LES NON-COU­PABLES : LA TROUPE DU BON­HEUR

Le Carillon - - La Une - FRÉ­DÉ­RIC HOUNTONDJI fre­de­ric.hountondji@eap.on.ca

Dans la troupe des Non-cou­pables de L’Orignal, le théâtre ne per­met pas seule­ment aux uns de vivre leur pas­sion et aux autres de s’émou­voir ou de se ré­jouir de­vant de belles pres­ta­tions. Il est aus­si et sur­tout l’art de contri­buer au bien-être so­cial en ai­dant fi­nan­ciè­re­ment les or­ga­nismes com­mu­nau­taires à lut­ter contre la pau­vre­té. L’idée de faire du théâtre, un moyen d’amé­lio­rer les condi­tions de vie des plus dé­fa­vo­ri­sés de Pres­cott-Rus­sell, a ger­mé au sein de la troupe des Non-cou­pables en 2010, dans la fou­lée du 175e an­ni­ver­saire de l’église Saint-Jean-Bap­tiste de L’Orignal. « Ça a com­men­cé en 2010, lorsque Louise Bé­dard m’a ap­pro­ché parce que l’on cé­lé­brait le 175e an­ni­ver­saire de la pa­roisse et que l’on vou­lait pro­po­ser un pro­jet cultu­rel qui éma­nait de chez nous. Je de­meure ici, à L’Orignal, et j’ai dit : ‘Pour­quoi pas la pièce La der­nière

pen­dai­son’ ? J’ai té­lé­pho­né à mon ami Gilles Bé­lan­ger et j’ai com­men­cé à mon­ter La der­nière pen­dai­son en 2010 », a rap­pe­lé Guy Rou­leau. L’homme avait été un des prin­ci­paux ac­teurs des troupes de théâtre

Le Cercle Gas­con dans les an­nées 1980, et d’Hy­ra­dote.

Sa pièce parle de deux agri­cul­teurs qui ont de la dif­fi­cul­té à joindre les deux bouts du­rant la pé­riode de la grande dé­pres­sion en 1930. Ils en­gagent un jeune homme, du nom de Léo Bergeron, qui dé­cède lors d’un ac­ci­dent de tra­vail sur la ferme d’un des ac­cu­sés. Il est re­trou­vé sous une bat­teuse, le ventre per­fo­ré. On al­lègue qu’il a per­du le contrôle des che­vaux et ces der­niers sont pas­sés sur lui. Seule­ment voi­là, l’ex­per­tise mé­di­cale lé­gale ré­vèle des bles­sures dont cer­taines au­raient été pro­vo­quées par une fourche. Raoul SansC­ha­grins est alors ac­cu­sé d’avoir ache­vé la vic­time avec sa fourche, d’où le pro­cès en 1932 à la Prison de L’Orignal.

BÉ­NÉ­FICES À LA COM­MU­NAU­TÉ

L’oeuvre de M. Rou­leau, qui avait été lui-même tra­duc­teur-in­ter­prète pen­dant 35 ans dans les pa­lais de justice de l’Est on­ta­rien, revient non seule­ment sur un fait réel, mais se joue aus­si là où s’est dé­rou­lé le pro­cès, c’est-à-dire à l’An­cienne prison de L’Orignal.

Voi­là donc huit ans que la troupe des Non-cou­pables s’y pro­duit et re­met les bé­né­fices de ses spec­tacles à la com­mu­nau­té de Pres­cott-Rus­sell. Rien qu’en 2017, elle a ver­sé plus de 50 000 $ aux or­ga­nismes de bien­fai­sance de la ré­gion. C’est un sys­tème bien ro­dé, qui a été mis en place par des bé­né­voles dé­ci­dés à ai­der leur com­mu­nau­té. Lors­qu’ils ont un évènement, le co­mi­té de l’An­cienne Prison de L’Orignal s’oc­cupe de la vente des billets et de mon­ter la scène. Les co­mé­diens se concentrent sur la pièce à pro­duire, sa qua­li­té et sa pré­sen­ta­tion au pu­blic. Guy Rou­leau dé­clare que les dons que gé­nèrent leurs ac­ti­vi­tés sont gé­rés de fa­çon trans­pa­rente. « Quand tu paies ton billet 20 dol­lars, la par­tie qui revient à la troupe s’en va pour la Banque ali­men­taire de L’Orignal, par exemple. Il faut que je prouve que cet argent a été re­mis à la Banque ali­men­taire de L’Orignal. C’est pour ça que l’on af­fiche tous les dons que l’on a faits. Cette an­née, on a ache­té des col­liers d’as­sis­tance per­son­nelle aux per­sonnes âgées. On va éga­le­ment don­ner des mon­tants im­por­tants aux banques ali­men­taires de L’Orignal et de Haw­kes­bu­ry ain­si qu’à la cam­pagne des vê­te­ments de neige », a-t-il as­su­ré.

LE MOT D’ORDRE : EN­GA­GE­MENT

La pro­chaine ac­ti­vi­té de La troupe des Non-cou­pables au­ra lieu les 1er, 2, 8, 9, 15, 16, 22 et 23 juin à 20 h, à l’An­cienne Prison de l’Orignal, o ils joue­ront la pièce La der­nière pen­dai­son. France Di­nelle in­car­ne­ra le per­son­nage d’Agathe Le­doux, rôle qu’elle avait te­nu voi­là plus 20 ans dans la même pièce, lorsque la troupe s’ap­pe­lait en­core

Hy­ra­dote. « Le rôle, je l’ai joué 25 ans pas­sés. On était quatre dont Guy Rou­leau et Gilles Bé­lan­ger. Ils nous ont de­man­dé de re­faire la pièce, plus de 20 ans après, lors du 175e an­ni­ver­saire de la pa­roisse. Au dé­but, on jouait dans les écoles. On a réus­si à mettre une touche d’hu­mour dans une pièce dra­ma­tique », s’est fé­li­ci­tée Mme Di­nelle, qui ré­pète sa par­tie de La

der­nière pen­dai­son de­puis main­te­nant plus de 30 ans. On pou­vait ajou­ter aus­si Ri­cky Ben­nett et Syl­vain Joa­nisse. Cette lon­gé­vi­té dans le théâtre peut lais­ser croire à la ma­ni­fes­ta­tion d’une pas­sion bien an­crée. Chez Mme Di­nelle, le dé­sir de sou­te­nir sa com­mu­nau­té vaut plus que l’art qu’elle pra­tique.

« Je le fais sur­tout pour ai­der la com­mu­nau­té. Ce n’est pas la pas­sion du théâtre. Je n’ai ja­mais fait d’autres pièces, donc ce n’est pas la pas­sion du théâtre. Au­tant que l’aide à la com­mu­nau­té qu’on ap­porte, on ne gagne pas de sa­laire. On joue pour le plai­sir. Tout l’argent va à la com­mu­nau­té », a-t-elle mar­te­lé joyeu­se­ment.

Quant à Ma­non Rou­leau, elle se­ra pour la cir­cons­tance Ma­dame SansC­ha­grins. Dans l’équipe, elle aus­si est loin d’être née de la der­nière pluie. Il y a près de trois dé­cen­nies qu’elle se fau­file dans le se­cret de La der­nière pen­dai­son, qu’elle peut dé­sor­mais ré­ci­ter sur le bout des doigts, comme un cha­pe­let. Au dé­but, elle était res­pon­sable des cos­tumes des co­mé­diens, de leur ma­quillage et des dé­cors.

Sa plus grande fier­té au­jourd’hui, c’est d’ap­par­te­nir à une fa­mille. « J’ai com­men­cé il y a près de 30 ans. On est comme une pe­tite fa­mille, il y a une belle at­mo­sphère, c’est pour ça que d’an­née en an­née on revient », a-t-elle réa­li­sé, vi­si­ble­ment heu­reuse.

Sur scène, l’an­cien conseiller mu­ni­ci­pal de Haw­kes­bu­ry, Alain Fra­ser, di­ri­ge­ra le pro­cès. Ti­tu­laire d’une maî­trise en cri­mi­no­lo­gie, il se­ra le juge Pa­trick Ker­win, per­son­nage qu’il re­pré­sente de­puis quatre ans. Pour lui aus­si, c’est l’en­ga­ge­ment com­mu­nau­taire qui pré­vaut.

« C’est un rôle fort in­té­res­sant qui vient com­plé­ter la gamme d’im­pli­ca­tions com­mu­nau­taires que j’ai eue dans le pas­sé. C’est un bé­né­vo­lat fort in­té­res­sant et ce que j’aime énor­mé­ment est que l’argent est re­tour­né dans la com­mu­nau­té de Pres­cott et Rus­sell, à des or­ga­nismes à but non lu­cra­tif. C’est ça qui fait qu’on est in­té­res­sé à conti­nuer à jouer, parce que les gens re­con­naissent le bien-fon­dé de la pièce au ni­veau de son im­pli­ca­tion com­mu­nau­taire », a concé­dé M. Fra­ser. Jean Cuille­rier joue deux rôles, ce­lui de Léo Bergeron, re­trou­vé mort sous la bat­teuse, et ce­lui de gar­dien de prison. Ses tâches lui per­mettent bien des fantaisies : « J’aime dire que je vais prendre ma re­vanche sur les gars qui m’ont tué. C’est moi qui suis Léo Bergeron, ce­lui qui s’est fait tuer. C’est le fun. C’est va­lo­ri­sant. On le fait pour une bonne cause en même temps. On s’im­plique dans la com­mu­nau­té, on ra­masse des dons pour dif­fé­rents or­ga­nismes et on aime aus­si le théâtre », a re­con­nu can­di­de­ment M. Cuille­rier.

Tous les billets don­nant droit à un sou­per pré­théâtre, dans le cadre de la re­pré­sen­ta­tion de la pièce La

der­nière pen­dai­son, sont ven­dus, plus de deux se­maines avant l’évènement à l’An­cienne prison de L’Orignal. La pré­si­dente de l’an­cienne prison, Louise Bé­dard, l’a an­non­cé en marge de la ré­pé­ti­tion que la Troupe des Non­cou­pables a faite le 9 mai der­nier. « La vente des billets pour les sou­pers pré­théâtre est dé­jà com­plète, mais il reste en­core des billets pour la pièce seule­ment », a-telle ré­vé­lé. Pour ces re­pas, on a pré­vu un maxi­mum de 30 places à chaque spec­tacle, dans les blocs cel­lu­laires.

« Pour la pièce, on ac­com­mode 82 per­sonnes. Il y a dé­jà 30 per­sonnes par soir qui ont ache­té leur billet pour la pièce. Il y en a 52 autres qui vont ache­ter des billets ou qui ont dé­jà ache­té des billets pour un soir en par­ti­cu­lier, sans le sou­per », a dé­taillé Mme Bé­dard.

La troupe des Non-cou­pables est consti­tuée de 19 co­mé­diens bé­né­voles. Mme Bé­dard pré­cise que l’or­ga­ni­sa­tion des spec­tacles im­plique éga­le­ment les bé­né­voles du vil­lage.

—pho­to Fré­dé­ric Hountondji

On re­con­nait Guy Rou­leau, Gilles Bé­lan­ger, Jé­ré­mie Ro­zon, Jean Cuille­rier, Jacques Gour, France Di­nelle, Alain Fra­ser, Syl­vain Joa­nisse, Ro­nald Hand­field, Ma­non Rou­leau, Yvon Des­jar­dins, André Tes­sier. Ab­sents : Tris­tan Joa­nette, Vincent Des­jar­dins,...

pho­to Fré­dé­ric Hountondji

Ci-des­sus, Louise Bé­dard fai­sant le point sur la vente des billets. À gauche, une vue par­tielle de l’An­cienne prison de L’Orignal.

—pho­tos Fré­dé­ric Hou­tond­ji

Guy Rou­leau et Jean Cuille­rier en pleine ré­pé­ti­tion

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