IN­FOR­MA­TION OU PRO­PA­GANDE?

SITE WEB DU GOU­VER­NE­MENT DU N.-B. ET DE L’IN­DUS­TRIE FO­RES­TIÈRE

Acadie Nouvelle - - NEWS - si­mon.de­lattre@aca­die­nou­velle.com @Si­mon2De­lattre

Gly­pho­sate, coupes à blanc, le site In­foFo­rêt.ca tente de ras­su­rer la po­pu­la­tion sur les mé­thodes d’ex­ploi­ta­tion fo­res­tière. Faut-il voir dans cet ou­til fi­nan­cé en par­tie par les contri­buables une com­mu­ni­ca­tion au nom de l’in­té­rêt pu­blic ou un ins­tru­ment de pro­pa­gande au ser­vice d’in­té­rêts pri­vés?

In­foFo­rêt.ca se pré­sente comme un groupe com­po­sé de scien­ti­fiques et de re­pré­sen­tants du gou­ver­ne­ment et de l’in­dus­trie. Leur mis­sion: dé­fendre les pra­tiques fo­res­tières telles que la coupe à blanc ou l’épan­dage d’her­bi­cides et ré­pondre aux inquiétudes de la po­pu­la­tion en s’ap­puyant sur des re­cherches.

Par­mi ses bailleurs de fonds, on re­trouve le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral et la pro­vince, mais aus­si Fo­rêt NB, qui re­pré­sente une bonne par­tie de l’in­dus­trie fo­res­tière. L’en­tre­prise J.D. Ir­ving fait aus­si par­tie des par­te­naires.

L’Aca­die Nou­velle a de­man­dé à deux cher­cheurs in­dé­pen­dants de se pro­non­cer sur l’exac­ti­tude de l’in­for­ma­tion pré­sen­tée au pu­blic. Mar­tin Bé­land, pro­fes­seur en syl­vi­cul­ture et éco­lo­gie fo­res­tière à l’Uni­ver­si­té de Monc­ton, dé­plore le manque de nuances.

«L’in­for­ma­tion trans­mise sur le site d’In­foFo­rêt est se­lon moi de la pro­pa­gande proin­dus­trielle, écrit-il. Ce n’est pas nor­mal que les in­té­rêts à court terme de l’in­dus­trie soient dé­fen­dus au nom du gou­ver­ne­ment.»

Cer­taines af­fir­ma­tions pu­bliées sur In­foFo­rêt.ca ne font pas consen­sus par­mi les scien­ti­fiques. On y lit par exemple que «sans l’uti­li­sa­tion d’her­bi­cides, il de­vien­drait de plus en plus dif­fi­cile d’avoir les fo­rêts de ré­si­neux qui ali­mentent nos usines et de main­te­nir la grande di­ver­si­té du pay­sage for­mé de fo­rêts co­ni­fé­riennes, feuillues et mixtes.»

Les au­teurs notent que seule­ment 33% des fo­rêts ex­ploi­tées sont trai­tées au gly­pho­sate.

Mar­tin Bé­land n’est pas de cet avis. Il fait va­loir que le re­cours au gly­pho­sate par­ti­cipe, au contraire, à la trans­for­ma­tion des fo­rêts aca­diennes na­tu­relles en des fo­rêts plus uni­formes ré­pon­dants aux be­soins de l’in­dus­trie.

«Le chiffre du tiers des zones dé­boi­sées dé­tourne l’at­ten­tion du pu­blic du fait que les pro­por­tions de plan­ta­tions dans le pay­sage aug­mentent, plan­ta­tions dans les­quelles les feuillus sont moins abon­dants que dans la fo­rêt na­tu­relle», sou­ligne le pro­fes­seur.

DES COUPES À BLANC BÉNÉFIQUES?

In­foFo­rêt.ca nous ex­plique éga­le­ment que la coupe à blanc (qui re­pré­sente 80% de la ré­colte au Nou­veau-Bruns­wick) est une pra­tique qui «imite les ef­fets glo­baux de per­tur­ba­tions comme les feux de fo­rêt» et que «ce type de per­tur­ba­tion ma­nuelle contri­bue au main­tien de fo­rêts en san­té et pro­duc­tives pen­dant de nom­breuses an­nées à ve­nir».

Marc-An­dré Villard, bio­lo­giste, étu­die de­puis de nom­breuses an­nées les ef­fets des coupes à blanc et des plan­ta­tions sur di­verses es­pèces d’oi­seaux. Se­lon lui, la com­pa­rai­son n’est pas per­ti­nente car les feux sont très peu fré­quents dans la pro­vince.

«Il n’y a, pour ain­si dire, pas de cycle de feu na­tu­rel dans la pro­vince. La seule per­tur­ba­tion na­tu­relle qui a al­té­ré la fo­rêt du N.-B. à grande échelle de­puis des siècles est l’oc­cur­rence d’épi­dé­mies de tordeuse des bour­geons de l’épi­nette. Or, cet in­secte laisse des quan­ti­tés im­por­tantes de bois mort au sol, ce qui n’est pas le cas de la coupe à blanc. Ce bois mort joue un rôle pour de très nom­breuses es­pèces de mam­mi­fères, d’oi­seaux, d’in­sectes et de cham­pi­gnons.»

Marc-An­dré Villard ob­serve que le site passe sous si­lence le fait qu’une pro­por­tion im­por­tante des zones cou­pées est conver­tie en plan­ta­tions.

«Les plan­ta­tions ne sont pas des fo­rêts, du point de vue éco­lo­gique. Elles ne sont pas des «dé­serts bio­lo­giques», mais de nom­breuses études font état de leur bio­di­ver­si­té ré­duite par rap­port aux fo­rêts na­tu­relles com­pa­rables.»

Se­lon lui, le gou­ver­ne­ment d’une pro­vince et une com­pa­gnie pri­vée ne de­vraient pas par­ler d’une même voix.

- Cap­ture d’écran

In­foFo­rêt a pu­blié une sé­rie de clips vi­déo van­tant les mé­rites du gly­pho­sate.

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