An­ne­gret Kramp-kar­ren­bauer, l'hé­ri­tière de Mer­kel à la tête de la CDU

Le Temps (Tunisia) - - MONDE -

An­ne­gret Kramp-kar­ren­bauer in­car­ne­ra dé­sor­mais les chré­tiens dé­mo­crates en Al­le­magne. Elle a été élue à la tête de la CDU, le par­ti d'an­ge­la Mer­kel, à l’is­sue d’un scru­tin ser­ré. Elle n'a ob­te­nu que 52% des voix face à ses deux ri­vaux Frie­drich Merz et Jens Spahn. Elle va re­prendre les rênes du par­ti après 18 ans de règne d'an­ge­la Mer­kel. Mais qui est celle qui est consi­dé­rée comme la dau­phine de la chan­ce­lière al­le­mande ? Por­trait. « Mi­ni-mer­kel » ou « Mer­kel bis » : celle qu’an­ge­la Mer­kel a choi­sie comme sa dau­phine en la nom­mant se­cré­taire gé­né­rale de la CDU au prin­temps der­nier a dû depuis su­bir de la part de ses ad­ver­saires ces cri­tiques un peu sim­plistes.

An­ne­gret Kramp-kar­ren­bauer, ou AKK, par son style, dans la re­te­nue et dans son cô­té ras­sem­bleur, rap­pelle sans doute l'ac­tuelle chan­ce­lière. Mais les dif­fé­rences existent. Après An­ge­la Mer­kel, ex-al­le­mande de l’est, pro­tes­tante et sans en­fants, c’est à nou­veau une per­son­na­li­té de l’ouest, plus exac­te­ment de la Sarre à la fron­tière avec la France, qui re­prend le flam­beau. AKK, 56 ans, ma­riée et mère de trois en­fants, vient d’une fa­mille ca­tho­lique et cette pra­ti­quante a été mar­quée par la doc­trine so­ciale de l’église.

Cette in­fluence s’illustre dans ses po­si­tions sur les ques­tions so­ciales mais aus­si sur des su­jets de so­cié­té comme l’avor­te­ment ou le ma­riage pour tous, ques­tions sur les­quelles elle est plus conser­va­trice qu’an­ge­la Mer­kel. C’est aus­si le cas sur les ques­tions de sé­cu­ri­té et de mi­gra­tion.

Ex­pé­ri­men­tée et prag­ma­tique

An­ne­gret Kramp-kar­ren­bauer a été la pre­mière femme en Al­le­magne à di­ri­ger un mi­nis­tère de l’in­té­rieur, dans sa ré­gion. Elle a di­ri­gé en­suite la Sarre pen­dant sept ans et dis­pose d’une longue ex­pé­rience gou­ver­ne­men­tale.

« Elle est plu­tôt mo­dé­rée dans l’en­semble, ex­plique Hé­lène Miard-de­la­croix, pro­fes­seur d'his­toire et de ci­vi­li­sa­tion de l'al­le­magne contem­po­raine à Sor­bonne Uni­ver­si­té depuis 2008.Elle a des po­si­tions as­sez mar­quées très tra­di­tion­nelles pour l’eu­rope et pour une ap­proche très prag­ma­tique des pro­blèmes. » « Même si elle pa­rait une créa­ture de ma­dame Mer­kel et qu’elle pa­rait un peu no­vice au ni­veau fé­dé­ral, c’était, des can­di­dats, celle qui avait la plus grande ex­pé­rience. Ça fait vingt ans qu’elle est au Par­le­ment de Sarre et elle a di­ri­gé le gou­ver­ne­ment ré­gio­nal pen­dant de nom­breuses an­nées. Elle a su faire avec des par­te­naires dif­fé­rents avec les li­bé­raux en grande coa­li­tion. Donc c’est quel­qu’un qui a une vraie ex­pé­rience de ter­rain et de ce point de vue n’est pas com­plè­te­ment une dé­bu­tante. »

« Ce n’est pas une idéo­logue, c’est une prag­ma­tique et elle est as­sez ras­su­rante, pré­cise l'his­to­rienne Hé­lène Miard-de­la­croix. C’est d’ailleurs pour ce­la qu’elle a été élue, c’est parce que c’est une femme sym­pa­thique. “Elle est comme nous ” disent les gens en Sarre et ça re­flète as­sez bien cet élec­to­rat de la CDU ».

Dé­fis à ve­nir

AKK, qui avait aban­don­né son poste au prin­temps pour de­ve­nir se­cré­taire gé­né­rale, a été à la ren­contre d’une base mé­con­tente d’être trop peu écou­tée. Avec le ré­sul­tat ser­ré ven­dre­di, elle de­vra dé­sor­mais prou­ver qu’elle peut ré­con­ci­lier une CDU di­vi­sée. Or, la nou­velle pré­si­dente de la CDU se­ra, sauf ac­ci­dent, la pro­chaine can­di­date à la chan­cel­le­rie de son par­ti.

Le par­ti chré­tien-dé­mo­crate avec une cam­pagne élec­to­rale in­terne avec trois can­di­dats a re­pris des cou­leurs. Des dis­cus­sions re­de­viennent pos­sibles et rendent le mou­ve­ment plus at­trac­tif. La CDU est re­mon­té ces der­nières se­maines dans les son­dages. Le par­ti de­vra confir­mer cette ten­dance l’an pro­chain avec quatre scru­tins ré­gio­naux et des eu­ro­péennes et ré­cu­pé­rer des élec­teurs sé­duits par l’ex­trême-droite.

Au-de­là, An­ge­la Mer­kel pour­ra-t-elle res­ter au pou­voir comme elle le sou­haite jus­qu’en 2021 mal­gré une re­la­tion cor­diale avec An­ne­gret Kramp-kar­ren­bauer ? Pour s’im­po­ser lors des pro­chaines élec­tions, un pas­sage de re­lais en amont à la chan­cel­le­rie peut être né­ces­saire.

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