DEUX NO­MI­NA­TIONS EN DEUX ANS

Le Journal de Montreal - Weekend - - OSCARS 2012 -

L’ex­ploit n’est pas né­gli­geable. Pour une se­conde an­née d’af­fi­lée, les pro­duc­teurs Luc Dé­ry et Kim Mc­Craw, de la boîte mi­cro_­scope, ont vu un de leurs films ob­te­nir une no­mi­na­tion pour l’os­car du meilleur film en langue étran­gère.

Maxime De­mers Le Jour­nal de Mon­tréal

Après avoir vé­cu l’ex­pé­rience pour la pre­mière fois l’an pas­sé avec In­cen­dies de De­nis Ville­neuve, les deux pro­duc­teurs mon­tréa­lais fou­le­ront donc de nou­veau le ta­pis rouge des Os­cars, de­main soir, cette fois-ci pour ac­com­pa­gner le Mon­sieur Laz­har de Phi­lippe Fa­lar­deau.

« Je crois qu’il y a quelque chose qui tient du ha­sard du fait que deux de nos films se rendent là deux an­nées de suite, in­dique Luc Dé­ry, en en­tre­vue au Jour­nal.

« C’est sûr qu’on s’est pin­cés, le ma­tin ou on a ap­pris la no­mi­na­tion de Mon­sieur Laz­har, ajoute sa com­plice, Kim Mc­craw.

« De voir qu’on avait été choi­sis deux an­nées de suite, on s’est trou­vés pas mal win­ners !, lance-t-elle en riant.

Les deux pro­duc­teurs ont tou­jours cru au po­ten­tiel du qua­trième long mé­trage de Phi­lippe Fa­lar­deau, Mais ils ad­mettent qu’ils n’au­raient ja­mais cru au dé­part que le film se ren­drait aus­si loin.

« Mon­sieur Laz­har est un très beau film, très tou­chant, mais qui est plus sobre et simple que In­cen­dies, ob­serve Dé­ry.

« On sen­tait que le film pou­vait re­joindre un pu­blic plus large. Mais de là à faire l’una­ni­mi­té dans la presse, les cri­tiques et le pu­blic par­tout ou le film passe, ça nous a pris par sur­prise.

Il y a d’abord eu les deux prix au Fes­ti­val de Lo­car­no (en Suisse), là où le film a été lan­cé en pre­mière mon­diale. Puis est arrivé un mois plus tard ce­lui du meilleur film ca­na­dien au Fes­ti­val de To­ron­to.

« Je di­rais que c’est là qu’on s’est ren­du compte que le film pour­rait al­ler plus loin qu’on le pen­sait, si­gnale Dé­ry.

« Mon­sieur Laz­har était quand même en com­pé­ti­tion contre des films comme Ca­fé de Flore et A Dan­ge­rous Me­thod (de Da­vid Cro­nen­berg)… Je com­men­çais à me dire qu’il y avait quelque chose qui se pas­sait que je n’avais pas pu ve­nir. »

LE F RUIT D’UNE LONGUE COL­LA­BO­RA­TION

Cette no­mi­na­tion aux Os­cars a quelque chose de spécial pour Luc Dé­ry qui tra­vaille avec Phi­lippe Fa­lar­deau de­puis plus de dix ans. Il a pro­duit son pre­mier long mé­trage (La moi­tié gauche du frigo, en 2000) alors qu’il tra­vaillait à la com­pa­gnie Quatre par Quatre.

Dé­ry a par la suite fon­dé la boîte mi­cro_­scope avec la­quelle il a pro­duit les trois longs mé­trages sui­vants de Fa­lar­deau ( Con­go­ra­ma, C’est pas moi, je le jure ! et Mon­sieur Laz­har).

« J’étais ex­trê­me­ment content l’an­née pas­sée avec In­cen­dies, mais je dois dire qu’il y a un pe­tit quelque chose de spécial de re­vivre ce­la cette an­née avec Phi­lippe », ad­met Dé­ry.

« Phi­lippe est de­ve­nu un ami, ajoute Kim Mc­craw qui s’est jointe à mi­cro_­scope peu de temps après sa créa­tion. Quand on fait un film, c’est sou­vent un pro­ces­sus qui dure deux ans, au moins. C’est notre 4e film avec Phi­lippe, donc, on a fait beau­coup de che­min avec lui. »

La pro­duc­trice ra­conte en riant la ré­ac­tion de Fa­lar­deau quand il a ap­pris la mise en no­mi­na­tion de son film, le mois der­nier.

« On était dans un cha­let à Park Ci­ty (en Utah) pour le fes­ti­val de Sun­dance et on re­gar­dait l’an­nonce des no­mi­na­tions sur In­ter­net. En en­ten­dant « from Ca­na­da », Phi­lippe est par­ti à cou­rir et a sau­té dans les bras de Luc. À ce mo­ment pré­cis, c’est comme s’il avait huit ans et de­mi. C’était tel­le­ment beau à voir ! Je n’ou­blie­rais ja­mais cette image-là.

« Phi­lippe le mé­rite tel­le­ment. Il tra­vaille si fort et est si sou­cieux des films qu’il fait. Il ne tient pas à faire du box-of­fice, mais il veut que ça ré­ponde à un cer­tain pu­blic. Il avait été un peu dé­çu avec C’est pas moi, je le jure ! et il ne com­pre­nait pas vrai­ment pour­quoi le film n’avait pas da­van­tage re­joint les gens. Le suc­cès de Mon­sieur Laz­har l’a donc ras­su­ré dans son art. On était très contents pour lui. »

BON POUR LA SUITE

Cette se­conde pré­sence aux Os­cars en deux ans at­tire for­cé­ment les pro­jec­teurs sur le tra­vail ef­fec­tué par les deux pro­duc­teurs mon­tréa­lais de mi­cro_­scope. Leurs pro­chains films - dont Inch’al­lah d’anaïs Bar­beau-la­va­lette - pour­raient donc en bé­né­fi­cier.

« Je crois que les gens vont être in­té­res­sés de sa­voir ce qu’est notre pro­chain film, note Kim Mc­craw. Il y a une pe­tite lu­mière sur nous en ce mo­ment et il faut en pro­fi­ter pen­dant que ça passe. »

« En même temps, c’est le film qui doit faire ses preuves, nuance Luc Dé­ry. Il n’y a pas un dis­tri­bu­teur qui va ache­ter Inch’al­lah parce que c’est le nou­veau film des pro­duc­teurs de In­cen­dies et Mon­sieur Laz­har. Mais c’est sûr que ça fait en sorte qu’il y a une cu­rio­si­té à l’en­droit de nos pro­chains films. » √ Il a été beau­coup ques­tion du bud­get de Mon­sieur Laz­har la se­maine der­nière quand une ani­ma­trice du ré­seau an­glo­phone Sun News a ju­gé que le film coû­tait trop cher aux contri­buables. Or, il est in­té­res­sant de no­ter qu’avec un bud­get mi­nime de 3,7 M$, Mon­sieur Laz­har est, avec le film ira­nien Une sé­pa­ra­tion, le titre le moins coû­teux des cinq longs mé­trages en lice pour le prix du meilleur film en langue étran­gère.

PHO­TO D’AR­CHIVES

Les pro­duc­teurs Luc Dé­ry et Kim Mc­craw re­tournent aux Os­cars pour une se­conde an­née d’af­fi­lée.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.