L’op­po­si­tion par­le­men­taire s’or­ga­nise dans un en­thou­siasme par­ta­gé

Le Devoir - - PERSPECTIVES - MAR­CO BÉ­LAIR-CI­RI­NO COR­RES­PON­DANT PAR­LE­MEN­TAIRE À QUÉ­BEC

La «ty­ran­nie de la ma­jo­ri­té», vous connais­sez ? a de­man­dé sans am­bages une jour­na­liste à la dé­pu­tée ré­élue Ge­ne­viève Guil­bault au len­de­main de la vic­toire élec­to­rale de la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec.

La crainte d’Alexis de Toc­que­ville de voir, dans La dé­mo­cra­tie en Amé­rique, une ma­jo­ri­té op­pri­mer une mi­no­ri­té ne sem­blait pas tour­men­ter la « porte-pa­role de la tran­si­tion vers le gou­ver­ne­ment [de la CAQ] ».

«Nous avons pris la dé­ci­sion, il y a dé­jà quelques dé­cen­nies, d’éri­ger une so­cié­té laïque. […] Nous avons été élus après avoir pro­mis des règles claires [sur le port de signes re­li­gieux] », a ré­pon­du Mme Guil­bault, l’air im­pas­sible, de­vant un ri­deau noir et quelques dra­peaux du Qué­bec le 3 oc­tobre der­nier.

La dé­pu­tée de Louis-Hé­bert a ré­ité­ré la vo­lon­té de l’équipe de Fran­çois Le­gault, qui a fait élire 74 can­di­dats sur 125 le 1er oc­tobre der­nier mais re­cueilli ― à peine 37,4% des voix de ― faire adop­ter par l’As­sem­blée na­tio­nale un pro­jet de loi sur la laï­ci­té de l’État vi­sant à in­ter­dire aux em­ployés de l’État en po­si­tion d’au­to­ri­té d’ar­bo­rer un signe re­li­gieux. Les droits fon­da­men­taux d’en­sei­gnants, de po­li­ciers, de pro­cu­reurs de la cou­ronne, de juges et de gar­diens de pri­son is­sus d’une mi­no­ri­té se­raient ain­si ba­foués, sont d’avis les dé­trac­teurs de cette me­sure.

La porte-pa­role de Qué­bec so­li­daire, Ma­non Mas­sé, ap­pelle M. Le­gault à se gar­der de « di­vi­ser » les Qué­bé­cois en lé­gi­fé­rant dans la pré­ci­pi­ta­tion pour ba­li­ser le port de signes re­li­gieux — même si QS n’y est pas op­po­sé, du moins sur pa­pier — pour plu­tôt les « unir […] der­rière la lutte [contre les] chan­ge­ments cli­ma­tiques ».

Ra­gaillar­dis par l’élec­tion de huit de leurs ca­ma­rades à l’As­sem­blée na­tio­nale, Ma­non Mas­sé et Ga­briel Na­deauDu­bois abordent leur se­cond man­dat dans l’op­po­si­tion au sein du « plus gros cau­cus de l’his­toire de Qué­bec so­li­daire », ce qui les ré­jouit.

En re­vanche, l’op­po­si­tion par­le­men­taire à la CAQ s’or­ga­nise dans un en­thou­siasme par­ta­gé au Par­ti li­bé­ral du Qué­bec et au Par­ti qué­bé­cois, dont plus d’un élu a res­sen­ti les ré­sul­tats du scru­tin du 1er oc­tobre der­nier comme un ca­mou­flet. Les chefs in­té­ri­maires du PLQ, Pierre Ar­cand, et du PQ, Pas­cal Bé­ru­bé, de­vront aus­si com­po­ser avec des membres de leur cau­cus dont l’at­ten­tion se dé­tourne dé­jà vers la course à la chef­fe­rie de leur par­ti po­li­tique res­pec­tif.

Plu­sieurs membres de la dé­pu­ta­tion li­bé­rale lorgnent dé­jà, sans se ca­cher, la suc­ces­sion de Phi­lippe Couillard. Par­mi eux, Do­mi­nique An­glade, An­dré For­tin et Sé­bas­tien Proulx cô­toie­ront quo­ti­dien­ne­ment les autres élus li­bé­raux et leur per­son­nel po­li­tique dès la ren­trée par­le­men­taire.

Bat­tu dans Châ­teau­guay, Pierre Mo­reau n’en­tend tou­te­fois pas se faire ou­blier des seize femmes et treize hommes, y com­pris des autres can­di­dats pres­sen­tis à la di­rec­tion du PLQ , qui for­me­ront l’op­po­si­tion of­fi­cielle à l’As­sem­blée na­tio­nale. Le mi­nistre de l’Éner­gie sor­tant a rap­pe­lé à la presse jeu­di que les an­ciens dé­pu­tés pou­vaient ac­cé­der sans dif­fi­cul­té à l’hô­tel du Par­le­ment ce qu’il n’a ―

pas ex­clu de faire au cours des pro­chains mois.

Le chef in­té­ri­maire du PQ, Pas­cal Bé­ru­bé, re­fu­sait de «ti­rer un trait» sur l’his­toire du Par­ti qué­bé­cois, qui a sou­li­gné son 50e an­ni­ver­saire sur un champ de ruines cette se­maine. « Non. L’his­toire se pour­suit. Nous conti­nuons avec l’es­prit des pion­niers de ce grand mou­ve­ment po­li­tique. Nous avons neuf dé­pu­tés, bien­tôt dix. Près de 700 000 per­sonnes nous ont don­né leur vote, un grand pro­jet pour les Qué­bé­cois, des idées concrètes et po­si­tives pour la vie quo­ti­dienne des gens, une riche his­toire et l’ave­nir entre nos mains », a dé­cla­ré le dé­pu­té de Ma­tane-Ma­ta­pé­dia dans le foyer du Par­le­ment mar­di. « Le rôle d’une op­po­si­tion, quelle qu’elle soit, c’est d’ou­vrir les portes de nos ins­ti­tu­tions à ces idées nou­velles, à ces cou­rants qui trans­forment la so­cié­té. C’est ce que je m’ap­pli­que­rai à faire. »

Pe­tit mo­ment de ré­jouis­sance : le PQ a ob­te­nu un 10e siège à l’As­sem­blée na­tio­nale au terme d’un dé­pouille­ment ju­di­ciaire des bul­le­tins de vote dans Gas­pé, jeu­di. Il ra­vi­ra le sta­tut de deuxième groupe d’op­po­si­tion à QS — dans la pers­pec­tive où la CAQ et le PLQ les re­con­naissent comme groupes par­le­men­taires.

En ef­fet, le PQ et QS ex­hortent la CAQ et le PLQ à les re­con­naître comme groupes par­le­men­taires, ce qui leur per­met­trait d’em­bau­cher plus d’at­ta­chés po­li­tiques et de bé­né­fi­cier de plus de temps de pa­role à l’As­sem­blée na­tio­nale. Pour un par­ti po­li­tique, « c’est le jour et la nuit », in­dique un em­ployé de QS.

Se­lon nos in­for­ma­tions, le chef in­té­ri­maire Pierre Ar­cand se­rait en­clin à ac­quies­cer à leur de­mande. Ce­la dit, c’est le cau­cus li­bé­ral qui tran­che­ra, ex­plique-t-on au De­voir à un mois de la ren­trée par­le­men­taire.

Chan­ge­ment de garde

La pre­mière séance de la « nou­velle » As­sem­blée na­tio­nale a été con­vo­quée pour le mar­di 13 no­vembre. Les dé­pu­tés de la 42e lé­gis­la­ture prê­te­ront ser­ment tout au long de la se­maine.

Le PLQ fai­sait place nette cette se­maine dans l’édi­fice Ho­no­ré-Mer­cier, qu’il oc­cupe de­puis l’élec­tion de l’équipe de Jean Cha­rest au prin­temps 2003 ― hor­mis le sé­jour de dix-huit mois de la pre­mière mi­nistre pé­quiste Pau­line Ma­rois. À l’ex­té­rieur, les ca­mions de Sh­red-It, une en­tre­prise of­frant des « ser­vices de des­truc­tion sûrs », sillon­naient la col­line Par­le­men­taire ces der­niers jours. Les fonc­tion­naires ré­cu­pé­raient le ma­té­riel prê­té au per­son­nel po­li­tique. Cer­tains ont dé­ployé un zèle hors du com­mun pour ter­mi­ner leur mis­sion bien avant la pas­sa­tion of­fi­cielle du pou­voir, a fait re­mar­quer un mi­nistre sor­tant.

La tran­si­tion s’opère.

Près de 700 000 per­sonnes nous ont don­né leur vote, un grand pro­jet pour les Qué­bé­cois, des idées concrètes et po­si­tives pour la vie quo­ti­dienne des gens, une riche his­toire et l’ave­nir entre nos mains

PAS­CAL BÉ­RU­BÉ

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