EN AF­FAIRES AVEC LA CHAMBRE DE COM­MERCE LGBT DU QUÉ­BEC

MA­RIE-AN­DRÉ THOLLON, PHÉ­NI­CIA «CAR­RIÈRE» 2018

Fugues - - Sommaire - MI­CHEL JOANNY FURTIN

Lors du gala an­nuel de la Chambre de com­merce LGBT du Qué­bec, un Phé­ni­cia «Car­rière» est re­mis à une per­sonne is­sue de la com­mu­nau­té LGBTQ+ dont le par­cours pro­fes­sion­nel té­moigne d’un ap­port si­gni­fi­ca­tif à la so­cié­té. Voi­là un pro­fil qui dé­crit bien le che­mi­ne­ment de Ma­rie-An­dré Thollon. Les­bienne et fé­mi­niste en­ga­gée, la car­rière de cette femme im­pli­quée dé­montre que la dif­fé­rence est une for­mi­dable rai­son d’exis­ter et de créer.

«J’ai été un peu sur­prise de re­ce­voir ce Phé­ni­cia, ra­conte Ma­rie-An­dré, car se­lon moi, je n’ai pas été beau­coup im­pli­quée dans la com­mu­nau­té LGBTQ+. Mais il est vrai que j’ai tra­vaillé très fort dans les mi­lieux ar­tis­tique et po­li­tique. Alors, si je peux être un mo­dèle pour les les­biennes, les trans ou d’autres com­mu­nau­tés, je le re­çois comme un grand hom­mage d’être consi­dé­rée comme un mo­dèle po­si­tif pour mes pairs.» «Ma mère était les­bienne; elle a en quelque sorte ou­vert les portes au ni­veau de la fa­mille. Du fait, je n’ai ja­mais ca­ché mon orien­ta­tion et je n’ai ja­mais sen­ti de dis­cri­mi­na­tion. J’ima­gine que ce­la m’a don­né de la force… mais c’est vrai aus­si que j’ai un ca­rac­tère bien trem­pé…», s’amuse Ma­rie-An­dré Thollon. «J’ai pris conscience de mon orien­ta­tion vers 29 ans. Mais je suis une per­sonne "à l’amour", ex­plique-t-elle, et pen­dant 13 ans, j’étais très amou­reuse du père de ma fille. Aujourd’hui à 65 ans, je suis très heu­reuse avec Pris­cil­la La­pointe (une des soeurs de Louise Por­tal. NDR). Elle est ma conjointe de­puis 16 ans. Mu­si­cienne, elle est el­le­même une ar­tiste et elle m’a beau­coup sou­te­nue dans tous mes pro­jets ar­tis­tiques, que ce soit Créa­tionsEtc., en 1979, ou le fes­ti­val plu­ri-dis­ci­pli­naire Vue­sur­laRe­lève, en 1996…» «L’ave­nir des­sine la so­cié­té, af­firme Ma­rie-An­dré Thollon. J’ai fon­dé Créa­tions Etc. pour sou­te­nir les jeunes de 6 à 35 ans qui, par le chant, la danse, le théâtre, la chan­son, la mu­sique et toutes les dis­ci­plines des arts de la scène, choi­sissent les arts vi­vants et la créa­tion comme loi­sir, comme moyen d’in­té­gra­tion so­ciale ou comme car­rière.» Par ce trem­plin, elle a ain­si ini­tié la car­rière de nom­breux ta­lents re­con­nus aujourd’hui (P. La­pointe, A. Nevs­ky, Aїeux, Y. Per­reau, D. Bou­cher, Mes V. Val­lières, Sa­mian, D. Robitaille, C. Egan, F. Pel­le­rin, F. Cloutier, É. de la Che­ne­lière, etc.).

S’en­ga­ger et agir

Son par­cours de mi­li­tante po­li­tique mé­rite aus­si le dé­tour. «Je me suis ins­crite au Par­ti Qué­bé­cois très jeune jus­qu’à la pé­riode de Lu­cien Bou­chard que je ne trou­vais pas as­sez à gauche…», ré­sume-telle. «Née dans une fa­mille très po­li­ti­sée, le dé­bat po­li­tique m’a tou­jours pas­sion­né.» Ma­rie-An­dré était «la nièce de l’am­bas­sa­deur en poste avant James R. Cross», confie-t-elle. «J’ai dé­ve­lop­pé très tôt une grande conscience po­li­tique. J’ai fré­quen­té des écoles pri­vées, mais j’ai pris conscience très jeune des ini­qui­tés sociales.» Après des études en in­for­ma­tion et journalisme à l’Uni­ver­si­té de Montréal pen­dant les­quelles elle s’est im­pli­quée dans la ra­dio étu­diante, Ma­rie-An­dré Thollon a exer­cé le mé­tier pen­dant quelques an­nées. «Jour­na­liste au jour­nal Les Af­faires, j’ai très vite bi­fur­qué vers la presse ar­tis­tique» «J’ai fait 12 ans de théâtre pa­ras­co­laire avec Paul Buis­son­neau, rap­pelle-t-elle. J’étais par­mi les membres fon­da­teurs du mou­ve­ment ci­toyen Culture Montréal, un re­grou­pe­ment d’ar­tistes de la culture et des arts dont le but est d’ou­tiller la re­lève cultu­relle de Montréal.» Dé­lé­guée de Culture Mon- tréal en charge de la dif­fu­sion des arts de la scène au Co­mi­té femmes et dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal de la CRÉ de Montréal, cette femme en­ga­gée mi­lite pour une meilleure re­pré­sen­ta­tion fé­mi­nine en po­li­tique. «Co­fon­da­trice du Col­lec­tif Fé­mi­nisme et Dé­mo­cra­tie, on mi­li­tait pour un mode de scru­tin plus pro­por­tion­nel.»

Une agente de chan­ge­ment

Comme on peut le consta­ter, Ma­rieAn­dré Thollon a ini­tié et par­ti­ci­pé à la créa­tion de plu­sieurs re­grou­pe­ments struc­tu­rants pour la so­cié­té qué­bé­coise. Jeu­nesse, culture, jus­tice so­ciale, pré­sence des femmes en po­li­tique, etc., son en­ga­ge­ment po­li­tique s’est ain­si ex­pri­mé sur plu­sieurs pla­te­formes, as­so­cia­tives, mu­ni­ci­pales, pro­vin­ciales, na­tio­nales, cultu­relles et so­cié­tales. Membre du Rassemblement des ci­toyens de Montréal (RCM) de Jean Do­ré, elle par­ti­ci­pe­ra à l’Union des Forces pro­gres­sistes (UFP), puis Op­tion ci­toyenne, et en­fin… «nous étions 16 membres fon­da­teurs, se sou­vient Ma­rie-An­dré Thollon, co­fon­da­trice de Qué­bec So­li­daire avec, entre autres, Fran­çoise Da­vid, Ma­non Mas­sé et Amir Kha­dir!» Au on ni­ca­tions da­trice ajou­te­ra: pal­ma­rès de au la Fé­dé­ra­tion di­rec­trice Théâtre de ses en­ga­ge­ments po­pu­laire de cultu­relle tour­née du d’ex­pres­sion et Qué­bec; so­cio-cultu­rels, des com­mu- co­fon- jeu­nesse; ment éco­no­mique pré­si­dente de com­mu­nau­taire la Cor­po­ra­tion (CDÉC) de dé­ve­loppe- du Centre-Nord; membre du CA du pre­mier CLD de Montréal; sans ou­blier son im­pli­ca­tion cultu­relle dans les Lau­ren­tides (Théâtre Le Pa­triote, Ville de Sainte-Adèle, Théâtre du Ma­rais, Salle Au­gus­tinNor­bert-Mo­rin), en plus de sié­ger au CA du Réseau in­dé­pen­dant des dif­fu­seurs d’évé­ne­ments ar­tis­tiques unis (RI­DEAU). Ma­rie-An­dré, et sa conjointe Pris­cil­la, sont donc bien la preuve qu’au Qué­bec, il est pos­sible pour un couple LGBT de vivre plei­ne­ment sa dif­fé­rence, et de réus­sir une ma­gni­fique car­rière (un Phé­ni­cia bien mé­ri­té!) en contri­buant à la dif­fu­sion de notre culture.

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