L’ours polaire a-t-il un GPS in­terne ?

Le Gaboteur - - BRÈVES - Agence Science-Presse/

Plu­sieurs ours po­laires sont ve­nus vi­si­ter l'île de Terre-Neuve en avril. Le 22 mars, l'un d'eux a éga­le­ment été ob­ser­vé à en­vi­ron 500 mètres de Saint-Au­gus­tin, un village de l'ex­trême Est du Qué­bec. Des per­sonnes in­ter­ro­gées sur place ont dé­cla­ré qu'il al­lait na­tu­rel­le­ment re­trou­ver son che­min parce que l'ours polaire se­rait do­té d'un « GPS in­terne ». Une dé­cla­ra­tion in­tri­gante, mais qui s'avère peu concluante, se­lon la re­cherche du Dé­tec­teur de ru­meurs de l'Agence Science-Presse.

L’ori­gine de la ru­meur

À Saint-Au­gus­tin, des vo­lon­taires à motoneige puis des agents de pro­tec­tion de la faune ont pous­sé l'ani­mal à s'éloi­gner et l'ont sui­vi jus­qu'à ce qu'il soit à 15 km du village, en route vers le nord. « Ils ont un com­pas ma­gné­tique en eux », a af­fir­mé à la CBC un ré­sident du village, en ré­fé­rence au fait que l'ani­mal s'en re­tour­ne­rait sim­ple­ment « chez lui ». « Ils sont comme do­tés d'un GPS » a éga­le­ment dé­cla­ré à Ra­dio-Ca­na­da, « à la blague », le sergent au mi­nis­tère de la Faune Mi­chel Ga­gnon.

Le sens de l’orien­ta­tion de l’ours : son odo­rat

Or, rien dans la littérature scien­ti­fique ne per­met d'af­fir­mer que l'ours polaire soit do­té d'un sens si­mi­laire à ce­lui qu'on prête aux oi­seaux mi­gra­teurs. En fait, bien qu'il soit ca­pable de par­cou­rir de grandes dis­tances, il n'est pas à pro­pre­ment par­ler un ani­mal mi­gra­teur : sur tout le pour­tour de l'océan Arc­tique — la Rus­sie, les pays scan­di­naves et le Ca­na­da — les bio­lo­gistes consi­dèrent que les ours po­laires sont di­vi­sés en 19 po­pu­la­tions, qui se mé­langent ra­re­ment entre elles.

Le ter­ri­toire de chasse d'un ours polaire ty­pique dé­pend plu­tôt des avan­cées et des re­culs de la ca­lotte gla­ciaire : il la par­court tant qu'elle lui per­met de se rendre là où il peut trou­ver son re­pas fa­vo­ri : le phoque. Comme on le sait, les glaces, tout comme les phoques, sont en abon­dance au­tour de l'île de Terre-Neuve.

Se pour­rait-il qu'un ani­mal trans­por­té par les glaces à une grande dis­tance de son ter­ri­toire de chasse, uti­lise son GPS in­terne pour re­trou­ver son che­min ? On n'en sait rien, nous a ré­pon­du par cour­riel le bio­lo­giste de l'Uni­ver­si­té de l'Al­ber­ta An­drew De­ro­cher, spé­cia­liste des ours blancs. « Nous ne sa­vons pas grand-chose, à part qu'ils ont une re­mar­quable ca­pa­ci­té à na­vi­guer. » Mais il reste que c'est d'abord par son odo­rat que l'ours s'oriente : il re­père ses proies et il peut aus­si, semble-t-il, dé­tec­ter la terre ferme lors­qu'il en est en­core à des ki­lo­mètres — un atout, lorsque les glaces fondent et qu'il lui faut pas­ser l'été sur le conti­nent ou sur une île.

Les dé­pla­ce­ments de l’ours sous ob­ser­va­tion

De­puis 2009, des fe­melles sont cap­tu­rées à proxi­mi­té de l'Alas­ka et mu­nies d'un col­lier qui per­met en­suite de les suivre par sa­tel­lite. On es­père ain­si en ap­prendre da­van­tage sur leurs dé­pla­ce­ments.

La té­lé­vi­sion bri­tan­nique, la BBC, rap­por­tait l'an der­nier qu'un ours polaire avait mis pied en Is­lande, à 500 mètres d'un village. On ne sau­ra ja­mais s'il au­rait été ca­pable de re­tour­ner à la nage au Groen­land, sa terre na­tale : il a été ra­pi­de­ment abat­tu.

Dans les Ter­ri­toires du Nord-Ouest ca­na­dien, rap­porte De­ro­cher, des ours po­laires sont éga­le­ment abat­tus quand ils s'ap­prochent trop d'un village. Là en­core, on ignore s'ils au­raient vrai­ment su où s'en re­tour­ner — et les ha­bi­tants de la ré­gion ne sont pas in­té­res­sés à ce qu'un ani­mal de 400 à 600 ki­los s'ha­bi­tue à fouiller dans leurs pou­belles.

Photo : Jessica An­drews

Cette photo d’un des ours po­laires ve­nus vi­si­ter Terre-Neuve ce prin­temps a fait fu­reur sur les ré­seaux so­ciaux. « L’ours en prière » a été cap­té à Wes­ley­ville, une com­mu­nau­té de la côte nord-est de Terre-Neuve.

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