LES ÉCRANS, UN DAN­GER POUR LES EN­FANTS

Acadie Nouvelle - - LA UNE - Si­mon De­lattre si­mon.de­lattre@aca­die­nou­velle.com @Si­mon2De­lattre

Smart­phone, ta­blette, or­di­na­teur, console de jeu, té­lé­vi­sion, l’uti­li­sa­tion mas­sive des écrans re­pré­sente un grave dan­ger pour le dé­ve­lop­pe­ment mo­teur et men­tal des jeunes en­fants. Une pé­diatre de Monc­ton sonne l’alarme.

Pé­diatre au Centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire Dr-Georges-L.-Du­mont, Dre Ge­ne­viève Le­Blanc ob­serve sur le ter­rain les im­pacts de la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique sur les jeunes cer­veaux.

«On a beau­coup plus de consul­ta­tions d’en­fants qui ont des re­tards de dé­ve­lop­pe­ment et des re­tards de lan­gage. Ils perdent en créa­ti­vi­té, ne sont pas prêts pour la ma­ter­nelle», dé­plore-t-elle.

«Les en­fants ne savent plus pein­tu­rer, ils ne savent plus dé­cou­per, ils ne savent plus dé­co­rer... parce qu’ils ont un iPad chez eux. Le dé­ve­lop­pe­ment, l’ap­pren­tis­sage, le lan­gage, tout ça est en train de se mé­ta­mor­pho­ser et on com­mence seule­ment à voir l’im­pact que ça a.»

La té­lé­vi­sion est peu sus­cep­tible de nour­rir l’ap­pren­tis­sage, contrai­re­ment aux ac­ti­vi­tés d’ex­plo­ra­tion et aux échanges di­rects avec les pa­rents, in­siste Dre Le­Blanc.

«Il n’y a rien de plus bé­né­fique que de pein­tu­rer, de ma­ni­pu­ler des choses et d’avoir un pa­rent qui est là avec toi pour te mon­trer com­ment faire. La ta­blette ne peut pas rem­pla­cer ça.»

En oc­tobre 2016, l’Aca­dé­mie de mé­de­cine de pé­dia­trie rap­pe­lait que le temps pas­sé sur les écrans par les en­fants li­mi­tait les autres temps de la vie cou­rante tels que jouer, étu­dier, dis­cu­ter ou dor­mir. Au­tant d’ac­ti­vi­tés qui par­ti­cipent à la construc­tion phy­sique et men­tale des plus jeunes.

«Les pro­blèmes com­mencent quand les écrans rem­placent l’ac­ti­vi­té phy­sique, l’ex­plo­ra­tion pra­tique et l’in­ter­ac­tion so­ciale», sou­ligne l’ins­ti­tu­tion amé­ri­caine.

Ge­ne­viève Le­Blanc ob­serve que la plu­part des pa­rents ne sont pas conscients des ef­fets no­cifs d’une trop grande ex­po­si­tion.

«Il ne faut pas se le ca­cher, l’écran est une bonne gar­dienne. Ça sta­tionne les en­fants, ils sont comme hyp­no­ti­sés. Mais une fois qu’on leur en­lève, il y a des crises… Les pa­rents ne savent plus quoi faire, ça de­vient une ba­taille de tous les ins­tants.» PRI­VI­LÉ­GIER LES VRAIS ÉCHANGES

La pé­diatre en­cou­rage les pa­rents à fixer des li­mites et à trou­ver un équi­libre pour évi­ter que l’at­ten­tion de leurs pro­té­gés soit concen­trée en per­ma­nence sur les écrans.

«Ne lais­sez les écrans al­lu­més quand per­sonne ne les re­garde, évi­tez les té­lé­vi­sions dans les chambres à cou­cher, les en­fants ne de­vraient pas avoir les yeux fixés sur l’écran dès le ma­tin ou avant le cou­cher. Il y a une hy­giène de vie à avoir et ça com­mence par les pa­rents. Il faut qu’ils soient des mo­dèles.»

La So­cié­té ca­na­dienne de pé­dia­trie ap­pelle d’ailleurs à ne pas ex­po­ser du tout les pe­tits de moins de 2 ans et à li­mi­ter le temps d’écran à une heure par jour pour les en­fants de 2 à 5 ans.

Elle conseille de main­te­nir des pé­riodes sans écran, par­ti­cu­liè­re­ment lors des re­pas fa­mi­liaux et pour faire la lec­ture. L’or­ga­ni­sa­tion dit craindre que l’en­va­his­se­ment des mé­dias rem­place les échanges di­rects entre les pa­rents et l’en­fant. Elle re­com­mande de pri­vi­lé­gier les «vrais échanges», des «jeux ac­tifs» et «du temps de qua­li­té en fa­mille». DE NOM­BREUX EF­FETS NÉFASTES

D’après une étude de l’uni­ver­si­té de To­ron­to pu­bliée en mai 2017, plus un en­fant passe de temps de­vant un écran, plus il a de re­tard dans l’ap­pren­tis­sage du lan­gage.

Sur près de 900 en­fants âgés de 6 mois à 2 ans et sui­vis de 2011 à 2015, les cher­cheurs ont ob­ser­vé un risque ac­cru de 49 % de re­tard de la pa­role pour chaque de­mi-heure quo­ti­dienne d’écran.

Une étude pu­bliée dans la re­vue Na­ture en mai 2017 a éga­le­ment mon­tré que les tout­pe­tits (de 6 à 36 mois) ex­po­sés aux écrans en fin de jour­née ont une du­rée de som­meil si­gni­fi­ca­ti­ve­ment plus courte du fait de la lu­mière bleue émise par les smart­phones et ta­blettes.

Cette der­nière af­fecte la syn­thèse de mé­la­to­nine, une hor­mone jouant un rôle im­por­tant dans le mé­ca­nisme du som­meil.

L’ex­cès d’ex­po­si­tion aux écrans au­rait éga­le­ment des consé­quences sur la vue des 16 à 24 ans, a aler­té l’As­so­cia­tion fran­çaise pour l’amé­lio­ra­tion de la vue en août 2017. À ce­la s’ajoutent des pro­blèmes d’obé­si­té, des dif­fi­cul­tés de concen­tra­tion et d’ap­pren­tis­sage ou en­core des troubles du com­por­te­ment et de la com­mu­ni­ca­tion.

- Aca­die Nou­velle: Si­mon De­lattre

Dre Ge­ne­viève Le­Blanc constate au quo­ti­dien la no­ci­vi­té des écrans sur le dé­ve­lop­pe­ment des en­fants.

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