Albert Millaire À PEINE ÂGÉ DE 77 ANS

En ajou­tant ses quatre an­nées d’études de jeune ac­teur, on peut dire qu’il y a 60 ans que le co­mé­dien Albert Millaire ap­prend des rôles par coeur. Et à 77 ans, la­mé­moire tient en­core le coup. Il pré­sente en­core sur scène son one man show.

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Agnès Gau­det AGNES.GAU­DET@JOUR­NALMTL.COM

À le voir bien droit, sans un che­veu blanc et presque sans rides, dif­fi­cile à croire qu’albert Millaire a 77 ans. On lui en don­ne­rait fa­ci­le­ment vingt de moins. Son se­cret, il a du mal à le cer­ner lui-même. Un peu de chance, des bons gènes et sur­tout... ré­ci­ter des poèmes tous les ma­tins pour ai­der la mé­moire, un conseil qu’il donne à tout le monde.

Un peu plus tard au cours de l’en­tre­vue, alors que la ser­veuse du res­to où nous sommes at­ta­blés lui ap­porte une belle bière brune, il ajoute en riant : « Un ca­fé le ma­tin, une bière le mi­di et le reste de la jour­née du Cha­blis ! (un fa­meux vin de France) »

De bons gènes, Albert Millaire en a peut-être. Quoique, pas tant que ça. Il y a douze ans, il a souf­fert d’un can­cer de l’oe­so­phage, au­quel il a sur­vé­cu. Il en parle ou­ver­te­ment au­jourd’hui, pour que d’autres per­sonnes at­teintes de la même ma­la­die sachent qu’on peut s’en sor­tir et « pour té­moi­gner qu’il y a tou­jours de l’es­poir », dit-il.

De­puis, le co­mé­dien n’a plus souf­fert de rien du tout, si ce n’est de ce qu’il ap­pelle « le syn­drome de la femme en­ceinte. »

« Quand une co­mé­dienne dé­cide d’avoir un en­fant, on en parle dans les jour­naux et tout à coup, plus per­sonne ne l’ap­pelle pour un rôle, ex­plique-t-il en riant. Ils se disent : « Pas main­te­nant, elle est en­ceinte. » Mais la co­mé­dienne est en­ceinte très long­temps, pour­suit-il. Son en­fant a six ans, il entre à l’école et les gens disent en­core : « Pas elle, elle est en­ceinte ! »

C’est la même chose quand on a été ma­lade. Les gens se de­mandent : « Il est pas mort, lui ? »

VOIR SA GUEULE

Et bien non, il n’est pas mort. Même si on n’a pas vu Albert Millaire dans un rôle prin­ci­pal à la té­lé de­puis près de 25 ans, il joue tou­jours ré­gu­liè­re­ment sur scène, no­tam­ment avec son propre one man show, Mes amours de per­son­nages. Il est bien vi­vant et en forme.

La der­nière fois qu’on l’a vu dans un té­lé- ro­man, c’était dans Le Vol­can tran­quille de son ami Pierre Gau­vreau. De­puis, il n’a fait que des pe­tites ap­pa­ri­tions, ici et là. Si bien qu’albert Millaire plai­sante en di­sant qu’il est sur le point de se ra­ser les che­veux et de por­ter des lu­nettes fu­mées, pour jouer des rôles de gang­sters.

« Les gens ne me connaissent pas, dit-il. Et au ci­né­ma, on t’en­gage pour ta gueule. Alors s’ils ne vous ont ja­mais vu... »

Mais le co­mé­dien ne s’en plaint pas trop. La pro­duc­trice De­nise Robert, lui offre à l’oc­ca­sion des pe­tits rôles au ci­né­ma comme dans Au­rore et An­dré Ma­thieu, l’en­fant pro­dige.

« Ça me garde dans le mé­tier, dit-il, et ça me per­met d’al­ler aux pre­mières du film pour ren­con­trer mes chums du mé­tier. »

BOU­TEILLE D’EAU ET LU­TRIN

Et puis, le co­mé­dien se re­prend sur les planches, sur­tout avec son spec­tacle Mes amours de per­son­nages, le one man show qu’il a lui-même créé et qu’il bo­ni­fie de­puis des an­nées, un spec­tacle où il re­donne vie à plu­sieurs per­son­nages qu’il a eu le bon­heur d’in­ter­pré­ter au cours de sa car­rière. Ce spec­tacle trans­pire son amour des grands clas­siques, les Sha­kes­peare, Cor­neille, Ra­cine, Jean de La Fon­taine et plu­sieurs autres.

« C’est un show à l’amé­ri­caine, pré­ci­set-il tou­te­fois, je ra­conte les grands textes comme on ra­conte des films de cow-boys.

« J’im­pro­vise, je ré­cite des poèmes, je fais des ex­traits de tra­gé­dies, je ra­conte des his­toires, j’éta­blis des com­pa­rai­sons avec le monde mo­derne et... je m’amuse énor­mé­ment. »

Reste que le dé­fi est bien présent. Albert Millaire se re­trouve seul sur scène de­vant le pu­blic, avec sa bou­teille d’eau, son lu­trin et ses textes. (Il se­ra au Théâtre du Centre Se­gal, à Mon­tréal, le 3 mars.)

« J’ai peur pres­qu’à chaque fois, avoue-t-il bien hum­ble­ment, parce que ce n’est ja­mais le même pu­blic et je ne sais ja­mais exac­te­ment comment l’abor­der.

« Le trac est tou­jours là. Que vou­lez-vous, je suis seul sur scène ! »

Albert Millaire a trou- vé la so­lu­tion. Il aborde les spec­ta­teurs de la fa­çon la plus simple, en im­pro­vi­sant une in­tro­duc­tion se­lon le pu­blic qu’il a de­vant lui. Lui qui s’en te­nait au­pa­ra­vant ri­gou­reu­se­ment aux textes, s’est dé­cou­vert avec ce spec­tacle, un ta­lent d’im­pro­vi­sa­teur. Albert Millaire se­ra au Théâtre du Centre Se­gal, pour un soir seule­ment, le sa­me­di 3 mars à 20 h 30 avec son spec­tacle Mes amours de per­son­nages. Une di­zaine de fois par an­née, Albert Millaire pré­sente une version de Mes amours de per­son­nages au Ren­dez-vous du thé, de la rue Fleu­ry. Une au­to­bio­gra­phie du même nom, Mes amours de per­son­nages, sur la vie et la car­rière du co­mé­dien a été pu­bliée l’an der­nier.

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