Le Ca­na­da risque de dé­ce­voir ses par­te­naires

Le gou­ver­ne­ment Tru­deau n’of­fri­rait plus que du ma­té­riel et de la for­ma­tion

Le Devoir - - ACTUALITÉS - MA­RIE VASTEL Cor­res­pon­dante par­le­men­taire à Ot­ta­wa

Les al­liés de Jus­tin Tru­deau et les Na­tions unies re­par­ti­ront-ils bre­douilles de la confé­rence in­ter­na­tio­nale qu’ac­cueille Van­cou­ver sur les mis­sions de paix? Si les ru­meurs disent vrai, le gou­ver­ne­ment ca­na­dien n’an­non­ce­ra pas de mis­sion pré­cise mais of­fri­ra plu­tôt équi­pe­ment et for­ma­tion aux Casques bleus dé­ployés par ses par­te­naires sur le ter­rain. Ce qui en dé­ce­vrait plu­sieurs, pré­viennent les ex­perts, puisque Jus­tin Tru­deau avait lais­sé en­tendre qu’il dé­ploie­rait lui aus­si des cen­taines de mi­li­taires.

Les mi­nistres de la Dé­fense et re­pré­sen­tants de 70 pays réunis à Van­cou­ver de­puis mar­di de­vaient, pour par­ti­ci­per à la confé­rence, avoir pro­mis une contri­bu­tion aux mis­sions de main­tien de la paix ou s’ap­prê­ter à le faire lors de la ren­contre. Or le Ca­na­da s’y en­ga­ge­rait sim­ple­ment, se­lon la CBC, à mettre à dis­po­si­tion de l’ONU des hé­li­co­ptères ou des avions de trans­port pour sou­te­nir les mis­sions en cours, ou en­core à of­frir de la for­ma­tion aux Casques bleus.

«Je crois que cer­tains de nos al­liés se­ront dé­çus, parce qu’ils avaient été por­tés à croire que nous al­lions contri­buer à des mis­sions pré­cises», no­tait mar­di Da­vid Per­ry, ana­lyste en dé­fense à l’Ins­ti­tut ca­na­dien des affaires mon­diales.

À l’été 2016, le gou­ver­ne­ment Tru­deau pro­met­tait de dé­ployer jus­qu’à 600 sol­dats et 150 po­li­ciers au sein d’opé­ra­tions de paix de l’ONU. « Il est temps d’agir avec convic­tion et de ma­nière res­pon­sable comme un vrai ar­ti­san de la paix», plai­dait alors l’an­cien mi­nistre des Affaires étran­gères Stéphane Dion.

La pla­te­forme élec­to­rale du Par­ti li­bé­ral était moins am­bi­tieuse, pro­met­tant de mettre à la dis­po­si­tion de l’ONU, «sur une base de cas par cas, des moyens spé­cia­li­sés» de même que de «la for­ma­tion de la po­lice ci­vile». Un en­ga­ge­ment qui res­semble à l’an­nonce qui de­vrait être faite ce mer­cre­di, à en croire la CBC.

Mais de­puis la cam­pagne élec­to­rale, divers scé­na­rios avaient été pré­pa­rés pour le pre­mier mi­nistre pré­voyant des dé­ploie­ments au Ma­li, en Centrafrique, au Sou­dan du Sud ou en Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go. La dé­ci­sion en ce qui concerne ces pos­sibles mis­sions n’est ja­mais ve­nue, au fil de l’an­née 2016. Mais la pro­messe de dé­ployer des cen­taines de sol­dats et de po­li­ciers avait été en­ten­due par la communauté in­ter­na­tio­nale, qui at­ten­dait une contri­bu­tion du Ca­na­da, se­lon Jo­ce­lyn Cou­lon, cher­cheur au CERIUM, qui a été le conseiller du mi­nistre Dion.

« C’est ce qu’on a an­non­cé au monde en­tier »,a rap­pe­lé M. Cou­lon. Si les ru­meurs s’avèrent exactes, «ce se­ra dé­ce­vant», à son avis. «Et quelle se­ra la dif­fé­rence avec le gou­ver­ne­ment conser­va­teur ? » s’est-il de­man­dé en en­tre­vue.

Da­vid Per­ry note ce­pen­dant que près de 2000 sol­dats canadiens sont pré­sen­te­ment dé­ployés dans di­verses ré­gions de la pla­nète. Si Ot­ta­wa en en­voyait des cen­taines de plus en mis­sion de paix, le nombre to­tal de sol­dats dé­ployés se­rait sem­blable à ce­lui dé­ployé au plus fort de la mis­sion en Af­gha­nis­tan. « Et c’était un en­ga­ge­ment as­sez éprou­vant », a-t-il re­la­té.

Au mi­lieu des an­nées 2000, le gou­ver­ne­ment avait en outre eu à gé­rer la mise en oeuvre d’une ré­vi­sion de sa po­li­tique de dé­fense — nou­velles ac­qui­si­tions, re­cru­te­ment, etc. Le gou­ver­ne­ment Tru­deau a dé­voi­lé sa propre nou­velle mou­ture de la po­li­tique de dé­fense en juin. «S’il y avait une autre mis­sion opé­ra­tion­nelle d’en­ver­gure, l’armée se­rait sur­char­gée», de l’avis de M. Per­ry.

Les risques de dé­cès de sol­dats canadiens et les coûts d’une im­po­sante mis­sion de paix au­raient aus­si frei­né les am­bi­tions du gou­ver­ne­ment, se­lon lui.

Pour­tant, Ot­ta­wa n’a pas hé­si­té à en­voyer des sol­dats en Let­to­nie ou en Ukraine pour pro­té­ger la sou­ve­rai­ne­té des voi­sins de la Rus­sie, dé­plore Jo­ce­lyn Cou­lon. «Mais pour al­ler en Afrique, on di­rait qu’il n’y a plus de vo­lon­té po­li­tique, il n’y a plus de troupes et il n’y a plus d’ar­gent.»

M. Cou­lon s’ex­plique mal aus­si la peur de prendre part à une mis­sion de paix dan­ge­reuse. Car le pre­mier mi­nistre connais­sait les risques, a fait va­loir son an­cien conseiller en affaires étran­gères. «M. Tru­deau sa­vait très bien que ce ne sont plus des opé­ra­tions de main­tien de la paix de nos jours, mais des opé­ra­tions de paix. Et que dans ces opé­ra­tions de paix il y a des risques. »

DAR­RYL DYCK LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Le mi­nistre ca­na­dien de la Dé­fense, Har­jit Sa­j­jan, la se­cré­taire gé­né­rale de la Fran­co­pho­nie, Mi­chaëlle Jean, et le gé­né­ral à la re­traite Ro­méo Dal­laire ont par­ti­ci­pé mar­di à une séance avec des jeunes en­ga­gés en fa­veur de la paix dans le cadre de la confé­rence mi­nis­té­rielle de l’ONU sur le main­tien de la paix qui se tient à Van­cou­ver.

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