Pique-nique

Ce sont mes plus beaux sou­ve­nirs de va­cances en fa­mille: les pique-niques. Ça trône au som­met de mon pal­ma­rès. Avant les glis­sades d’eau, le cirque du So­leil, les marches en mon­tagne. Rien ne rem­place ces re­pas cham­pêtres pré­pa­rés avec soin et qui se prol

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Ma grand-mère ai­mait les pique-niques. Pour elle, c’était sa fa­çon de cé­lé­brer l’été. Lors­qu’on n’a pas les moyens d’al­ler au res­tau­rant ou d’al­ler se faire do­rer sur une plage du Maine, on peut au moins mettre le dî­ner dans un pa­nier et al­ler le man­ger au bout du champ. C’est ce qu’elle fai­sait. Elle a trans­mis cet amour des re­pas en plein air à ma mère qui, sans trop de dif­fi­cul­té, a réus­si à nous don­ner le goût d’en faire une tra­di­tion. Comme on dit, le bon­heur c’est conta­gieux.

Parce qu’un pique-nique, c’est un conden­sé de bon­heur. Il com­mence dès qu’on com­mence à le pla­ni­fier. Plu­sieurs jours avant qu’il au­ra lieu, on l’ima­gine. On choi­si le me­nu. En­suite, on ré­par­tit les tâches. D’ici le jour J, on se de­mande quelle sur­prise l’un ou l’autre dé­po­se­ra dans son pa­nier (ou dans sa gla­cière). Et sou­vent, les pique-niques se pro­longent. Parce qu’il y a sou­vent des restes suf­fi­sants pour éla­bo­rer un autre re­pas le len­de­main.

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Les pique-niques font par­tie de nos pe­tites es­ca­pades an­nuelles en fa­mille. C’est le pre­mier re­pas qu’on prend en­semble. Sou­vent en route. Par­fois ar­ri­vés à des­ti­na­tion le pre­mier jour. Le pique-nique a donc été pré­pa­ré à la mai­son, mais avec la tête dé­jà au lieu d’ar­ri­vée.

Avec les an­nées, le me­nu a chan­gé. Au dé­part, presque tout était pré­pa­ré à l’avance: les sand­wichs cou­pés, les lé­gumes pe­lés, les sa­lades por­tion­nées, etc. Ar­ri­vé au lieu du pique-nique, on dis­tri­buait le tout, cha­cun man­geait et on par­tait. Main­te­nant, on ap­porte ce qui est né­ces­saire pour pré­pa­rer la table du buf­fet où cha­cun pré­pare son as­siette se­lon son ap­pé­tit et ses hu­meurs. On voit alors la per­son­na­li­té de cha­cun et son ori­gi­na­li­té.

C’est ain­si qu’on a pu in­ven­ter des bou­chées qui pour­raient faire rou­gir Ri­car­do. Une an­née, ma soeur avait ap­por­té le res­tant de ses coques (frites la veille) pour les glis­ser dans un pain pi­ta avec les condi­ments; cette an­née-là, elle a ga­gné le prix de l’in­no­va­tion. L’an­née sui­vante, ma soeur nous a mon­tré comment se ser­vir des grandes feuilles de lai­tue romaine pour en­rou­ler le pou­let grillé avec les olives et les lé­gumes. Les aires de pique-niques sont l’unique en­droit où mes soeurs peuvent ri­va­li­ser avec ma mère pour pré­pa­rer les meilleurs re­pas. Ce sont les pe­tit­sen­fants qui le disent!

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Le se­cret du bon­heur en pique-nique? Le par­tage. Man­ger est un acte bio­lo­gique, un acte d’ap­pro­pria­tion qui ex­clut l’autre; là où la nour­ri­ture est rare, les hu­mains se battent et s’ar­rachent la nour­ri­ture. Il y a une condi­tion pour que l’acte de man­ger de­vienne vrai­ment hu­main: man­ger en­semble. On re­con­naît alors que l’autre a le droit de man­ger même s’il n’a pas ga­gné son pain (comme les en­fants). Le re­pas pris en­semble nous ap­prend aus­si que notre bouche n’est pas que mâ­choire au-des­sus de nos as­siettes, mais aus­si lèvres qui s’ouvrent pour le par­tage.

Le suc­cès du pique-nique, c’est aus­si parce qu’il est en plein air. De­hors, l’ho­ri­zon est ou­vert, les pa­pilles aus­si! Des res­tau­ra­teurs l’ont com­pris et pro­longent leur salle à man­ger avec une ter­rasse. Mais il y a des lieux plus en­chan­teurs que les ter­rasses des grands bou­le­vards ou des rues prin­ci­pales pour man­ger de­hors.

Ma fa­mille et moi col­lec­tion­nons les lieux de pique-nique comme d’autres font l’in­ven­taire des ter­rains de cam­ping où ils ont dor­mi. J’ai des sou­ve­nirs de pi­que­nique dans plu­sieurs haltes rou­tières sur la route qui mène à Qué­bec. D’autres sur les plaines d’Abra­ham et sur la pro­me­nade Sa­muel-de-Cham­plain lon­geant le fleuve. Un sou­ve­nir pré­cieux d’un pique-nique sur le flanc d’une mon­tagne face au rocher Per­cé. D’autres sur une plage de Gaspé, sur les roches de Peg­gy’s Cove, etc.

Le lieu le plus mé­mo­rable de­meure ce­lui à l’ombre des grands saules à Grand-Pré. C’était bon! C’était beau! Comme un pied de nez fait à l’his­toire de pou­voir sa­vou­rer la vie à pleine bou­chée dans ce lieu d’où nous avons été dé­por­tés. Voir les en­fants cou­rir et se lan­cer le fris­bee sur ces terres, plon­ger dans la mé­moire en vi­si­tant l’église his­to­rique, contem­pler la beau­té du pay­sage de Grand-Pré… il est là le bon­heur!

Dans quelques jours, plu­sieurs vont al­ler pique-ni­quer à Sainte-Anne-du-Bo­cage à l’oc­ca­sion de la neu­vaine et de la fête. Je pense qu’on de­vrait in­clure ce re­pas plein air sur la liste des ac­ti­vi­tés liées au suc­cès du pè­le­ri­nage. À Sainte-Anne, cer­tains al­lument des lam­pions; or, le pique-nique illu­mine de l’in­té­rieur ceux qui y prennent part. Cer­tains vont à la source; le pi­que­nique quant à lui désal­tère et étanche la soif de com­mu­nion. Cer­tains se confessent et par­ti­cipent à la messe; le pique-nique per­met d’ou­vrir les bouches pour confes­ser les mer­veilles de Dieu et de ras­sa­sier les faims pro­fondes de bon­heur.

Bon pique-nique! À Sainte-Anne ou ailleurs!

Le se­cret du bon­heur en pique-nique? Le par­tage. – Archives

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