Le stress, c’est bon ou non?

La Terre de chez nous - - LA UNE - GI­NETTE LA­FLEUR Doc­to­rante en psy­cho­lo­gie com­mu­nau­taire à l’UQAM NAN­CY LAN­GE­VIN Tra­vailleuse de rang dans Chau­dière-Ap­pa­laches

Comme bien d’autres choses, le stress est ai­dant à faible dose, mais nui­sible en ex­cès.

Dans une réunion où des sta­tis­tiques sur les ni­veaux de stress res­sen­tis par les agri­cul­teurs étaient pré­sen­tées, un par­ti­ci­pant avait af­fir­mé haut et fort : « Ne gas­pillez pas votre temps à par­ler de ça! C’est bon, le stress, on en a be­soin. » C’est vrai, mais c’est éga­le­ment faux… Trop, c’est comme pas as­sez. Lors­qu’il n’y a pas as­sez de stress, votre or­ga­nisme est sous-sti­mu­lé et fonc­tionne au-des­sous de ses ca­pa­ci­tés. Quand il y en a trop, votre corps est surs­ti­mu­lé et fonc­tionne par­fois jus­qu’à la sur­chauffe. Ça se pro­duit lors­qu’il y a trop de stress pen­dant trop long­temps.

Si, chaque jour, vous res­sen­tez de la ten­sion, le corps est constam­ment en train de mo­bi­li­ser de l’éner­gie pour la com­battre, par­fois jus­qu’à l’épui­se­ment de vos ré­serves. À long terme, la sol­li­ci­ta­tion conti­nuelle de vos hor­mones de stress en­traîne des ef­fets né­fastes sur votre san­té psy­cho­lo­gique et phy­sique. Des symp­tômes ap­pa­raissent alors pour vous pré­ve­nir que quelque chose cloche : dou­leurs à l’es­to­mac, maux de ventre, mèche courte, co­lère, in­som­nie, etc. Une lu­mière rouge « AT­TEN­TION » de­vrait s’al­lu­mer pour vous si­gna­ler un pro­blème de stress chro­nique.

Le stress ai­gu, c’est autre chose. Vous pour­riez ré­agir de la même fa­çon qu’en vous re­trou­vant face à face avec un lion. De­vant un dan­ger, le cer­veau sé­crète des hor­mones qui vont ai­der le corps à mo­bi­li­ser une grande quan­ti­té d’éner­gie pour com­battre la me­nace ou la fuir. Il se pour­rait donc que vous cou­riez plus vite que vous ne l’avez ja­mais fait de toute votre vie. Puis, votre stress di­mi­nue­rait lorsque vous vous re­trou­ve­riez en sé­cu­ri­té. Ce der­nier n’est pas mau­vais en soi, puis­qu’il sti­mule la sé­cré­tion d’hor­mones qui vont ai­der à faire face à une si­tua­tion ponc­tuelle.

Q C’est bien beau, la qua­li­té de vie, mais chez nous, ça cause des conflits. Pour son bien-être, notre re­lève veut que nous pro­cé­dions à l’ins­tal­la­tion d’un robot de traite, mais pour nous autres, ça veut dire prendre de l’ex­pan­sion, si­non ça ne se­rait pas ren­table. Nous de­vrions aus­si nous en­det­ter pas mal, alors que nous com­men­çons juste à souf­fler. Notre fils dit qu’il ne re­pren­dra pas la ferme s’il n’a pas ça.

R Le bien-être des uns n’est pas né­ces­sai­re­ment ce­lui des autres. Rap­pe­lez-vous lorsque vous aviez son âge. Quels étaient vos pro­jets? Comment étaient-ils per­çus par vos pa­rents? Est-ce que votre père était tou­jours d’ac­cord avec vous? Il trou­vait peut-être que vous n’étiez pas rai­son­nable. C’est nor­mal de ne pas avoir la même vi­sion du fu­tur que votre re­lève. Vous, vous pen­sez plu­tôt à ra­len­tir, tan­dis que votre re­lève a le vent dans les voiles. Com­pa­rez. Il y a cer­tai­ne­ment des choses qui vous ai­de­ront à com­prendre la po­si­tion de votre fils. Un pro­duc­teur nous ra­con­tait der­niè­re­ment que lorsque lui-même avait pris la re­lève de la ferme lai­tière fa­mi­liale, il avait ins­tal­lé un lac­to­duc, et son père trou­vait ça bien épou­van­table de faire une telle dé­pense. Au­jourd’hui, sa fille construit une nou­velle étable et fait l’ac­qui­si­tion d’un robot de traite. C’est la conti­nui­té de l’en­tre­prise.

Ce­la dit, il n’en de­meure pas moins que le pro­jet de votre re­lève vous im­plique fi­nan­ciè­re­ment. C’est nor­mal que les gros in­ves­tis­se­ments soient stres­sants et que vous ne vou­liez pas vous sur­en­det­ter. Vous avez tra­vaillé fort toute votre vie et vous ne vou­lez pas mettre votre re­traite en pé­ril. Afin de rendre le trans­fert plus at­trayant pour leur re­lève qui ré­clame plus de temps libre, beau­coup de pa­rents se re­trouvent dans ce même di­lemme. Nous re­vien­drons d’ailleurs sur ce su­jet la se­maine pro­chaine.

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