va­cances

Haï­ti

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND -

La plage d’aka­ba Bay, à l’île à Vache.

Bien dif­fi­cile d’ou­blier l’am­pleur du dé­sastre cau­sé par le trem­ble­ment de terre du 12 jan­vier 2010 en Haï­ti et la dé­so­la­tion qui l’a sui­vi.

Deux ans plus tard, le mi­nis­tère du Tou­risme en­tame un pro­gramme dont l’ob­jec­tif prin­ci­pal est de don­ner une autre image du pays et de mon­trer que le tou­risme est dé­sor­mais pos­sible, mais éga­le­ment sou­hai­table. Pour ce­la, un nou­veau lo­go co­lo­ré et af­fi­chant la joie de vivre et une in­vi­ta­tion aux tours opé­ra­teurs et aux jour­na­listes à dé­cou­vrir les mul­tiples tré­sors de ce pays qui ne se ré­sume pas à Port-au-prince.

« Quoi, tu vas à Haï­ti ? Je trouve ça hon­teux. C’est du voyeu­risme ! », m’ont lan­cé cer­tains amis et col­lègues. Pour eux, vi­si­ter Haï­ti c’est se re­paître du mal­heur qui a frap­pé le peuple.

S’il est vrai que le pays conserve en­core de pro­fondes ci­ca­trices, aus­si bien dans ses struc­tures que dans le coeur de ses ha­bi­tants, que l’on res- sent un ma­laise à s’at­ta­bler dans un bon res­tau­rant alors que la dé­so­la­tion est en­core bien pré­sente, il n’en de­meure pas moins que, con­trai­re­ment à ce que l’on pour­rait croire, les tou­ristes y sont es­pé­rés. Pas seule­ment pour leur ap­port fi­nan­cier, mais éga­le­ment parce que leur pré­sence dans les hô­tels et les res­tau­rants per­met la créa­tion d’em­plois.

Alors, tou­risme voyeur ou tou­risme so­li­daire ?

« Tou­risme so­li­daire », a ré­pon­du sans au­cune hé­si­ta­tion Didier Bou­lard, dont l’hô­tel Port Mor­gan, si­tué sur l’île à Vache, ac­cueille chaque an­née de nom­breux Qué­bé­cois. Dans ce havre de paix qui sur­plombe la mer, le chaos de Port-auP­rince semble faire par­tie d’un autre monde.

Ras­su­rée par ce cri du coeur, j’ob­serve dé­sor­mais d’un autre oeil tous ces res­ca­pés qui vivent en­core dans des abris de for­tune en terre bat­tue et en tôle, même si ma gorge se serre par­fois de­vant les en­fants à de­mi nus, les femmes sur­char­gées ou les hommes qui dé­placent les pierres à main nue. J’ose re­gar­der leurs yeux et j’y vois des sou­rires et une main ten­due pour sou­hai­ter la bien­ve­nue.

Du coup, une pen­sée étrange me gagne : comment se fait-il que per­sonne ne men­die, chose pour­tant cou­rante dans de nom­breux pays pauvres qui n’ont pas été frap­pés par la tra­gé­die haï­tienne ? En ef­fet, en une se­maine com­plète de cir­cuits à tra­vers le pays, ja­mais on ne m’a de­man­dé de sous et l’on ac­cep­tait même vo­lon­tiers de se faire pho­to­gra­phier.

DES TRÉ­SORS MÉ­CON­NUS

Peuple at­ta­chant, mar­qué par un lourd pas­sé, les Haï­tiens sont fiers de leur his­toire. À Port-au-prince, deux en­droits mé­ritent d’être vi­si­tés : le Mu­sée du pan­théon na­tio­nal haï­tien (MUPANAH) et le Mu­sée de la canne à sucre. Dans les deux cas, on se fa­mi­lia­rise avec le lourd hé­ri­tage lais­sé par l’es­cla­vage.

En dé­lais­sant le centre-ville de Port-au-prince, ses bons res­tau­rants et ses hô­tels d’af­faires, on prend la di­rec­tion de la côte des Ar­ca­dins, un sec­teur flo­ris­sant dans les an­nées 1980, où même le Club Med avait ré­qui­si­tion­né la plus belle plage.

Bien que dé­lais­sé par les tou­ristes, le sec­teur a bien été conser­vé et les char­mants hô­tels que l’on y trouve n’ont rien à en­vier à leurs voi­sins des Ca­raïbes. Men­tion spéciale à

l’hô­tel Mou­lin sur mer et à son mu­sée pri­vé Ogier-fom­brun qui com­plète ma­gni­fi­que­ment la vi­site du MUPANAH. Men­tion éga­le­ment au Club In­di­go, l’an­cien Club Med dé­sor­mais ac­ces­sible à tous, et au Wa­hoo Bay Beach, sym­pa­thique lieu de ren­dez-vous de la jeu­nesse.

Sur la route, ar­rêt obli­ga­toire à Nouailles, où des ar­ti­sans tra­vaillent la tôle bat­tue pour en faire des oeuvres d’art qui ont même réus­si à at­ti­rer l’at­ten­tion de la sty­liste amé­ri­caine Don­na Ka­ran.

Alors que les ama­teurs d’his­toire choi­sissent la vi­site de Fort Drouet, dé­cou­vert de­puis seule­ment 2009, d’autres partent à l’as­saut de la cres­son­nière, une ex­pé­di­tion por­teuse d’images in­ou­bliables mon­trant Haï­ti comme un vé­ri­table pa­ra­dis ter­restre où ver­dure, fleurs, eau et fruits se dis­putent l’es­pace.

DU NORD AU SUD

Que l’on parte vers le sud, vers la ville de Jac­mel, ou au nord, vers Cap-haï­tien, les pro­jets de ré­fec­tion sont lé­gion et de­vraient prendre quelques an­nées. On veut ré­no­ver les édi­fices co­lo­niaux, re­faire les routes (une né­ces­si­té), or­ga­ni­ser des cir­cuits en na­ture, amé­lio­rer les in­fra­struc­tures pour re­ce­voir les ba­teaux de croi­sière et fa­ci­li­ter les vols in­ter­na­tio­naux.

Bref, on at­tend le tou­riste et on dé­sire ab­so­lu­ment lui mon­trer qu’haï­ti n’a pas qu’un vi­sage de misère, mais qu’il pos­sède de nom­breux tré­sors, comme ses jo­lies plages, ses pe­tites criques iso­lées, ses chutes d’eau, ses cas­cades, ses pe­tites villes co­lo­niales, sa mer qui hé­site entre le bleu, l’éme­raude ou le tur­quoise, son im­po­sante ci­ta­delle, ses forts char­gés d’his­toire, ses sanc­tuaires vau­dou, ses mon­tagnes, ses îles, mais, sur­tout, son peuple fier et ac­cueillant.

Haï­ti ne se ré­sume pas à Port-au-prince et aux ci­ca­trices du trem­ble­ment de terre. Haï­ti est aus­si un pays ma­gni­fique qu’il faut se don­ner la peine de par­cou­rir. Bien sûr, c’est un pays pauvre, mais c’est peut-être jus­te­ment pour ce­la qu’il offre en­core cette au­then­ti­ci­té que l’on dé­plore trop sou­vent ne plus re­trou­ver quand on voyage.

La pis­cine du Club In­di­go, en Haï­ti. En Haï­ti, deux ans après le dé­sastre cau­sé par le trem­ble­ment de terre du 12 jan­vier 2010, le mi­nis­tère du Tou­risme en­tame un pro­gramme dont l’ob­jec­tif prin­ci­pal est de don­ner une autre image du pays et de mon­trer que le tou­risme est dé­sor­mais pos­sible, mais éga­le­ment sou­hai­table. Ici, l’une des très belles plages que l’on trouve en Haï­ti.

Les ba­teaux-taxis at­tendent les tou­ristes sur une plage d’haï­ti.

En Haï­ti, les mar­chés sont vi­vants, co­lo­rés, mais ja­mais agres­sants.

À La­ba­dee, un ba­teau-taxi per­met de re­joindre les pe­tites criques iso­lées.

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