Louise De Sou­sa, am­bas­sa­drice du Royaume-Uni à Tu­nis

Louise De Sou­sa, am­bas­sa­drice du Royaume-Uni à Tu­nis

L'Economiste Maghrébin - - Summaire - In­ter­view réa­li­sée par Hé­di Me­chri et Hmi­da Ben Romd­hane

« Des in­no­va­tions dans le mar­ché de l’in­ves­tis­se­ment sont né­ces­saires »

Les An­glais sont de retour : Oul­blié « l’hor­rible at­ten­tat » de Sousse de 2015 qui a coû­té la vie à plus de 30 Bri­tan­niques ? Pas né­ces­sai­re­ment. La mé­moire des gens est, certes, courte mais ce­la ne sau­rait ex­pli­quer l’ar­ri­vée mas­sive de plus de 100 000 tou­ristes à fin no­vembre 2018. On de­vine que der­rière cette sa­lu­taire nor­ma­li­sa­tion il y a une nette vo­lon­té de part et d’autre de ré­chauf­fe­ment des re­la­tions de co­opré­ra­tion qui ex­priment et in­carnent les di­plo­mates des deux pays. Louise De Sou­sa, am­bas­sa­drice du Royaume-Uni - qui s’ap­prête à quit­ter l’UE via le Brixit - a à coeur la réus­site de la tran­si­tion dé­mo­cra­tique et éco­no­mique de la Tu­ni­sie. Elle est pour beau­coup dans ce dé­gel. Elle dé­taille pour nous la na­ture, les as­pects, les mo­da­li­tés et les moyens de cette co­opé­ra­tion. In­ter­view.

Vous l’an­non­ciez-vous, il y a peu, l’ef­fort bri­tan­nique en ma­tière de co­opé­ra­tion va dé­sor­mais au-de­là de l’as­pect sé­cu­ri­taire et vise, dé­sor­mais, la pro­mo­tion de l’en­tre­pre­neu­riat, no­tam­ment chez les jeunes et les femmes, des stages de for­ma­tion, en par­ti­cu­lier pour les agents de l’Etat, le dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal et l’édu­ca­tion. Se­rait-ce pour mieux as­su­rer le suc­cès de la tran­si­tion dé­mo­cra­tique ?

Oui, bien sûr, et vous avez rai­son de le men­tion­ner, le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique est pri­mor­dial. Je me ré­jouis du fait que nous avons eu une sai­son tou­ris­tique très réus­sie. Nous avons lan­cé une nou­velle com­mis­sion bi­la­té­rale mixte concer­nant l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur, et toute une nou­velle ini­tia­tive pour ren­for­cer les liens édu­ca­tion­nels entre les deux pays. Nous avons eu avec la Tu­ni­sie un fo­rum de com­merce et d’in­ves­tis­se­ment à Londres avec au moins un contrat si­gné par une com­pa­gnie tu­ni­sienne. Nous avons eu éga­le­ment un in­ves­tis­se­ment tu­ni­sien à Londres et un contrat de par­te­na­riat si­gné entre Vo­da­fone et Tu­ni­sie-Té­lé­com.

C’est une pre­mière pour Vo­da­fone dans la ré­gion, une ap­proche com­plè­te­ment nou­velle avec beau­coup de po­ten­tiel qui vise à pré­sen­ter de nou­veaux ser­vices pour les clients de Tu­ni­sie-Té­lé­com

De­puis la ré­vo­lu­tion, nous avons tout d’abord mis l’ac­cent sur la pro­mo­tion de la dé­mo­cra­tie et de la tran­si­tion dé­mo­cra­tique. En­suite, après les attentats de 2015, la prio­ri­té était de­ve­nue es­sen­tiel­le­ment sé­cu­ri­taire. Car la sé­cu­ri­té est la base de tout dé­ve­lop­pe­ment po­li­tique, dé­mo­cra­tique, éco­no­mique, so­cial. Pour les Bri­tan­niques, que ce soit pour in­ves­tir ou pour pas­ser des va­cances en Tu­ni­sie, la sé­cu­ri­té est in­dis­pen­sable.

2015 était un grand choc pour nous tous et la Tu­ni­sie a dé­ci­dé de tra­vailler étroi­te­ment avec ses par­te­naires, et c’est grâce à cette étroite col­la­bo­ra­tion que nous avons pu faire face au dan­ger ter­ro­riste. La me­nace existe tou­jours et il faut res­ter vi­gi­lant. Nous conti­nuons à tra­vailler en­semble dans le cadre de cet ex­cellent par­te­na­riat.

En no­vembre, il y a eu la vi­site du mi­nistre de l’In­té­rieur tu­ni­sien à Londres où il a eu des séances de tra­vail avec son ho­mo­logue bri­tan­nique. Notre pays aus­si a connu des attentats hor­ribles. La me­nace nous vise tous les deux et nous de­vons l’af­fron­ter en­semble. Nous sommes so­li­daires avec les forces de sé­cu­ri­té tu­ni­siennes qui sont fré­quem­ment at­ta­quées par les groupes ter­ro­ristes.

La se­conde prio­ri­té pour nous est la ques­tion éco­no­mique. L’éco­no­mie tu­ni­sienne passe par une pé­riode dif­fi­cile. S’il faut créer des em­plois, il faut aus­si et sur­tout ré­soudre les pro­blèmes de l’em­ploya­bi­li­té. Les femmes tu­ni­siennes réus­sissent bien leurs études. Il y a bon nombre de femmes di­plô­mées. Le mar­ché de l’em­ploi tu­ni­sien ne re­flète pas cette réa­li­té dans le sens où les deux tiers des di­plô­més sont des femmes, mais celles-ci n’ont droit qu’à un tiers des em­plois. C’est une perte de po­ten­tiel hu­main et une perte en ma­tière d’in­ves­tis­se­ment dans la for­ma­tion des cadres fé­mi­nins.

L’autre pro­blème de l’em­ploya­bi­li­té en Tu­ni­sie est qu’il y a plein d’offres d’em­plois qui ne trouvent pas de ré­pon­deur, car les per­sonnes à la re­cherche d’em­ploi n’ont pas les com­pé­tences de­man­dées. Il y a une in­adé­qua­tion entre offre et de­mande d’em­ploi.

C’est pour ce­la que nous avons mis l’ac­cent cette an­née, et nous le met­trons dans les an­nées à ve­nir, sur l’édu­ca­tion pour l’em­ploi. Nous avons un pro­gramme avec le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion sur l’en­sei­gne­ment de la langue an­glaise. Il concerne la for­ma­tion des en­sei­gnants et des ins­pec­teurs d’écoles pour amé­lio­rer la qua­li­té de l’en­sei­gne­ment, ain­si que les mé­thodes pé­da­go­giques.

Avec les nou­velles mé­thodes d’en­sei­gne­ment, on peut uti­li­ser le vé­hi­cule de la langue an­glaise pour l’en­sei­gne­ment dans les do­maines re­cher­chés par les em­ployeurs. Nous avons éga­le­ment ren­for­cé notre co­opé­ra­tion avec le mi­nis­tère du Tra­vail.

Est-ce qu’on peut ima­gi­ner qu’un cer­tain nombre d’en­sei­gnants bri­tan­niques viennent en­sei­gner l’an­glais dans les écoles pu­bliques, comme ce fut le cas dans les an­nées 1960 ?

Il se­rait plus ren­table de comp­ter sur la for­ma­tion d’en­sei­gnants tu­ni­siens. Le Bri­tish Coun­cil a dé­ve­lop­pé un pro­gramme de for­ma­tion en ligne pour les en­sei­gnants. Ils ont aus­si un pro­gramme qui cherche à dé­ve­lop­per un par­te­na­riat entre les écoles et les pro­fes­seurs tu­ni­siens et les écoles et les pro­fes­seurs bri­tan­niques. Il y a une sé­rie d’ini­tia­tives ten­dant à ren­for­cer les op­por­tu­ni­tés pour les en­sei­gnants tu­ni­siens, le but étant de leur per­mettre un con­tact et un échange d’ex­pé­riences avec leurs ho­mo­logues bri­tan­niques.

La ques­tion de la mo­bi­li­té au ni­veau de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur fait par­tie de notre am­bi­tion pour le ren­for­ce­ment des liens entre les deux sys­tèmes. Peut-être il y au­ra une op­por­tu­ni­té pour les pro­fes­seurs, par­mi d’autres pro­fes­sion­nels, d’étu­dier en An­gle­terre. En même temps nous dé­si­rons voir des étu­diants bri­tan­niques ici en Tu­ni­sie.

Il y a en Tu­ni­sie des uni­ver­si­tés et écoles su­pé­rieures d’ex­cellent ni­veau qui pro­duisent

beau­coup d’in­gé­nieurs et de mé­de­cins, et où on dé­cèle des op­por­tu­ni­tés de col­la­bo­ra­tion dans la re­cherche, dans l’en­sei­gne­ment etc. C’est pour ex­plo­rer de telles idées que nous avons créé une com­mis­sion mixte qui nous conseille­ra sur les meilleurs moyens de réa­li­ser des pro­grès dans notre col­la­bo­ra­tion bi­la­té­rale le plus ra­pi­de­ment pos­sible.

Nous es­sayons de voir dans quelle me­sure le sys­tème d’en­sei­gne­ment bri­tan­nique peut sou­te­nir les ré­formes édu­ca­tives en­vi­sa­gées par le sys­tème d’en­sei­gne­ment tu­ni­sien.

L’an­née der­nière il y a eu 100.000 tou­ristes bri­tan­niques, ce­la nous donne 100.000 op­por­tu­ni­tés pour les Tu­ni­siens de par­ler an­glais…

Oui, dans les zones tou­ris­tiques, il y en a qui ap­prennent l’an­glais rien que pour pou­voir com­mu­ni­quer avec les tou­ristes bri­tan­niques. Ce­la dit, nos tou­ristes sont très con­tents de vi­si­ter la Tu­ni­sie où ils passent de très bonnes va­cances. La sai­son es­ti­vale a été très réus­sie, et ce­la conti­nue. Il y a des groupes de tou­ristes qui ont com­men­cé à ar­ri­ver en no­vembre à Sousse et à Ham­ma­met. Les opé­ra­teurs du tou­risme disent que les de­mandes pour l’an­née pro­chaine sont très pro­met­teuses. Et Tho­mas Cook a dé­crit la Tu­ni­sie comme « la des­ti­na­tion Etoile pour 2019 ».

Y a-t-il du nou­veau en ma­tière de par­te­na­riat pour pro­mou­voir l’en­tre­pre­neu­riat ?

Oui, 1500 em­plois ont été créés à cet ef­fet. Pour la troi­sième édi­tion, nous avons 171 lau­réats dans le pro­gramme avec une pers­pec­tive de créer 1600 autres em­plois. C’est un pro­gramme pro­met­teur qui dé­montre qu’il y a de bons mo­dèles de créa­tion d’em­plois.

La Tu­ni­sie est à la re­cherche d’un mo­dèle éco­no­mique. Le mo­dèle qui a pré­va­lu jus­qu’ici ne ré­pond pas aux be­soins du pays. Les at­tentes des jeunes d’au­jourd’hui ne sont pas les at­tentes des jeunes d’hier. D’où la né­ces­si­té d’in­ves­tir dans l’em­ploya­bi­li­té, dans l’en­tre­pre­neu­riat. Il faut créer cet es­prit d’en­tre­pre­neu­riat par­mi les jeunes, et de mon­trer qu’il y a des per­sonnes un peu par­tout dans le pays qui sont en train d’en­tre­prendre.

Pour nous, le mo­teur de la crois­sance du­rable, c’est le sec­teur pri­vé. Nous sommes prêts à of­frir notre as­sis­tance tech­nique pour ai­der la Tu­ni­sie à mettre en oeuvre les ré­formes né­ces­saires pour fa­ci­li­ter l’ac­tion du sec­teur pri­vé. Nous ré­pon­dons tou­jours vo­lon­tiers aux be­soins iden­ti­fiés par nos par­te­naires tu­ni­siens. Nous nous te­nons à vos cô­tés pour vous ai­der.

Pen­dant sa vi­site, en sep­tembre der­nier en Tu­ni­sie, le re­pré­sen­tant de UKEF (Uni­ted King­dom Ex­port Fi­nance), M. Vo­mic Nur Shah, a pré­sen­té aux res­pon­sables tu­ni­siens des pro­jets qua­li­fiés d’am­bi­tieux. Il a par­lé d’une ligne de cré­dit de deux mil­liards de livres ster­ling pour dy­na­mi­ser les échanges bi­la­té­raux et l’in­ves­tis­se­ment en Tu­ni­sie. Y a-t-il eu quelques concré­ti­sa­tions de­puis ?

Il y a eu de­puis des dis­cus­sions sur un cer­tain nombre de pro­jets qui peuvent être sou­te­nus par ces mé­ca­nismes de co­opé­ra­tion. Je n’ai pas beau­coup de ren­sei­gne­ment sur l’évo­lu­tion de ces né­go­cia­tions, mais je suis op­ti­miste et je sens qu’il y a un in­té­rêt crois­sant pour la Tu­ni­sie par­mi les in­ves­tis­seurs bri­tan­niques. Les ré­formes qui ont été ache­vées, les avan­tages of­ferts par le code d’in­ves­tis­se­ment, au­tant de fac­teurs qui sont de na­ture à ren­for­cer la confiance des in­ves­tis­seurs bri­tan­niques.

Par ailleurs, nous avons lan­cé un pro­gramme de co­opé­ra­tion tech­nique avec ‘Tu­ni­sia In­vest­ment Au­tho­ri­ty’, le FIPA, qui vise à ac­croître sa ca­pa­ci­té de tra­vail sur le mar­ché bri­tan­nique et d’autres mar­chés afin de pou­voir at­ti­rer les bons in­ves­tis­seurs. Nous pré­voyons pour l’an­née pro­chaine une confé­rence pour l’in­ves­tis­se­ment où nous es­pé­rons une forte pré­sence bri­tan­nique.

Il y a eu une confé­rence l’an­née der­nière, beau­coup de pro­messes ont été faites, mais très peu de réa­li­sa­tions…

Oui, mais vous sa­vez ce genre de pro­ces­sus prend du temps. Evi­dem­ment, nous pré­fé­rons que ce pro­ces­sus soit ac­cé­lé­ré. Pour ce faire, des in­no­va­tions dans le mar­ché de l’in­ves­tis­se­ment sont né­ces­saires. Il faut mettre en oeuvre les me­sures que le gou­ver­ne­ment a prises et que le Par­le­ment a vo­tées afin de fa­ci­li­ter la tâche aux in­ves­tis­seurs lo­caux et étran­gers.

C’est plus fa­cile à dire qu’à faire…

Oui, mais je peux vous ci­ter le par­te­na­riat entre Tu­ni­sie-Té­lé­com et Vo­da­fone, l’exemple des so­cié­tés bri­tan­niques in­té­res­sées par les pro­jets des éner­gies re­nou­ve­lables et qui ont ré­pon­du aux ap­pels d’offres, c’est dire que les op­por­tu­ni­tés existent.

Vous êtes di­plo­mate en Tu­ni­sie et vous êtes en train de vivre une ex­pé­rience in­édite dans ce pays. Pour nous Tu­ni­siens, ce­la fait huit ans que cette tran­si­tion dure. Si on n’a pas échoué, on ne peut pas dire non plus qu’on a réus­si. Quelle éva­lua­tion faites-vous de la tran­si­tion ?

Vous sa­vez, huit ans ce n’est pas beau­coup pour une tran­si­tion. Je pense qu’il

faut cé­lé­brer les réa­li­sa­tions ac­com­plies dé­jà par cette tran­si­tion dé­mo­cra­tique. Il y a un dé­bat très in­té­res­sant sur l’échelle des droits de l’Homme par exemple. Un tel dé­bat est de na­ture à li­bé­rer tout le po­ten­tiel des forces vives du pays. Je peux ci­ter aus­si les élec­tions mu­ni­ci­pales qui ont eu lieu, avec un peu de re­tard certes, mais qui se sont dé­rou­lées pa­ci­fi­que­ment et ont per­mis l’élec­tion d’un grand nombre de jeunes et de femmes. Le pay­sage po­li­tique est di­ver­si­fié, et tous ces exemples sont pour moi des fac­teurs qui in­citent à l’op­ti­misme.

L’an­née pro­chaine se­ra une an­née très im­por­tante. C’est l’an­née de la deuxième élec­tion de­puis l’adop­tion de la Consti­tu­tion de 2014. Ce se­ra un mo­ment fort pour le raf­fer­mis­se­ment du pro­ces­sus dé­mo­cra­tique. Je re­con­nais que les Tu­ni­siens at­tendent tou­jours les ré­sul­tats concrets sur le plan so­cioé­co­no­mique. Ils at­tendent des amé­lio­ra­tions au ni­veau de l’em­ploi et de la crois­sance in­clu­sive. Je re­con­nais aus­si que la si­tua­tion est dif­fi­cile et af­fecte beau­coup les mé­nages. Mais je re­con­nais éga­le­ment que la Tu­ni­sie a les moyens de faire face à la si­tua­tion et de s’en sor­tir.

La Tu­ni­sie a les moyens, mais elle a aus­si des amis dont elle at­tend de l’aide en ces temps dif­fi­ciles…

Oui, nous en sommes conscients, et c’est pour ce­la que nous avons mis l’ac­cent sur l’aide éco­no­mique. Jus­qu’en 2017, nous avons dé­bour­sé 24 mil­lions de livres ster­ling, soit 71 mil­lions de di­nars. Si on ajoute les mon­tants in­ves­tis cette an­née, le mon­tant to­tal de­puis 2011 s’élè­ve­ra à 39 mil­lions de livres ster­ling, soit 146 mil­lions de di­nars.

Comme vous pou­vez le voir, il y a une tra­jec­toire ra­pide et po­si­tive concer­nant notre in­ves­tis­se­ment ici. Ce­la dit, le pro­blème est moins de ver­ser de l’ar­gent que de sou­te­nir le pays avec un es­prit de par­te­na­riat, avec l’échange d’ex­per­tises, la trans­mis­sion des ex­pé­riences in­no­vantes, et ce, dans le but d’ai­der le sys­tème dé­mo­cra­tique, le gou­ver­ne­ment et la so­cié­té ci­vile à trou­ver des so­lu­tions tu­ni­siennes pour le peuple tu­ni­sien.

La Tu­ni­sie est à la re­cherche d’un mo­dèle éco­no­mique. Le mo­dèle qui a pré­va­lu jus­qu’ici ne ré­pond pas aux be­soins du pays.

La Tu­ni­sie a connu et connaît en­core des dif­fi­cul­tés en cette pé­riode de tran­si­tion. Vous avez re­le­vé beau­coup de dé­fis pa­ci­fi­que­ment et dans le cadre du dia­logue. Vous avez un bon sec­teur pri­vé, des fonc­tion­naires com­pé­tents, des mé­dias libres et des dé­bats vi­brants sont en­ga­gés. Tous ces élé­ments sont pour moi des fac­teurs d’op­ti­misme et, en­core une fois, nous sommes à vos cô­tés pour vous ai­der.

Les at­tentes des jeunes d’au­jourd’hui ne sont pas les at­tentes des jeunes d’hier. D’où la né­ces­si­té d’in­ves­tir dans l’em­ploya­bi­li­té, dans l’en­tre­pre­neu­riat. Il faut créer cet es­prit d’en­tre­pre­neu­riat par­mi les jeunes, et de mon­trer qu’il y a des per­sonnes un peu par­tout dans le pays qui sont en train d’en­tre­prendre.

Le pro­blème est que tout le monde veut en­tre­prendre, mais rares sont ceux qui réus­sissent. Tous les res­pon­sables po­li­tiques vous disent qu’ils veulent dé­ve­lop­per cet es­prit d’en­tre­pre­neu­riat, mais il y a un obs­tacle : la bu­reau­cra­tie éta­tique…

Ce­la fait par­tie de la tran­si­tion éco­no­mique. Nous sommes pas­sés par là aus­si. Mais il faut per­sé­vé­rer et faire tom­ber les bar­rières qui se dressent de­vant les jeunes et en­travent cet in­dis­pen­sable es­prit d’en­tre­pre­neu­riat. Il faut élar­gir les op­por­tu­ni­tés à d’autres sec­teurs d’ac­ti­vi­tés.

Sur un autre plan, il faut in­ten­si­fier les échanges avec les pays du voi­si­nage et les pays amis. Pour notre part, nous sommes dé­ter­mi­nés à in­ten­si­fier nos échanges com­mer­ciaux avec la Tu­ni­sie. Nous avons fait des re­cherches et dé­cou­vert que, concer­nant les mar­chés, il y a une mé­con­nais­sance de part et d’autre. Pour cette rai­son, nous avons lan­cé une ini­tia­tive avec le CEPEX et avec la Chambre de Com­merce mixte tu­ni­so­bri­tan­nique pour une meilleure connais­sance des be­soins et des op­por­tu­ni­tés des deux mar­chés. Nous tra­vaillons en étroite col­la­bo­ra­tion avec ces deux or­ga­nismes pour don­ner des conseils, fa­ci­li­ter les contacts entre les deux sec­teurs pri­vés et les deux gou­ver­ne­ments, le but étant de sor­tir des sen­tiers bat­tus et réa­li­ser ce que le sec­teur pri­vé fait de mieux.

En Grande-Bretagne, nous sommes très at­ta­chés au libre-échange dans le monde, car l’his­toire nous en­seigne que la li­ber­té du com­merce et la pros­pé­ri­té sont in­ti­me­ment liées. Il y a sans doute des consom­ma­teurs bri­tan­niques qui pour­raient ado­rer les pro­duits tu­ni­siens, mais c’est à vous de faire le mar­ke­ting et faire connaître vos pro­duits sur le mar­ché bri­tan­nique, le cin­quième mar­ché du monde et le deuxième en Eu­rope. Pour­tant, on trouve très peu de pro­duits tu­ni­siens en Grande-Bretagne.

Dans une pré­cé­dente ren­contre avec l’Eco­no­miste, vous aviez af­fir­mé que le Brexit est bé­né­fique pour la Tu­ni­sie. Main­te­nez-vous tou­jours cette af­fir­ma­tion à la lu­mière des com­pli­ca­tions qui se sont dé­cla­rées de­puis et qui ré­duisent les chances d’une bonne sor­tie du Royaume-Uni de l’Union eu­ro­péenne ?

Oui, la sor­tie de la Grande-Bretagne de l’Union eu­ro­péenne consti­tue une grande op­por­tu­ni­té pour la Tu­ni­sie. Le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique est clair : notre sor­tie de l’UE se­ra ef­fec­tive le 29 mars pro­chain. Nous avons un ac­cord de sor­tie et une nou­velle vi­sion de par­te­na­riat avec l’Union eu­ro­péenne. Les 27 gou­ver­ne­ments sont d’ac­cord. C’est vrai qu’au ni­veau du par­le­ment bri­tan­nique, l’in­cer­ti­tude règne pour le mo­ment, mais le gou­ver­ne­ment est dé­ter­mi­né à me­ner à bien le Brexit à l’échéance du 29 mars.

Sur le plan des re­la­tions de nos deux pays, nous sommes en né­go­cia­tion avec le

gou­ver­ne­ment tu­ni­sien en vue de trans­for­mer l’ac­cord d’as­so­cia­tion entre la Tu­ni­sie et l’UE en un ac­cord bi­la­té­ral tu­ni­so-bri­tan­nique. Il y au­ra une pé­riode tran­si­toire jus­qu’en 2020 au cours de la­quelle rien ne change, et dès la fin de cette pé­riode tran­si­toire, nous pro­cé­de­rons à la si­gna­ture d’ac­cords bi­la­té­raux. Mais même avec les termes d’échange ac­tuels, il y a un plus pour la Tu­ni­sie. Il y au­ra les quo­tas pour la Grande-Bretagne en plus des quo­tas pour l’Union eu­ro­péenne. Il y a aus­si de la place sur le mar­ché bri­tan­nique pour les pro­duits non sou­mis au sys­tème des quo­tas. Pour­quoi ne pas com­men­cer dès main­te­nant à ex­plo­rer ces op­por­tu­ni­tés ?

Y a-t-il des ini­tia­tives en cours à ce ni­veau ?

Il y a les deux pro­jets d’as­sis­tance tech­nique concer­nant l’in­ves­tis­se­ment et la pro­mo­tion des ex­por­ta­tions dont j’ai par­lé. Il y a eu en sep­tembre 2017 et en no­vembre 2018 à Londres des fo­rums pour l’in­ves­tis­se­ment, et en fé­vrier pro­chain, nous at­ten­dons la vi­site de l’en­voyé spé­cial du Pre­mier mi­nistre pour le Com­merce avec une dé­lé­ga­tion d’hommes d’af­faires. En été, il y a eu la vi­site de la se­cré­taire bri­tan­nique pour le Dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal. Elle a dis­cu­té avec les res­pon­sables tu­ni­siens des op­por­tu­ni­tés de col­la­bo­ra­tion. Donc comme vous le voyez, l’échange des vi­sites est main­te­nu à un rythme sou­te­nu.

Pour nous, le mo­teur de la crois­sance du­rable, c’est le sec­teur pri­vé. Nous sommes prêts à of­frir notre as­sis­tance tech­nique pour ai­der la Tu­ni­sie à mettre en oeuvre les ré­formes né­ces­saires pour fa­ci­li­ter l’ac­tion du sec­teur pri­vé. Nous ré­pon­dons tou­jours vo­lon­tiers aux be­soins iden­ti­fiés par nos par­te­naires tu­ni­siens. Nous nous te­nons à vos cô­tés pour vous ai­der.

Sur le plan éner­gé­tique, nous sommes tou­jours pré­sents en Tu­ni­sie. Il y a Shell qui a ra­che­té Bri­tish Gas. La Grande-Bretagne a tou­jours été pré­sente dans le sec­teur des hy­dro­car­bures, qu’il faut diversifier. Et là, je suis contente que des en­tre­prises bri­tan­niques s’in­té­ressent au sec­teur des éner­gies re­nou­ve­lables en Tu­ni­sie.

Nous sommes aus­si pré­sents dans les sec­teurs de la san­té et de l’édu­ca­tion. Il se­rait in­té­res­sant par exemple d’im­pli­quer le sec­teur pri­vé dans les re­cherches qui pour­raient être com­mer­cia­li­sées.

Ré­cem­ment, j’ai vi­si­té une usine d’élec­tro­nique en Tu­ni­sie. C’est une com­pa­gnie bri­tan­nique qui em­ploie 680 per­sonnes. Spé­cia­li­sée dans les nou­velles tech­no­lo­gies, cette en­tre­prise am­bi­tionne d’élar­gir en­core plus ses ac­ti­vi­tés en Tu­ni­sie. Ce genre de par­te­na­riat tu­ni­so-bri­tan­nique est très im­por­tant. J’étais vrai­ment contente de voir les cen­taines d’em­ployés, dont plu­sieurs femmes pré­sentes non seu­le­ment dans la pro­duc­tion, mais aus­si dans la su­per­vi­sion.

La Tu­ni­sie est di­rec­te­ment me­na­cée par l’in­sta­bi­li­té en Li­bye. La Grande-Bretagne est-elle im­pli­quée dans la re­cherche de la paix dans ce pays ?

C’est vrai que l’éco­no­mie tu­ni­sienne peut être af­fec­tée par les fac­teurs exo­gènes. Oui, nous sommes très im­pli­qués en Li­bye. Nous sou­te­nons for­te­ment les ef­forts du re­pré­sen­tant spé­cial des Na­tions unies. Il est en train de mettre en oeuvre un plan réa­liste consis­tant à réunir les dif­fé­rentes par­ties li­byennes pour ré­soudre le pro­blème lan­ci­nant de l’in­sta­bi­li­té. La so­lu­tion ne peut être que po­li­tique et ne peut pro­ve­nir que des Li­byens eux-mêmes. Le rôle de la Com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale est de sou­te­nir les ef­forts de paix et d’oeu­vrer pour le rap­pro­che­ment des dif­fé­rentes fac­tions li­byennes et de les en­cou­ra­ger à faire preuve de sou­plesse et de consen­tir des com­pro­mis. Une chose est sûre, il n’y a pas de so­lu­tion mi­li­taire en Li­bye.

Ce que la Tu­ni­sie a réa­li­sé pa­ci­fi­que­ment de­meure un exemple, pas seu­le­ment pour la Li­bye d’ailleurs. Un exemple qui dé­montre ce que l’on est ca­pable de faire quand la bonne vo­lon­té est pré­sente. Il ne faut pas perdre de vue l’idée que la dé­mo­cra­tie est le seul sys­tème qui per­met de ré­soudre pa­ci­fi­que­ment les dif­fé­rends.

Au nom de la dé­mo­cra­tie, la Grande-Bretagne a hé­ber­gé et ai­dé pen­dant de longues an­nées les or­ga­ni­sa­tions is­la­mistes de di­vers pays. Votre vi­sion de l’is­lam po­li­tique a-t-elle chan­gé ?

Ce qui est im­por­tant, c’est que tous les par­tis po­li­tiques, y com­pris les par­tis is­la­mistes, agissent en tant qu’ac­teurs dé­mo­cra­tiques. Le par­ti is­la­miste re­pré­sente une par­tie du peuple tu­ni­sien et il a le droit d’agir en leur nom sur la scène po­li­tique dans le res­pect des règles et des prin­cipes de la dé­mo­cra­tie. L’es­sen­tiel, c’est d’agir dans la scène po­li­tique tout en res­pec­tant les règles du jeu.

L’en­nui, c’est que l’is­lam po­li­tique uti­lise la dé­mo­cra­tie pour en­suite tuer la dé­mo­cra­tie. Vous avez l’exemple de l’Iran ou du Sou­dan. Dès qu’un par­ti is­la­miste ren­force ses po­si­tions au pou­voir, il dé­clare aus­si­tôt la dé­mo­cra­tie im­pie.

Le par­ti is­la­miste en Tu­ni­sie est dif­fé­rent. Il a dé­mon­tré qu’il est pour la dé­mo­cra­tie. L’im­por­tant c’est qu’il res­pec­ter la Consti­tu­tion

Un mes­sage pour les Tu­ni­siens en cette fin d’an­née ?

La Tu­ni­sie a connu et connaît en­core des dif­fi­cul­tés en cette pé­riode de tran­si­tion. Vous avez re­le­vé beau­coup de dé­fis pa­ci­fi­que­ment et dans le cadre du dia­logue. Vous avez un bon sec­teur pri­vé, des fonc­tion­naires com­pé­tents, des mé­dias libres et des dé­bats vi­brants sont en­ga­gés. Tous ces élé­ments sont pour moi des fac­teurs d’op­ti­misme et, en­core une fois, nous sommes à vos cô­tés pour vous ai­der.

Un mot sur le pro­blème des vi­sas ?

La de­mande de vi­sa est ré­gie par un sys­tème de pro­cé­dures que le de­man­deur est te­nu de res­pec­ter. 96% des de­mandes de vi­sa sont trai­tés dans les dé­lais et 80% des de­mandes ont des ré­ponses po­si­tives. Nous es­sayons tou­jours de sim­pli­fier le sys­tème pour plus d’ef­fi­ca­ci­té et de cé­lé­ri­té. Nous avons in­té­rêt à ce qu’il y ait un grand flux de Tu­ni­siens vers la Grande-Bretagne et un grand flux de Bri­tan­niques vers la Tu­ni­sie. C’est le seul moyen pour nos deux peuples de se connaître, car plus on se connaît, mieux on co­opère

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