J’ AILONG TEMPS VÉCUSOUS MA CLOCHE DEVERRE

Do­mi­nic Cham­pagne a l’ha­bi­tude des grands hon­neurs. L’in­dus­trie et le gou­ver­ne­ment ont sa­lué ses ta­lents d’au­teur et de met­teur en scène à plu­sieurs re­prises de­puis ses dé­buts dans le mé­tier, au mi­lieu des an­nées 1980. Masques, Gémeaux, Gas­con-roux, Ordre

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Marc-an­dré Le­mieux Le Jour­nal de Mon­tréal

L’homme de théâtre a vu sa col­lec­tion s’agran­dir cette se­maine lors­qu’on l’a pro­cla­mé Ar­tiste pour la paix 2011 en rai­son de son en­ga­ge­ment dans une cam­pagne contre l’ex­ploi­ta­tion et l’ex­plo­ra­tion ir­res­pon­sables des gaz de schiste dans la Belle Pro­vince. « C’est la pre­mière fois que je re­çois un prix pour autre chose que ma car­rière ar­tis­tique », dit-il en en­tre­vue.

De son propre aveu, Do­mi­nic Cham­pagne n’a pas tou­jours été un ci­toyen d’ex­cep­tion. « J’ai long­temps vé­cu sous ma cloche de verre. J’ai te­nu mon théâtre à bout de bras et j’ai éle­vé mes trois en­fants », dé­clare-t-il. L’ar­ri­vée des ga­zières dans la val­lée du Saint-laurent a mar­qué son éveil. « Je me suis sen­ti in­ter­pel­lé. Sou­dai­ne­ment, ça se pas­sait sur le ter­ri­toire que j’ha­bi­tais de­puis 25 ans », ex­plique-t-il.

De­puis ce temps, Do­mi­nic Cham­pagne mi­lite in­ten­sé­ment pour la pro­tec­tion de l'in­té­rêt pu­blic face au dé­ve­lop­pe­ment de l’in­dus­trie du gaz de schiste au Qué­bec. Sa fer­veur est si grande qu’après quelques mi­nutes de dis­cus­sion, il prend les com­mandes de l’en­tre­tien pour mi­trailler son mes­sage. « L’uti­li­sa­tion de nos res­sources na­tu­relles doit en­traî­ner un par­tage de la ri­chesse et non un ap­pau­vris­se­ment, in­siste-t-il. Je sens qu’on pour­rait ti­rer une plus grande part des pro­fits de l’ex­ploi­ta­tion des sables bi­tu­mi­neux et de l’ex­ploi­ta­tion mi­nière. »

« Je ne veux pas me po­si­tion­ner contre le dé­ve­lop­pe­ment ; c’est bien qu’on uti­lise nos ri­chesses. Mais il faut s’as­su­rer que cette ex­ploi­ta­tion pro­fite à tout le monde », ajoute-t-il.

Pour Do­mi­nic Cham­pagne, il n’y a plus une mi­nute à perdre. « C’est urgent. C’est main­te­nant que ça se joue, c’est main­te­nant que les deals se font, que les trai­tés se signent, que les per­mis se né­go­cient », af­firme-t-il.

UN PRIN­TEMPS QUÉ­BÉ­COIS

Dé­si­rant pas­ser de la pa­role aux actes, Do­mi­nic Cham­pagne lance une mo­bi­li­sa­tion pour le di­manche 22 avril, Jour de la Terre. Il in­vite les gens à des­cendre dans la rue pour cé­lé­brer « un prin­temps qué­bé­cois ».

« Pour­quoi se faire un prin­temps ? Parce qu’on peut faire mieux, ré­pond-il. Les Égyp­tiens ont pris la place pu­blique pour mettre Mou­ba­rak de­hors. Les Tu­ni­siens ont fait pa­reil avec Ben Ali. Et les Li­byens avec Kadhafi. Ici, on vit dans une des so­cié­tés les plus pri­vi­lé­giées au monde. Les in­éga­li­tés entre les riches et les pauvres sont moins criantes que par­tout ailleurs. On peut être très fier de ça. Mais il faut s’as­su­rer que ça conti­nue. »

Cham­pagne sou­haite que son ini­tia­tive at­tire plu­sieurs di­zaines de mil­liers de per­sonnes. « Je parle d’un pe­tit prin­temps… à notre ma­nière, tran­quille. Il ne s’agit pas de sor­tir pis d’al­ler cas­ser des vi­trines », dit-il.

UN SAUT EN PO­LI­TIQUE ?

Do­mi­nic Cham­pagne croyait avoir rem­por­té une pe­tite vic­toire en mars 2011 quand Qué­bec a an­non­cé qu’il n’au­to­ri­se­rait au­cun nou­veau fo­rage sans consul­ta­tion pu­blique. Mais il a re­pris le com­bat après avoir réa­li­sé qu’au­cun ci­toyen ne fai­sait par­tie du co­mi­té d’éva­lua­tion en­vi­ron­ne­men­tal que le gou­ver­ne­ment ve­nait de créer.

« Je ne suis pas grand-chose d’autre qu’un ar­tiste dans la vie. Pour me faire en­tendre, je n’ai pas les mêmes moyens que les po­li­ti­ciens et les hommes d’af­faires. J’ai juste mon point de vue d’hon­nête homme », dit-il.

Quand on lui de­mande s’il songe à aban­don­ner le mé­tier d’ar­tiste pour se lan­cer en po­li­tique, Do­mi­nic Cham­pagne s’es­claffe: « La po­li­tique, ce n’est pas trop pour moi. J’ai ten­dance à dire vrai­ment ce que je pense. Je pense que les par­tis n’ap­pré­cie­raient pas ma li­ber­té de pa­role. Même si je suis un au­teur, je suis un gars prag­ma­tique: je sais comment dea­ler avec la réa­li­té. Mais je ne crois pas que je se­rais très à l’aise dans un contexte par­ti­san. »

Do­mi­nic Cham­pagne pro­met tou­te­fois de conti­nuer à vé­hi­cu­ler ses idées à tra­vers son oeuvre. « Il y a tou­jours eu un cer­tain conte­nu po­li­tique à mes spec­tacles, dit-il. Je pense entre autres à Ca­ba­ret neiges noires… ou en­core Love ! Même là, le n’ai pas pu m’em­pê­cher de flir­ter Pour de plus amples in­for­ma­tions sur l’ap­pel à tous de Do­mi­nic Cham­pagne, ren­dez-vous au 22avril.org. La liste des per­son­na­li­tés qui ont été sa­crées Ar­tiste de la paix : Da­niel La­voie (1998), An­drée La­cha­pelle (1989), Ri­chard Sé­guin (1990), Si­monne Mo­netC­har­trand (1991), Gilles Trem­blay (1992), Ar­mand Vaillan­court (1993), Florent Vol­lant et Alex Ma­gri­ni (1994), Marie-claire Sé­guin (1995), Gi­nette Noi­seux (1996), Clown sans fron­tières (1997), Jo­sée Lam­bert (1998), Mar­quise Le­page (1999), Mar­celle Fer­ron (2000), Jean-claude Cô­té (2001), Mar­tin Du­ck­worth (2002), Ka­ren Young (2003), My­ra Cree (2004), Luc Pi­card (2005), Wa­j­di Moua­wad (2006), Dan Bi­gras (2007), An­nie Roy et Pierre Al­lard (2008).

avec l’as­pect ré­vo­lu­tion­naire des Beatles et le dis­cours en­ga­gé de John Len­non. »

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