Le Qué­bec, terre pro­mise des pro­duc­teurs

Les bas ta­rifs de l’élec­tri­ci­té at­tirent les pro­mo­teurs de l’ex­té­rieur, no­tam­ment de l’On­ta­rio

Le Devoir - - LA UNE - FRAN­ÇOIS DES­JAR­DINS

Le Qué­bec ne compte qu’un seul pro­duc­teur au­to­ri­sé de can­na­bis mé­di­cal pour l’ins­tant mais plu­sieurs pro­jets sont en cours de dé­ve­lop­pe­ment, dont cer­tains sont l’oeuvre de so­cié­tés de l’ex­té­rieur de la pro­vince at­ti­rées no­tam­ment par les ta­rifs d’élec­tri­ci­té.

Alors que le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois tient des consul­ta­tions sur l’éven­tuelle lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis à des fins ré­créa­tives par Ot­ta­wa, les pro­jets se pro­pagent, tant dans l’ag­glo­mé­ra­tion mont­réa­laise qu’ailleurs. À Sa­la­ber­ry-de-Val­ley­field, par exemple, un groupe on­ta­rien nom­mé The Green Or­ga­nic Dutch­man a mis la main sur un ter­rain de 3,2 mil­lions de pieds car­rés (300 000 mètres car­rés). La construc­tion de­vrait dé­bu­ter à l’au­tomne, a in­di­qué l’en­tre­prise la semaine der­nière.

«Les sites de TGOD sont stra­té­gi­que­ment si­tués en On­ta­rio et au Qué­bec, qui re­groupent 21,6 mil­lions de per­sonnes et se trouvent à proxi­mi­té des grands centres ur­bains, des aé­ro­ports et de la fron­tière amé­ri­caine», in­dique la so­cié­té dans un do­cu­ment d’in­for­ma­tion à l’in­ten­tion des in­ves­tis­seurs. «Les six États amé­ri­cains avoi­si­nants comptent 57 mil­lions de vi­si­teurs po­ten­tiels en ma­tière de tou­risme de can­na­bis ré­créa­tif. »

La com­pa­gnie, qui a jus­qu’ici ré­col­té plus de 40 mil­lions de dol­lars de la part d’in­ves­tis­seurs, a dé­jà mis en place le fi­nan­ce­ment pour des serres dans la ré­gion de Ha­mil­ton, en On­ta­rio. Mais se­lon ses dires, le Qué­bec, où elle ai­me­rait un jour pro­duire 100 000 kg de can­na­bis par an­née, a ce­ci de par­ti­cu­lier qu’il «offre un ap­pro­vi­sion­ne­ment éner­gé­tique par­mi les moins coû­teux au Ca­na­da, soit en­vi­ron 5 cents du kWh, ce qui des­cend à moins de 4 cents grâce aux in­ci­ta­tifs gou­ver­ne­men­taux». Aus­si, «les au­to­ri­tés lo­cales contri­buent à ac­cé­lé­rer et à sim­pli­fier les au­to­ri­sa­tions ré­gle­men­taires ».

L’ex­pan­sion de Ca­no­py

Un des gros joueurs de l’in­dus­trie ca­na­dienne, Ca­no­py Growth, connue pour son par­te­na­riat avec le rap­peur Snoop Dogg, at­tend pré­sen­te­ment l’au­to­ri­sa­tion de San­té Ca­na­da pour com­men­cer la culture dans un bâ­ti­ment de 7000

pieds car­rés (sur deux étages) qu’elle a ache­té près de Drum­mond­ville en 2016. L’ins­tal­la­tion ap­par­te­nait à Vert Mé­di­cal, qui avait fait une de­mande de li­cence, et a été com­plè­te­ment ré­no­vé. «L’élec­tri­ci­té est tel­le­ment moins chère ici qu’ailleurs. C’est un avan­tage dans le coût des pro­duits ven­dus », a dit Adam Green­blatt, chef des marques de l’en­tre­prise au Qué­bec. En prin­cipe, il en ré­sul­te­ra une ving­taine d’em­plois.

Ca­no­py, qui compte dé­jà plus de 600 em­ployés au Ca­na­da, «est tou­jours en train d’éva­luer d’autres oc­ca­sions», a dit M. Green­blatt. La com­pa­gnie dé­tient d’ailleurs une op­tion d’achat sur un ter­rain de 90 acres (365 000 mètres car­rés) à Saint-Lu­cien. «Ce n’est pas notre der­nier site», a-t-il ajou­té. «Au Qué­bec, c’est seu­le­ment notre pre­mier.»

Sur les 58 pro­duc­teurs au­to­ri­sés à l’échelle ca­na­dienne, un seul pos­sède un siège so­cial au Qué­bec, com­pa­ra­ti­ve­ment à 32 en On­ta­rio et 14 en Co­lom­bie-Bri­tan­nique. Si­tué à Mas­son-An­gers, un ar­ron­dis­se­ment de Gatineau tra­ver­sé par la ri­vière du Lièvre, Hy­dro­po­thi­caire a ob­te­nu sa li­cence en 2015 et a pris de l’ex­pan­sion ra­pi­de­ment pour ré­pondre à la de­mande du mar­ché mé­di­cal.

Long pro­ces­sus

Or un autre pour­rait bien­tôt suivre. À Le­bel­sur-Qué­vil­lon, l’en­tre­prise de Ke­ven Bois­vert, Écu­ries SiCi Stan, se trouve pré­sen­te­ment à la der­nière étape des vé­ri­fi­ca­tions de San­té Ca­na­da pour l’émis­sion d’une li­cence. Le tra­vail de ter­ras­se­ment vient d’ailleurs de com­men­cer sur le ter­rain où il va construire la serre. Le pro­ces­sus peut être long, pré­vient-il. « Il peut y avoir des an­nonces, mais la ques­tion qu’il faut tou­jours se po­ser, c’est “où en sont-ils ren­dus dans le pro­ces­sus ?” Ont-ils des ap­puis po­li­tiques, le zo­nage, est-ce que le conseil ap­puie?»

Plu­sieurs autres pro­jets ont été mis en branle au cours des der­niers mois : la conver­sion d’un bâ­ti­ment phar­ma­ceu­tique de Pointe-Claire, où la pro­duc­tion pour­rait com­men­cer d’ici la fin de 2017. Ce pro­jet du groupe al­ber­tain Au­ro­ra, qui s’af­faire aus­si à construire un site de 800 000 pieds car­rés à l’aé­ro­port d’Edmonton, est «presque ter­mi­né», a-t-il in­di­qué dans un ré­cent com­mu­ni­qué.

La construc­tion d’un site de pro­duc­tion à La­val par la so­cié­té MYM Nu­tra­ceu­ti­cals, qui mise aus­si sur un pro­jet de 15 serres à Wee­don, en Es­trie. Ce der­nier, qui a l’ap­pui du maire de Wee­don et de la MRC, com­prend éga­le­ment la construc­tion d’un «bâ­ti­ment mul­ti­fonc­tion­nel» re­grou­pant un centre d’in­ter­pré­ta­tion, un hô­tel, une école, un res­tau­rant et un centre de re­cherche sur le chanvre in­dus­triel.

la construc­tion d’un site de pro­duc­tion de 60 000 pieds car­rés à Loui­se­ville, en Mau­ri­cie où l’iden­ti­té du pro­mo­teur n’a pas en­core été dé­voi­lée.

L’ap­pa­rente mul­ti­pli­ca­tion des pro­jets n’est pas étran­gère au chan­ge­ment qui sur­vien­dra en 2018, dit la di­rec­trice gé­né­rale de l’As­so­cia­tion Can­na­bis Ca­na­da, Co­lette Ri­vet. «Pour avoir la ca­pa­ci­té né­ces­saire en vue de la lé­ga­li­sa­tion, les gens in­ves­tissent dans les ins­tal­la­tions. Aus­si, d’autres pays veulent le can­na­bis ca­na­dien, car il est de bonne qua­li­té et très ré­gle­men­té.»

JACQUES NA­DEAU LE DE­VOIR

À l’heure ac­tuelle, le Qué­bec compte un seul pro­duc­teur au­to­ri­sé de can­na­bis mé­di­cal, Hy­dro­po­thi­caire, dont les serres sont en Ou­taouais. Les choses pour­raient ra­pi­de­ment chan­ger avec la lé­ga­li­sa­tion de la ma­ri­jua­na ré­créa­tive.

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