa­mia HARRAR

La pho­to est tru­quée, la vi­déo aus­si. Non, elle ne peut pas être avé­rée, non ce n’est pas pos­sible, non, ça ne peut pas être vrai.

A Mantes-la jo­lie, ça sonne comme un poème mais l’heure n’est plus aux chan­sons. Cer­taines pos­tures sont exé­crables, et rien ne sau­rait les jus­ti­fier. Cal­mer le chaos ? Belle fa­çon de prou­ver que la France de Ma­cron, c’est bien celle des hau­teurs, « in­soup­çon­nées », mais ce n’est pas un com­pli­ment. Age­nouillés, les mains sur la nuque, lorsque les po­li­ciers se tiennent de­bout, cas­qués et ar­més comme pour la guerre, ce n’est pas seule­ment in­sou­te­nable, c’est tout sim­ple­ment écoeu­rant.

Non, ce n’est pas la France, non, on ne la re­con­naît pas. Pas dans cette pos­ture, dans cette fa­çon de faire, pas dans cette ges­tion –ca­la­mi­teuse- de la crise, lorsque le ré­tro­pé­da­lage ne suf­fit plus à cal­mer la co­lère. A ra­me­ner l’apai­se­ment, à res­ti­tuer l’es­poir… La pa­trie des « Droits de l’homme » qui hu­mi­lie ses en­fants ? La « ver­ti­ca­li­té », dans les rap­ports du « gou­ver­neur » au « gou­ver­né » n’a pas lieu d’être au­jourd’hui, en­core plus qu’hier, puis­qu’elle im­plique sys­té­ma­ti­que­ment, un re­tour –non conscient ?- à la féo­da­li­té, et aux rap­ports de force, au­tant bru­taux qu’ar­bi­traires, qui ré­gis­saient la com­mu­ni­ca­tion, à sens unique, des « rois » et de la « plèbe ». Et qui prennent ici, alors que le pays n’a ja­mais été aus­si, qua­si-una­nime, dans la re­ven­di­ca­tion, comme dans la co­lère, tout leur sens. Face à un pré­sident, à coup sûr pris de court, mais qui se dit ré­so­lu à ne rien « dé­tri­co­ter » de tout ce qui a été en­tre­pris pen­dant ces dix-huit der­niers mois, c'est-à-dire rien, en fa­veur de la ma­jo­ri­té, et par ri­co­chet, tout, en fa­veur de la mi­no­ri­té nan­tie, sous cou­vert de sau­ver, à l’em­porte-pièces, l’éco­no­mie du pays, en agis­sant d’une main ferme et « mus­clée », pour in­ver­ser le cours des choses, quitte à consen­tir quelques « sa­cri­fices », qui se­ront es­suyés, même s’il ne le pré­cise pas, mais c’est comme si c’était fait, ex­clu­si­ve­ment par cette ma­jo­ri­té si­len­cieuse qui jus­te­ment a pris la dé­ci­sion de sor­tir de son si­lence, en se ma­ni­fes­tant « bruyam­ment » pour que sa voix mul­tiple par­vienne en­fin, à se faire écou­ter, que faut-il com­prendre ? Si­non que la si­tua­tion en est de­ve­nue intenable, dans cette France, vers la­quelle les re­gards du monde en­tier convergent au­jourd’hui, parce qu’elle a été, jusque-là, long­temps ga­rante, de la dé­mo­cra­tie, et des droits hu­mains, dans toutes leurs com­po­santes au­tant que dans toutes les ac­cep­tions du terme, et qu’au­jourd’hui ces droits jus­te­ment, elle les ba­foue. Douce France…

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