Une di­rec­trice qui a la flamme pour la fran­co­pho­nie

Le Carillon - - La Une - FRÉ­DÉ­RIC HOUNTONDJI fre­de­ric.hountondji@eap.on.ca

La di­rec­trice de l’École se­con­daire pu­blique Le Som­met de Haw­kes­bu­ry, Anne La­flamme, est par­mi les lau­réats 2018 de l’Ordre de la fran­co­pho­nie.

Anne La­flamme, di­rec­trice de l’École se­con­daire pu­blique Le Som­met de Haw­kes­bu­ry, at­teint un autre som­met en ac­cé­dant à l’Ordre de la fran­co­pho­nie de Pres­cott et Rus­sell.

La dis­tinc­tion lui se­ra of­fi­ciel­le­ment dé­cer­née le 24 mars pro­chain lors du Ban­quet de la fran­co­pho­nie, qui au­ra lieu à Em­brun. En lui re­met­tant ce prix, l’As­so­cia­tion ca­na­dienne-fran­çaise de l’On­ta­rio (ACFO) de Pres­cott et Rus­sell sou­ligne sa contri­bu­tion à « la vi­ta­li­té de la com­mu­nau­té fran­co­phone de Haw­kes­bu­ry de­puis plus de 20 ans », ain­si que son en­ga­ge­ment dans la réus­site de ses élèves.

« Anne La­flamme est une per­sonne aux qua­li­tés hu­maines re­mar­quables : com­pas­sion, dy­na­misme, amour des jeunes et per­sé­vé­rance », a dé­crit l’ACFO dans un com­mu­ni­qué.

C’est avec une grande sa­tis­fac­tion et beau­coup d’émo­tions que Mme La­flamme a ap­pris la nou­velle. Celle-ci lui a été an­non­cée la se­maine der­nière par Jean-Ma­rie Du­four, sur­in­ten­dant de l’édu­ca­tion du Con­seil des écoles pu­bliques de l’Est de l’On­ta­rio (CEPEO).

« Ça m’a fait énor­mé­ment chaud au coeur quand j’ai re­çu l’ap­pel. J’avais des larmes qui cou­laient sur mes joues. Je vous en parle et je de­viens émo­tive aus­si », a-t-elle dit, la voix cou­pée par un si­lence fort ex­pres­sif.

Elle pour­suit humble et se­reine : « Je ne suis pas une per­sonne qui aime les tro­phées. Je ne suis pas une per­sonne qui aime être en avant-plan. Je suis une per­sonne d’ac­tion qui vit plus dans l’ac­tion que sur des po­diums, mais ça m’a fait chaud au coeur de rem­por­ter (ce prix). De plus, je ne m’y at­ten­dais pas. Qu’on re­con­naisse ce que j’ai fait pour ma com­mu­nau­té et ce que j’ai peut-être fait pour nos jeunes, je trouve ça mer­veilleux. »

Na­tive de L’Orignal, où elle a fré­quen­té l’école pri­maire, Anne La­flamme a pour­sui­vi ses études se­con­daires à Haw­kes­bu­ry. Après le se­con­daire, elle s’est di­ri­gée vers l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa.

Elle a d’abord étu­dié en géo­gra­phie avant de se di­ri­ger vers la Fa­cul­té d’édu­ca­tion. Elle en est res­sor­tie avec une maî­trise en édu­ca­tion et en ad­mi­nis­tra­tion.

Une fois le di­plôme ob­te­nu, Mme La­flamme a en­sei­gné plu­sieurs an­nées avant d’ac­cé­der à une di­rec­tion ad­jointe, puis à la di­rec­tion de l’École se­con­daire pu­blique Le Som­met de Haw­kes­bu­ry en 2003.

Une fran­co­phone al­lu­mée

Anne La­flamme est une fran­co­phone al­lu­mée jus­qu’au bout des ongles. Rien ne l’ar­rête dans sa fougue conta­gieuse de pro­mou­voir la culture dans la­quelle elle baigne et la com­mu­nau­té qui l’a vue naître.

« Il faut prendre soin de notre langue. Je ne suis pas an­ti autre langue, au contraire, j’adore les langues. Toutes les langues sont une mu­sique à mes oreilles, sauf qu’il ne faut pas ou­blier qui on est et d’où on vient », a in­sis­té la lau­réate.

Afin d’ex­pli­quer son at­ta­che­ment à la langue fran­çaise, Mme La­flamme évoque l’amère ex­pé­rience qu’ont vé­cue ses pa­rents, deux fran­co­phones qui ont tra­vaillé fort toute leur vie. Sa mère, qui était coif­feuse, et son père, un homme d’af­faires, ont été contraints d’aban­don­ner leurs études, confron­tés à la bar­rière lin­guis­tique.

Sens du com­bat

« Ma mère a dû ar­rê­ter (d’al­ler à) l’école en neu­vième an­née parce qu’elle était dans une école de cam­pagne, où il y avait des élèves de la pre­mière à la hui­tième an­née. Pour al­ler au se­con­daire, elle de­vait faire toutes ses études en an­glais », a ex­pli­qué la di­rec­trice de l’école Le Som­met.

« Arrivés à l’école se­con­daire, même si les élèves étaient tous des fran­co­phones dans la classe, et même si l’en­sei­gnant était fran­co­phone, ils de­vaient par­ler en an­glais. Même les ma­nuels étaient en an­glais. Ma mère a dû lâ­cher l’école parce qu’elle ne com­pre­nait rien de ce que di­sait l’en­sei­gnant », s’est in­di­gnée Mme La­flamme.

Elle a alors pris la ferme ré­so­lu­tion de ne ja­mais su­bir ce sort in­jus­te­ment ré­ser­vé à ses pa­rents et de se battre jus­qu’au bout afin de faire res­pec­ter les va­leurs fran­co­phones dont elle est fière.

« C’est suite à tout ça que j’ai ju­ré : ‘Ja­mais je ne vou­drais qu’en tant que fran­co­phones on ait moins de droits.’ Donc à par­tir de là, c’était im­por­tant pour moi que mes élèves puissent non seule­ment vivre et par­ler en fran­çais, mais vivre la culture, vivre ce que c’est qu’être fran­co­phone jus­qu’au bout des doigts, au fond des tripes », a cla­mé la lau­réate.

Elle es­time qu’il est im­por­tant de prendre soin de la langue fran­çaise parce qu’elle est tou­jours me­na­cée. Elle s’in­quiète de l’om­ni­pré­sence de l’an­glais dans les ré­seaux so­ciaux et les té­lé­phones, ces moyens de com­mu­ni­ca­tion aux­quels sont ex­po­sés les jeunes.

« Il faut sen­si­bi­li­ser les jeunes et leur dire de faire at­ten­tion, lance-t-elle. Ap­pa­rem­ment qu’avec l’avè­ne­ment des mé­dias so­ciaux, d’ici 2050, on risque, en tant que fran­co­phones, de ne plus exis­ter. Cer­tains osent même dire que ça pour­rait être en 2025, mais ça, je n’ose pas le croire, ce n’est pas vrai. »

Ja­mais je ne vou­drais, qu’en tant que fran­co­phones on ait moins de droits.

—pho­to Fré­dé­ric Hountondji

Anne La­flamme, di­rec­trice de l’École se­con­daire pu­blique Le Som­met, avec une des em­ployées de l’éta­blis­se­ment, Ge­ne­viève Char­trand.

"Je ne suis pas une per­sonne qui aime les tro­phées. Je ne suis pas une per­sonne qui aime être en avant-plan. Je suis une per­sonne d’ac­tion qui vit plus dans l’ac­tion que sur des po­diums, mais ça m’a fait chaud au coeur de rem­por­ter..."

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