ENTRE UNE LARME ET UN SOU­RIRE

PA­RIS | Toots Thie­le­mans est confor­ta­ble­ment ins­tal­lé dans le sa­lon de sa ré­si­dence de Bruxelles, en Bel­gique, lors­qu’il ré­pond à mon ap­pel, of­fi­cia­li­sant ain­si un ren­dez-vous té­lé­pho­nique qui avait été or­ches­tré de­puis Mon­tréal. À quelque 300 ki­lo­mètres

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE - Va­nes­sa Gui­mond VA­NES­SA.GUI­MOND@JOUR­NALMTL.COM

« La mu­sique, c’est ma vie », dé­clare sim­ple­ment Toots Thie­le­mans, avant d’écla­ter de rire.

Lorsque ce gui­ta­riste, pia­niste et har­mo­ni­ciste vous dit que la mu­sique, c’est toute sa vie, n’al­lez pas croire qu’il donne dans le fi­gu­ré. C’est à l’âge de trois ans, dans le ca­fé que te­nait son père, à Bruxelles, que Jean-baptiste Thie­le­mans dé­montre ses pre­miers signes d’in­té­rêt pour la mu­sique. Dans sa bas­si­nette, il imite l’ac­cor­déo­niste qui se pro­duit ré­gu­liè­re­ment dans l’éta­blis­se­ment, au grand plai­sir des clients. C’est à ce mo­ment que son père dé­cide de le faire jouer.

Quelques an­nées plus tard, c’est un film de Lar­ry Ad­ler qui lui fe­ra dé­cou­vrir l’har­mo­ni­ca, qu’il ran­ge­ra quelques an­nées au pro­fit de la gui­tare, qu’il a éga­le­ment ap­prise en au­to­di­dacte. L’har­mo­ni­ca, que l’on consi­dé­rait comme un jouet, à l’époque, re­vien­dra ce­pen­dant dans la vie du mu­si­cien, « conta­mi­né » par le jazz grâce à un al­bum de Louis Arm­strong, ache­té dans les an­nées 1940. El­la Fitz­ge­rald, Quin­cy Jones, Char­lie Par­ker, Ben­ny Good­man, Jo­ni Mit­chell et Billy Joel ne sont que quelques exemples des ar­tistes avec qui le mu­si­cien, de­ve­nu Toots Thie­le­mans, tra­vaille­ra, par la suite.

« Ce­la fait plus de 60 ans que j’es­saie d’être un mu­si­cien de jazz, créa­tif, a af­fir­mé ce­lui qui dit avoir été mar­qué par des mu­si­ciens comme Bill Evans et Ja­co Pas­to­rius. Au­jourd’hui, j’écoute les jeunes mu­si­ciens. J’es­saie de res­ter dans le pe­lo­ton. Je dois dire qu’en Bel­gique, il y a une belle re­lève. Moi, je suis le vieux ton­ton qu’on aime en­core bien. »

Au­jourd’hui, le mu­si­cien qui est « à l’aube de ses no­nante » (ses 90 ans) se dit ho­no­ré d’avoir été choi­si comme co­pré­sident d’hon­neur de la 13e édi­tion de Mon­tréal en lu­mière, qui rend hom­mage à la Bel­gique.

« J’ai deux for­mi­dables sou­ve­nirs de Mon­tréal. Le pre­mier, en 1995 (qu’il pro­nonce dix-neuf cent no­nante-cinq) et l’autre, en 2005. Cette an­née-là, j’ai joué avec Ken­ny Wer­ner... An­dré Mé­nard (co­fon­da­teur du Fes­ti­val de jazz de Mon­tréal) nous a don­né un coup de vi­ta­mine en lais- sant Pat Me­the­ny jouer un ou deux mor­ceaux avec nous. C’était ex­tra­or­di­naire ! »

LA MU­SIQUE, UNE VI­TA­MINE

Lors du concert d’ou­ver­ture de Mon­tréal en lu­mière, qu’il as­su­re­ra en com­pa­gnie de son fi­dèle com­plice Ken­ny, son « oreille droite », Toots Thie­le­mans pro­met de rendre hom­mage à Jacques Brel, ar­tiste belge qui se­ra éga­le­ment ho­no­ré à l’oc­ca­sion d’un grand spec­tacle pré­sen­té à la Mai­son sym­pho­nique, le 22 fé­vrier.

« Je n’ai ja­mais joué avec lui, mais j’ai joué Ne me quitte pas, pour la pre­mière fois il y a 20 ans, peu de temps après sa mort, a-t-il ra­con­té. Je vais jouer cette chan­son à Mon­tréal, puisque c’est la seu- le qui me per­met de chan­ter les mots avec mon ins­tru­ment. »

Quant à sa pas­sion qui brûle tou­jours, le mu­si­cien dit l’en­tre­te­nir en étu­diant, en conti­nuant de peau­fi­ner son art.

« La mu­sique, c’est ma vi­ta­mine, mon vice, mon ob­ses­sion. La mu­sique est tel­le­ment im­por­tante. Je suis un sé­nior, si je peux dire, mais ça va tou­jours. J’évite un peu les grands voyages et les longues tour­nées, mais je suis tou­jours aus­si pas­sion­né », af­firme-t-il avant de jouer quelques notes de Ne me quitte pas dans le com­bi­né, signe qu’il fai­sait son en­tre­vue ins­tru­ment en main. Im­pos­sible de ne pas être ému à cette image, ni de res­ter in­sen­sible au son de cette mu­sique.

« Ça donne la larme à l’oeil, non ? »

En ef­fet. Et ça nous fait éga­le­ment réa­li­ser à quel point la phrase I feel best in that lit­tle space bet­ween a smile and a

tear (je me sens bien dans ce pe­tit es­pace entre un sou­rire et une larme), énon­cé fé­tiche de l’har­mo­ni­ciste, ex­prime à mer­veille la sen­si­bi­li­té avec la­quelle il pra­tique son art.

« C’est un jour­na­liste, il y a plu­sieurs an­nées, qui m’avait de­man­dé où je me sen­tais réel­le­ment à la mai­son. Entre une larme et un sou­rire, c’est ce que je lui avais ré­pon­du. »

Toots Thie­le­mans se­ra en concert, le 16 fé­vrier, au Théâtre Mai­son­neuve de la Place des Arts. Il tra­vaille en ce mo­ment sur sa bio­gra­phie.

Toots Thie­le­mans est co­pré­sident d’hon­neur de la 13e édi­tion de

Mon­tréal en lu­mière, qui au­ra lieu du 16 au 26 fé­vrier.

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