LE PA­RI FOU DE MAR­TIN VILLE­NEUVE

Le jeune ci­néaste Mar­tin Ville­neuve se dou­tait bien que réa­li­ser un film de science-fic­tion au Qué­bec ne se­rait pas chose simple. Mais il était bien loin de croire que ce pro­jet fou l’oc­cu­pe­rait si in­ten­sé­ment pen­dant six ans de sa vie.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers MAXIME.DE­MERS@JOUR­NALMTL.COM

Au mo­ment où vous li­sez ces lignes, Mar­tin Ville­neuve — jeune frère du réa­li­sa­teur d’in­cen­dies, De­nis Ville­neuve — a en­fin mis la touche fi­nale à son pre­mier long mé­trage, Mars et Avril, une adap­ta­tion de ses deux pho­tos-ro­mans du même titre. Lui-même a du mal à y croire…

« C’est un peu sur­réa­liste de pen­ser que c’est fi­ni, ad­met le réa­li­sa­teur qui s’est lan­cé dans cette aven­ture longue et ar­due en 2006.

« Je pense que je vais m’en rendre compte quand les gens ne m’ap­pel­le­ront plus pour me faire ap­prou­ver telle ou telle chose. C’est sûr que je res­te­rai en­core quelques mois dans l’uni­vers de Mars et

Avril. Il y a l’af­fiche à faire, puis la pro­mo­tion. C’est comme un très gros ac­cou­che­ment…

« Mais au point où j’en suis, la plus grosse réus­site est de l’avoir ter­mi­né. Peu im­porte en­suite comment les gens per­ce­vront le film. La plus grande réus­site, pour moi, est d’avoir réus­si à le fi­nir. Je peux pas­ser à une autre his­toire… »

On ren­contre Mar­tin Ville­neuve dans un stu­dio de Mon­tréal où il ter­mi­nait alors la post­pro­duc­tion de Mars et Avril. Fier et fé­brile, le ci­néaste nous montre quelques ex­traits de ce film de scien­ce­fic­tion cam­pé dans un Mon­tréal fu­tu­riste et réunis­sant à l’écran Jacques Lan­gui­rand, Robert Le­page, Paul Ah­ma­ra­ni et Caroline Dha­ver­nas.

« Si on m’avait dit tout ce que j’au­rais à tra­ver­ser, je ne l’au­rais ja­mais fait au dé­part, ad­met-il.

« C’était vrai­ment de la naï­ve­té. Plus la pro­duc­tion se dé­ve­lop­pait, plus le pro­jet gros­sis­sait. Mais ce n’est pas comme si j’avais un pro­duc­teur hol­ly­woo­dien qui avait des moyens illi­mi­tés. Le pro­jet vou­lait gros­sir, mais nos moyens res­taient li­mi­tés. »

RE­PAR­TIR À ZÉ­RO

Le tour­nage du film a dé­bu­té au prin­temps 2009 et s’est éche­lon­né sur une ving­taine de jours. Mar­tin Ville­neuve a pas­sé les douze mois sui­vants à mon­ter son film.

Jusque-là, tout al­lait bien. Mais Ville­neuve s’est vite aper­çu qu’il n’avait pas les moyens d’en­trer en post­pro­duc­tion pour ter­mi­ner le film.

Le long mé­trage a donc été ré­éva­lué, pour être en­suite re­fi­nan­cé.

« Il y avait de gros en­jeux, ra­conte Ville­neuve. Il fal­lait trou­ver les bonnes per­sonnes pour m’ai­der à fi­nir le film. Et re­trou­ver l’éner­gie qu’on avait au dé­but. Tout ce­la a fait que ç’a été plus long. Mais avec le re­cul, je constate que cette épreuve m’a per­mis de tra­vailler avec Vi­sion Glo­bale (firme mont­réa­laise spé­cia­li­sée en ef­fets spé­ciaux) et d’al­ler cher­cher d’autres par­te­naires. Pour le film, ç’a été une bonne chose. Mais pour moi, ç’a été sou­vent pé­nible. »

Pen­dant cette an­née consa­crée au re­fi­nan­ce­ment de son film, Mar­tin Ville­neuve est al­lé cher­cher l’ap­pui d’autres pro­duc­teurs (Pierre Even et Marie-claude Pou­lin de Item 7, Anne-marie Gé­li­nas de EMA Films). Robert Le­page a aus­si contri­bué au fi­nan­ce­ment et Té­lé­film Ca­na­da a ma­jo­ré son in­ves­tis­se­ment. Ré­sul­tat : le bud­get du film est pas­sé de 1,2 M$ à 2,3 M$.

« Les tech­ni­ciens ont ac­cep­té d’être payés en dif­fé­ré, les ac­teurs aus­si. Vi­sion Glo­bale a ac­cep­té de faire les ef­fets spé­ciaux à une frac­tion du prix. C’est une ques­tion de ti­ming. Si j’étais al­lé voir Vi­sion Glo­bale après mon tour­nage, ils n’au­raient pas pu m’ai­der. Je suis ar- ri­vé au bon mo­ment, alors qu’ils ve­naient de faire le film amé­ri­cain Up­side

Down, ce qui leur per­met­tait d’avoir les moyens de m’ai­der.

« Le fait d’of­frir un des pre­miers films de science-fic­tion au Qué­bec a aus­si ai­dé le film de se concré­ti­ser. Les gens avaient en­vie de par­ti­ci­per au pro­jet pour pou­voir contri­buer à cette aven­ture. »

550 PLANS D’EF­FETS

Le ci­né­ma qué­bé­cois avait dé­jà ef­fleu­ré la science-fic­tion à quelques re­prises dans le pas­sé (dans Truffe de Kim Nguyen, dans IXE-13 de Jacques God­bout ou en­core Dans le ventre du dra­gon de Yves Si­mo­neau). Mais Mars et Avril est le pro­jet qué­bé­cois le plus am­bi­tieux du genre à ce jour.

« La dif­fé­rence avec Mars et Avril, c’est la quan­ti­té d’ef­fets vi­suels, in­dique Ville­neuve.

« Le film qué­bé­cois qui avait le plus d’ef­fets vi­suels avant Mars et Avril de­vait en avoir sur en­vi­ron 100 plans. Nous, on a 550 plans d’ef­fets, ce qui est l’équi­valent d’un gros film amé­ri­cain, pré­cise Mar­tin Ville­neuve. Le film amé­ri­cain Up­side Down avait sen­si­ble­ment le même nombre de plans d’ef­fets, mais avec un bud­get de 40 M$. Nous, le bud­get du film est de 2,3 M$. Ça donne une idée du dé­fi… »

Le film Mars et Avril pren­dra l’af­fiche plus tard en 2012.

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