«22, V’là les flics !»

Le Temps (Tunisia) - - LA UNE - Sa­mia HARRAR

Sans plai­san­ter, c’est plu­tôt ras­su­rant. A les voir, ce ven­dre­di après-mi­di, pos­tés un peu par­tout dans les ruelles de la Mé­di­na, avec ou sans chiens d’as­saut, l’on se sent, d’un coup, d’hu­meur tran­quille et sage. Sé­cu­ri­sée à ce point, la vieille ville de Tu­nis doit sû­re­ment se pré­pa­rer à un évè­ne­ment ex­cep­tion­nel. A re­ce­voir par exemple, un in­vi­té de marque, en l’hon­neur de qui tout ce dis­po­si­tif a été pré­pa­ré, afin de pa­rer à toute sur­prise. C'es­tà-dire à tout risque éven­tuel, qui pour­rait «sa­bor­der» la pro­me­nade.

Jus­te­ment, on le sau­ra plus tard: le pré­sident de la Ré­pu­blique était en vi­site. En in­vi­té d’hon­neur pour l’inau­gu­ra­tion d’une ex­po­si­tion consa­crée aux oeuvres de feu Ab­de­la­ziz Gor­gi, au Pa­lais Khei­red­dine au coeur de la Mé­di­na. Il y avait éga­le­ment, cette après-mi­di, qua­si au même mo­ment, et au même en­droit, une autre haute per­son­na­li­té en vi­site. Qui a te­nu jus­qu’au bout, à pré­ser­ver son ano­ny­mat.

Les Grands es­prits, c’est connu, se ren­contrent entre eux, mais leurs che­mins, pour au­tant, ne se croi­se­ront pas. Ce se­ra peut-être pour une autre fois. Pour l’heure, il est tout à fait plai­sant que le chef de l’etat, dans un ca­len­drier au­tre­ment char­gé, prenne la peine de s’in­té­res­ser à la culture, et aux Arts­plas­tiques plus pré­ci­sé­ment, ici en l’oc­cur­rence, en ac­com­plis­sant cette vi­site au Mu­sée de la Ville de Tu­nis, tan­dis que son Chef du gou­ver­ne­ment court les quar­tiers po­pu­laires pour don­ner le «La» au lan­ce­ment d’un pro­jet de cent ter­rains de sport, de proxi­mi­té, pour les jeunes de ces quar­tiers dé­fa­vo­ri­sés, qui n’ont, pour le mo­ment, au­cun dé­fou­loir. A part la drogue et le Dji­had pour ceux qui se sont lais­sés ten­tés. C’est peut-être ca­ri­ca­tu­ral mais la réa­li­té est par­fois très ca­ri­ca­tu­rale jus­te­ment.

Donc, pour en re­ve­nir aux pré­oc­cu­pa­tions de nos gou­ver­nants, entre BCE qui inau­gure une ex­po­si­tion de pein­ture, et Cha­hed qui mé­nage une place, dans le bud­get de l’etat, au sport, et à son im­por­tance dans la Ci­té, l’on constate que les Tu­ni­siens ne sont pas si mal lo­tis. Si les pro­messes sont te­nues. A l’ins­tar de celles qu’a dû don­ner le pré­sident de la Ré­pu­blique, aux ha­bi­tants de la Mé­di­na qu’il a pu ren­con­trer dans la soi­rée, en marge de l’inau­gu­ra­tion de l’ex­po­si­tion de Gor­gi, et qui re­lève bien évi­dem­ment du so­cial.

L’écoute, c’est dé­jà un ac­quis, et ce n’est pas don­né. Ac­cor­dons-le. Par contre, et ce qui fait vé­ri­ta­ble­ment chaud au coeur, c’est la ma­nière, im­pres­sion­nante, avec la­quelle les forces sé­cu­ri­taires ont qua­drillé les lieux. Et leur très vi­sible im­pli­ca­tion. Cer­tains sont très jeunes: des vi­sages à peine sor­tis de l’ado­les­cence, avec un air d’in­no­cence qui ne doit ce­pen­dant pas trom­per son monde.

Ils sont là pour une mis­sion bien dé­ter­mi­née, et il fau­dra leur pas­ser sur le corps, avant de se ha­sar­der à en­tre­prendre n’im­porte quel geste qui pour­rait sem­bler dou­teux. Confiée entre les mains de ces sé­cu­ri­taires, tous corps confon­dus, le pays ne peut pas avoir peur. Et il n’y a rien à craindre. Ils veillent lorsque nous dor­mons à poings fer­més, et eux, ne pac­ti­se­ront ja­mais avec les en­ne­mis de la pa­trie. C’est un constat, et il nous semble juste.

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