QUEERING THE MAP : GÉO­LO­CA­LI­SER NOS SOU­VE­NIRS

Fugues - - Sommaire - MI­CHEL JOANNY FURTIN quee­ring­the­map.com www.lu­cas­la­ro­chelle.com

À l'oc­ca­sion de la confé­rence sur «Les réa­li­tés et en­jeux des jeunes non-bi­naires et non conformes dans le genre» au Centre St-Pierre le 15 août der­nier, Fugues a ren­con­tré Lu­cas LaRochelle. Iel a conçu le site «Queering the map» pour que cha­cun, peu im­porte son genre, puisse ins­crire ses sou­ve­nirs, bons ou mau­vais, où qu’il, elle, iel, soit sur la pla­nète. Ren­contre.

Au 17e siècle, les Pré­cieuses de l’époque avaient ima­gi­né une «Carte du Tendre» où, se­lon une re­pré­sen­ta­tion to­po­gra­phique al­lé­go­rique, plaines et monts, vil­lages et che­mins, lacs et boi­sés tra­çaient les dif­fé­rentes étapes de la vie amou­reuse. « Quee­ring­the­Map est un pro­jet de car­to­gra­phie com­mu­nau­taire qui lo­ca­lise les mo­ments, les sou­ve­nirs et les his­toires queer, bref des ins­tants de vie par rap­port à l’es­pace phy­sique», ex­plique le site web quee­ring­the­map.com.

«Il y avait un arbre au parc Jeanne-Mance au pied du­quel je pas­sais chaque jour pour al­ler à mes cours. C’est là où j’ai ren­con­tré mon chum. C’est là aus­si que nous avons eu lui et moi une grosse chi­cane concer­nant no­tam­ment le genre», se sou­vient Lu­cas, qui a créé Quee­ring­the­Map. «J’ai com­men­cé à pen­ser que cet arbre se char­geait peu à peu de mes sou­ve­nirs, les ins­cri­vait dans cet es­pace, contrai­re­ment au Vil­lage Gai, très LGBT, mais qui laisse peu de place au monde queer, non binaire, non gen­ré ou trans.»

«J’étais in­té­res­sé.e par l’ap­proche queer et com­ment cer­taines com­mu­nau­tés par­ti­cu­lières, ca­té­go­ri­sées, voient ces en­droits-là. Il fal­lait sor­tir des es­paces ha­bi­li­tés, trou­ver d’autres lieux, d’autres es­paces ou­verts à la flui­di­té des genres. S’ou­vrir au monde pour celles et ceux qui n’y ont pas d’in­té­rêt ou ne s’iden­ti­fie pas à ces lieux-là», ex­plique-t-iel.

«J’ai donc eu l’idée d’une map­pe­monde in­ter­ac­tive où toute per­sonne queer pour­rait ins­crire, de fa­çon ano­nyme et sé­cu­ri­taire où qu’elle soit dans le monde, un mo­ment mar­quant de sa vie (ren­contres, ébats, co­ming-out, etc.) et pour qu’elle se sente moins seule en li­sant le mes­sage d’une autre per­sonne dans sa ré­gion du monde.»

Iden­ti­tés queer sans fron­tières

Ain­si et se­lon Lu­cas, contrai­re­ment aux ré­seaux so­ciaux, l’in­di­vi­dua­li­té et l’ano­ny­mat de ces ins­tants éphé­mères se trans­forment en une ex­pé­rience de mé­moire col­lec­tive «qui, en les car­to­gra­phiant, ré­vèle la ma­nière dont nous sommes in­ti­me­ment liés. L’his­toire Queer est im­por­tante, et les aî­nés de la com­mu­nau­té sont in­vi­tés à ins­crire des ins­tants et des lieux im­por­tants pour notre mé­moire et notre his­toire col­lec­tives.»

«L’iden­ti­té queer existe par­tout dans le monde, in­siste Lu­cas. C’est une li­bé­ra­tion pour ceux qui peuvent ac­cé­der à ça»: pas de géo­lo­ca­li­sa­tion, pas de cour­riel, pas de pro­fil, juste des points et leurs mes­sages! L’ano­ny­mat était un pré­re­quis pour les per­sonnes vi­vant dans des ré­gions plus dan­ge­reuses pour les LGBT et les queer.

«Cette carte, Quee­ring­the­Map, montre que les per­sonnes queer existent et vivent par­tout dans le monde, loin et hors de la nor­ma­li­té nord-amé­ri­caine. Même si ces com­mu­nau­tés doivent com­po­ser avec les aléas re­li­gieux et po­li­tiques des pays où elles se trouvent, ce­la reste un vrai com­bat. Nous avons tort de pen­ser que la "Queer­ness" (la com­mu­nau­té queer) est plus avancée et mieux re­con­nue en Oc­ci­dent, sauf que vivre queer en Amé­rique du Nord, se traduit par une as­si­mi­la­tion hé­té­ro­nor­ma­tive contre la­quelle il faut lut­ter», com­mente-t-iel.

Ni homme ni femme, mais libre

«Plus jeune, même si mon en­tou­rage me di­sait gar­çon, je me voyais comme une pe­tite fille, ra­conte Lu­cas. Puis j’ai dé­cou­vert le mot gai. Outre l’at­ti­rance sexuelle, le mot gai est as­so­cié à un gars plus fé­mi­nin, mais ce mot m’a ai­dé à com­prendre que c’était dif­fé­rent pour moi. Le mot gai me dé­fi­nit comme un homme qui aime les hommes alors que je ne m’iden­ti­fie pas à ce­la. Ce mot est in­cor­rect et in­suf­fi­sant pour dé­fi­nir la per­sonne in­té­rieure.»

«On uti­lise sou­vent les pro­noms mas­cu­lins il et lui pour me dé­si­gner et j’ai l’im­pres­sion qu’on me parle de quel­qu’un d’autre. En uti­li­sant them ou iel, c’est comme si on s’adres­sait à moi di­rec­te­ment. On se sent plus libre en n’étant pas identifié homme ou femme. Avec le pro­nom per­son­nel iel, on est homme et femme en même temps.»

Ori­gi­naire de Geor­ge­town, près de To­ron­to, Lu­cas a 22 ans et deux frères. Iel est venu.e, pour étu­dier le de­si­gn à Con­cor­dia. «Pour mes pa­rents, ce fut tout un pro­ces­sus. C’est ma mère qui a ou­vert la dis­cus­sion au sein de la fa­mille. J’ai une fa­mille mer­veilleuse, ai­mante; je suis en­tou­ré de gens qui com­prennent la dis­cus­sion, mais ce­la leur a pris du temps. Très ou­verte, ma grand-mère a com­pris très vite l’en­jeu des pro­noms per­son­nels. Elle-même, par­fois, se sent comme un homme», a-t-elle confié un jour à Lu­cas.

LU­CAS LAROCHELLE Dans le cadre du fes­ti­val POP MONTRÉAL, il se­ra pos­sible de voir à la Ga­le­rie VAV de Con­cor­dia cer­taines oeuvres de Lu­cas Larochelle qui uti­lise le de­si­gn comme ou­til pour cri­ti­quer la culture contem­po­raine tout en of­frant des al­ter­na­tives pos­sibles.

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