UNE JEUNE FILLE EN EN­FER

Miss Ba­la

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Liz Braun Agence QMI

Après son ins­crip­tion à un concours de beau­té, une jeune femme de Ti­jua­na voit les portes de l’en­fer s’ou­vrir sou­dai­ne­ment de­vant elle, dans Miss Ba­la, un drame sur l’uni­vers mexi­cain de la drogue, de la vio­lence et de la cor­rup­tion.

Ins­pi­ré de faits vé­cus, Miss Ba­la (tra­duc­tion libre : « Miss Mu­ni­tion ») ra­conte l’his­toire de Lau­ra (Ste­pha­nie Sig­man), une ado­les­cente qui manque ses cours, un jour, pour s’en­rô­ler dans la com­pé­ti­tion Miss Ba­ja Ca­li­for­nia. Elle s’y rend avec sa meilleure amie, Su­zu ; après leur ins­crip­tion au concours, les deux jeunes filles entrent dans une boîte de nuit louche, tout près, sur l’in­sis­tance du co­pain me­na­çant de Su­zu. Dès le dé­but, l'at­mo­sphère est lourde de me­naces, qui se concré­tise ra­pi­de­ment lorsque Lau­ra est té­moin d’une fu­sillade entre gangs ri­vaux. Plu­sieurs per­sonnes sont tuées sur place. L’iden­ti­té des ti­reurs et des vic­times, de même que les mo­biles des as­sas­si­nats, de­meurent flous et la no­tion de « bons » et de « mé­chants » s’érode pro­gres­si­ve­ment, plus on s’en­fonce dans l’his­toire. D’un cô­té comme de l’autre de la loi, les pro­ta­go­nistes sont cor­rom­pus jus­qu’à la moelle.

Lau­ra le constate à ses dé­pens, lors­qu’elle se rend au poste de po­lice pour connaître le sort de son amie Su­zu, après la fu­sillade. Le po­li­cier à qui elle s’adresse livre Lau­ra di­rec­te­ment entre les mains du gang res­pon­sable des meurtres de la boîte de nuit.

La si­tua­tion, de­ve­nue in­sou­te­nable, ne fe­ra pour­tant qu’em­pi­rer.

Le pa­tron des ban­dits, Li­no (Noe Her­nan­dez), s’in­té­resse à Lau­ra. Au lieu de la li­qui­der, il l’oblige à ser­vir de chauf­feur et de re­ce­leuse. Elle est ra­pi­de­ment plon­gée dans un monde où règne une vio­lence tou­jours crois­sante. In­ci­dem­ment, ses nou­veaux « amis » ont le pou­voir de tout contrô­ler dans leur mi­lieu, même les concours de beau­té. Lau­ra se re­trouve donc à l’avant-scène de la com­pé­ti­tion Miss Ba­ja Ca­li­for­nia, mais cette fois, contre son gré. Ses seules pré­oc­cu­pa­tions sont de pro­té­ger son père et son pe­tit frère de la vio­lence de ces truands et, si pos­sible, de s’en ti­rer vi­vante.

Mais qui sont ces ban­dits ? Dès que nous pen­sons avoir cer­né leur iden­ti­té, l’his­toire change lé­gè­re­ment de cap et sou­dai­ne­ment, nous ne sommes plus sûrs de rien.

ÉTAT DE TER­REUR CONFUSE

Miss Ba­la est une his­toire sur les po­li­ciers, les cri­mi­nels et le tra­fic de drogue au Mexique. Au vu de la cor­rup­tion en­dé­mique, des in­nom­brables ca­davres qui s’em­pilent et de l’at­mo­sphère sau­vage et sans loi qui règne dans la ré­gion, il se­rait lé­gi­time d’ap­pe­ler ce­la un film d’hor­reur.

Ste­pha­nie Sig­man campe une Lau­ra qui tente de sur­vivre et qui ne cherche plus à com­prendre ce qui va se pas­ser ; le spec­ta­teur est main­te­nu dans le même état de ter­reur confuse. Miss Ba­la, un film en es­pa­gnol, avec sous-titres en an­glais, a été pré­sen­té à Cannes, en 2011, et a consti­tué la meilleure can­di­da­ture mexi­caine pour un long-mé­trage étran­ger, aux pro­chains Os­cars.

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