ARTELABO / UNE VILLA TRAN­QUILLE À L’ES­THÉ­TIQUE SINGULIÈRE

Si­tué dans un vil­lage du sud de la France, Gignac, le pro­jet d’une «villa tran­quille» ré­pond à un contexte très par­ti­cu­lier. Le ter­rain sur le­quel il prend place, de très pe­tites di­men­sions, est si­tué entre une re­mise vi­gne­ronne en ac­ti­vi­té à l’ouest, le

Decorhomme - - Sommaire - PAR YAN­NICK LE­CLERC

L’ar­gu­ment du pro­jet est donc de créer les condi­tions d’une in­ti­mi­té, une mai­son in­tro­ver­tie et pro­té­gée du re­gard, en­tiè­re­ment tour­née vers le pay­sage. Son ar­chi­tec­ture se ca­rac­té­rise par une com­po­si­tion ré­gu­lière, simple et sys­té­ma­tique, em­ployant un lan­gage construc­tif ba­nal et un re­gistre for­mel évident, et qui, en per­tur­bant les codes de l’ha­bi­tuel, donne à voir une es­thé­tique singulière. Ins­crit dans le cadre de me­sures ré­gu­lières, le pro­jet est ba­sé sur un dé­cou­page en grille de 3 mètres en lar­gueur et 4 mètres en pro­fon­deur. Deux uni­tés d’es­pace cor­res­pondent à un vo­lu-me bâ­ti, la troi­sième forme un es­pace ex­té­rieur.

La géo­mé­trie glo­bale de la construc­tion se base sur une sé­quence ré­pé­ti­tive de ces quatre vo­lumes, qui, ain­si dis­po­sés en dé­ca­lage les uns par rap­port aux autres, or­ga­nisent les es­paces ex­té­rieurs comme au­tant de pa­tios au coeur de la mai­son, le tout étant en­clos au sein d’un mur pé­ri­phé­rique. Le ga­ba­rit des vo­lumes, à deux pentes de toi­ture, évoque ce­lui d’une pe­tite mai­son.

L’ex­pres­sion du pro­jet ren­voie ain­si di­rec­te­ment à la ques­tion de la do­mes­ti­ci­té et de l’ha­bi­tat in­di­vi­duel tra­di­tion­nel, de même que les moyens construc­tifs em­ployés, ba­nals et ty­piques du sud de la France (ma­çon­ne­rie, en­duit, toi­ture tuile) ins­taurent un lien contex­tuel cultu­rel et pay­sa­ger entre la construc­tion et son site.

Son jeu de com­po­si­tion et son ab­sence d’ou­ver­ture la­té­rale en font pour­tant un ob­jet ar­chi­tec­tu­ral étrange. Un grand châs­sis fixe ouvre très lar­ge­ment la mai­son sur le pay­sage.Les quatre cours in­té­rieures pro­curent à l’ha­bi­ta­tion du so­leil et une lu­mière abon­dante dont l’in­ten­si­té contre­dit son en­ve­loppe ex­té­rieure opaque et fer­mée of­frant une in­ti­mi­té to­tale et po­la­ri­sée sur le pay­sage. Toutes les pièces de la mai­son s’ouvrent sur un, deux ou trois pa­tios

et sur la vue par trans­pa­rence.Car, pro­fon­dé­ment mé­di­ter­ra­néenne, la mai­son est conçue pour vivre ou­verte, res­pi­rer la nuit comme le jour, être de­hors tout en étant de­dans. L’ar­chi­tec­ture fait ré­fé­rence ou­ver­te­ment aux mai­sons du sud : grille en acier ther­mo­la­qué aux mo­tifs rap­pe­lant des mou­cha­ra­bieh, porte d’en­trée se­crète don­nant sur un pa­tio, en­duit très blanc re­flé­tant la lu­mière et la cha­leur es­ti­vale…

D’une grande clar­té en toutes sai­sons, avec un ta­bleau ani­mé sur le pay­sage en toile de fond, ou de mul­tiples re­gards sur le ciel, la construc­tion offre un cadre de vie in­time se­rein et poé­tique.

La villa tran­quille, en créant ain­si son contexte, son mode de vie, montre par des moyens très simples, les pos­sibles of­ferts par l’ar­chi­tec­ture.

L’ap­proche de l’agence est mar­quée par la ques­tion concep­tuelle et l’idée que l’ar­chi­tec­ture pos­sède des af­fi­nés avec l’art. En ac­cor­dant une im­por­tance aux moyens d’ex­pres­sion et leur si­gni­fi­ca­tion, chaque pro­jet cherche à for­mu­ler une idée de l’ar­chi­tec­ture éma­nant d’un contexte don­né.

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