Sur les traces de Ter­ry Fox

Le Gaboteur - - LA UNE - Ken­ny Gra­dy

At­teint d'un can­cer, l'os­téo­sa­crome, à l'âge de 17 ans, Guy Amal­fi­ta­no dit « le Kan­gou­rou », doit se faire am­pu­ter la jambe droite. Sur son lit d'hô­pi­tal, du­rant sa chi­mio­thé­ra­pie, il voit Ter­ry Fox à la té­lé­vi­sion en train de tra­ver­ser le Ca­na­da, et là, il réa­lise qu'il n'est pas in­va­lide pour au­tant : « D'ac­cord, j'ai une jambe en moins mais ce n'est pas la fin du monde. Je peux en­core réa­li­ser plein de choses! »

Ter­ry Fox est de­ve­nu son ins­pi­ra­tion, son men­tor, son hé­ros !

En mé­moire de cet homme, Guy rêve qu'un jour, il pour­ra ac­com­plir ce que Ter­ry n'a pu ter­mi­ner, « La tra­ver­sée de l'Es­poir » (The Cros­sing of Hope), relier St Jean de Terre Neuve à Van­cou­ver en cou­rant sur une jambe: 177 jours de course non-stop à rai­son d'un ma­ra­thon par jour soit 18000 cloche-pieds, sur une dis­tance de 7600 ki­lo­mètres! Rêve ou fo­lie? Sim­ple­ment un rêve qui est en train de de­ve­nir réa­li­té ....

Le Kan­gou­rou est donc par­ti de la ca­pi­tale de Terre-Neuve-etLa­bra­dor le 13 Mai et il de­vrait ar­ri­ver à Van­cou­ver le 6 No­vembre, jour de son an­ni­ver­saire!

Terre-Neuve, la par­tie de la plus dif­fi­cile

Son pé­riple a com­men­cé par une tra­ver­sée de Terre-Neuve plu­tôt dif­fi­cile : la pluie, la neige, le vent et des routes as­sez chao­tiques. Son pied mouillé et gla­cé pen­dant plu­sieurs jours d'af­fi­lée, il se re­trouve avec une énorme am­poule qui va de­ve­nir une plaie sur une bonne moi­tié du des­sous du pied. Il doit s'ar­rê­ter deux jours vers Cla­ren­ville pour se soi­gner et ci­ca­tri­ser un peu. La plaie tout juste re­fer­mée, il re­part mal­gré la dou­leur, et elle s'éter­ni­se­ra jus­qu'au Qué­bec ...... Il me di­ra plus tard : « Terre-neuve a été, pour l'ins­tant, la par­tie la plus dif­fi­cile de mon par­cours. Entre ma bles­sure, les condi­tions mé­téo, l'état des routes et ces côtes, les unes après les autres, qui n'en fi­nissent pas ..... »

Après l'avoir sui­vi sur son site web « La Tra­ver­sée de l'Es­poir », je pars ren­con­trer cet homme hors du com­mun entre Pa­sa­de­na et Cor­ner Brook. Un grand mo­ment pour moi, d'au­tant plus que nous sommes nés dans la même ville de France et la même an­née! Com­bien de chances avions-nous de nous ren­con­trer à Cor­ner Brook?

Et de fil en ai­guille, je leur pro­pose, à lui et à son as­sis­tant-chauf­feur Jean-Claude, d'ins­tal­ler le cam­ping-car dans notre jar­din pour la nuit et de par­ta­ger notre dî­ner. Là, ils me disent que JeanC­laude doit ren­trer en France pré­ma­tu­ré­ment pour des rai­sons per­son­nelles et qu'ils re­cherchent un nou­vel ac­com­pa­gnant dans les plus brefs dé­lais.

Et me voi­là, quatre jours après, à Port-aux-Basques, prête à plon­ger dans l'aven­ture!

Longues jour­nées

Les jour­nées du Kan­gou­rou com­mencent à 4 h 30, heure à la­quelle il doit man­ger un gâ­teau éner­gé­tique pour te­nir une bonne par­tie de la ma­ti­née. En­suite, pré­pa­ra­tion de l'iti­né­raire de la jour­née, compte ren­du de la veille avec l'agence char­gée de la com­mu­ni­ca­tion, mise en ligne des pho­tos, puis pe­tit-dé­jeu­ner et dé­part vers 6 h-6 h 30.

Par n'im­porte quel temps et quelle que soit sa condi­tion phy­sique, rien ne l'ar­rête! Je l'ai vu avoir des doutes, des en­vies d'aban­don par­fois, je l'ai vu souf­frir à chaque pas... mais son rêve de ter­mi­ner cette tra­ver­sée est plus fort que tout! Pour­quoi? Pour re­mer­cier Ter­ry Fox, cet homme qui lui a per­mis de fran­chir les obs­tacles que la vie lui a im­po­sés. Quelle le­çon!

Après une tren­taine de ki­lo­mètres, c'est la pause re­pas et re­pos. Et oui, il faut re­prendre des forces quand même! Al­lez, plus qu'une di­zaine de ki­lo­mètres et c'est la fin de l'étape! (vers 18 h 30/19 h) Si on la chance de trou­ver un cam­ping aux alen­tours, on s'y ins­talle, si­non, on stoppe au meilleur en­droit pos­sible pour pas­ser une bonne nuit ....

Ren­contres

Les jour­nées se suivent ain­si et sont ponc­tuées de ren­contres avec des per­sonnes très émues et sen­sibles à ce que Guy est en train d'ac­com­plir: cer­taines qui ont vu pas­ser Ter­ry Fox au même en­droit, d'autres confron­tées di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment au can­cer, des gens cu­rieux qui se de­mandent pour­quoi Guy s'est lan­cé dans une telle aven­ture, des per­sonnes gé­né­reuses qui n'hé­sitent pas à faire des dons même si elles n'ont que quelques sous en poche, c'est vrai­ment énorme !

Un exemple? Cette grand-mère au­toch­tone, son fils nous avait ren­con­tré la veille sur la route et la voi­là, le ma­tin sui­vant, nous re­joi­gnant avec comme ca­deau un cap­teur de rêves qu'elle a spé­cia­le­ment confec­tion­né pour Guy et elle me dit : « C'est pour le mon­sieur qui court, pour que son rêve se réa­lise ain­si que tous les autres! » Que de mo­ments pleins d'émo­tion et de larmes aus­si par­fois!

La phrase que j'ai en­ten­due le plus sou­vent est: « Cet homme est une ins­pi­ra­tion! C'est exac­te­ment ce que l'on res­sent quand on croise le che­min d'un homme comme Guy. Il est une Ins­pi­ra­tion, un exemple pour nous tous : un homme de coeur, une vo­lon­té à toute épreuve, un ath­lète de haut ni­veau .....

Le 25 août der­nier, son rêve est de­ve­nu réa­li­té lors­qu'il s'est pros­ter­né, en larmes, de­vant la sta­tue de Ter­ry Fox à Thun-

der Bay, un mo­ment unique et in­ou­bliable! Il m'a confié: « Jus­qu'à cet en­droit pré­cis, j'ai cou­ru aux cô­tés de Ter­ry, je l'ai sui­vi pas à pas. Main­te­nant, je dois conti­nuer tout seul car Ter­ry s'est ar­rê­té là...mais sa force et son cou­rage se­ront avec moi jus­qu'au bout! » Et oui Guy, main­te­nant , il est temps d'écrire ta propre Histoire, tu ne suis plus Ter­ry, c'est lui qui te suit main­te­nant .....

Sor­tir gran­die

En pre­nant le vo­lant de ce cam­ping-car, j'étais loin de m'ima­gi­ner à quel point cette aven­ture se­rait pas­sion­nante et en­ri­chis­sante. En sui­vant Guy, j'ai ap­pris le sens des mots per­sé­vé­rance. Ab­né­ga­tion. to­lé­rance, gé­né­ro­si­té et le dé­pas­se­ment de soi-même. On ne peut que res­sor­tir gran­di de cette ex­pé­rience.

Mer­ci Guy! Tu es un Grand Mon­sieur! Force et Cou­rage jus­qu'à Van­cou­ver!

Pho­to : Aude Pi­doux

Dé­part de Guy Amal­fi­ta­no à St.John’s, le 13 mai 2017.

Pho­to : Laë­ti­tia Rat­tier

Froid, pluie, grands vents, état des routes, côtes et bles­sures : Terre-Neuve a été sans pi­tié.

Pho­to: Ma­ry Koop

Guy Amal­fi­ta­no à Thun­der Bay, le 25 août 2017

Pho­to : Ken­ny Gra­dy

Su­per ac­cueil or­ga­ni­sé à la der­nière mi­nute par la mai­rie de Po­hé­né­ga­mook, au Qué­bec.

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