Jus­ti­cier de la route

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA -

Or, M. Des­ro­chers a tout bon­ne­ment conti­nué son che­min, igno­rant l’évi­dence : il n’avait pas le temps de se fau­fi­ler avant que la voi­ture de M. Goyer ne le per­cute. « Je me di­sais : il va s’ar­rê­ter, il m’a vu… » Ce que l’im­pé­ni­tent chauf­fard n’a pas fait. « Quand je me suis ren­du compte qu’il conti­nuait, j’ai le­vé le pied de l’ac­cé­lé­ra­teur, j’ai frei­né un peu, mais j’ai vou­lu lui don­ner une le­çon. Mais se­lon moi, on ne peut pas conduire en pen­sant qu’on est seul sur la route et s’ima­gi­ner que les autres s’adap­te­ront, c’est une ques­tion de prin­cipe et de jus­tice. »

« Il avait le temps de frei­ner. »

M. Des­ro­chers se dé­fend en af­fir­mant que le chauf­feur de la Vol­vo bleue avait le temps de frei­ner, et que, à cause de ce­la, la res­pon­sa­bi­li­té lui re­vient. Ce se­ra donc aux com­pa­gnies d’as­su­rances de tran­cher. « Qui est as­sez mé­chant pour fon­cer dans un ca­mion de crème gla­cée ? Ma prin­ci­pale tâche en ce monde, c’est de don­ner du bon­heur aux en­fants, je pense bien que j’ai ga­gné un peu de la­ti­tude et de clé­mence. Quand il a vu que je m’en­ga­geais, il avait le temps de frei­ner. » M. Des­ro­chers songe même à pour­suivre M. Goyer en jus­tice parce que le ca­rillon qui fait ré­son­ner la jo­lie musique du mar­chand de glace a été en­dom­ma­gé dans l’ac­ci­dent. « Il s’agit d’une pièce de col­lec­tion de l’en­fant était ca­tas­tro­phée et très in­quiète de voir que sa fille avait in­gur­gi­té au­tant de ma­tière po­ten­tiel­le­ment toxique. Tou­te­fois, la jeune fille ne de­vrait pas avoir de sé­quelles puisque le diag­nos­tic a été très ra­pide.

La fillette avait men­ti

« Ju­lie* (nom fic­tif) était très fière de sa col­lec­tion de gommes à ef­fa­cer », a com­men­té la mère. « Elle pou­vait pas­ser des heures chaque jour à les ob­ser­ver, à les comp­ter, à les clas­ser par cou­leurs ou par odeurs. Il lui ar­ri­vait même de dor­mir avec la pe­tite va­lise qui les conte­nait. Elle les sen­tait sou­vent, car elles ont un dé­li­cieux parfum frui­té, mais ja­mais je n’au­rais pu ima­gi­ner qu’elle les man­ge­rait », s’ex­clame la mère. Ven­dre­di, j’ai consta­té qu’elle ne l’avait plus et je lui ai po­sé des ques­tions. Elle m’a af­fir­mé qu’elle l’avait ou­bliée à l’école. J’étais éton­née parce que Ju­lie* est une en­fant très or­ga­ni­sée, mais je me suis dit que c’était plau­sible et je n’ai plus pen­sé à ce­la ». Sa­me­di ma­tin, la fillette se plai­gnait de graves maux de ventre. Après quelques heures, la mère a dé­ci­dé de ne pas cou­rir de risque et l’a em­me­née à l’hô­pi­tal, croyant d’abord à une crise d’ap­pen­di­cite. « Peut- être ai- je été né­gli­gente en la lais­sant jouer aus­si in­ten­sé­ment avec sa col­lec­tion, mais ce­la me sem­blait bien in­no­cent et sans dan­ger pour elle. J’au­rais dû être plus ferme et éta­blir des li­mites. » Ju­lie* n’est pas de 59 ans à re­ce­voir le pré­cieux co­lis, qui s’est fi­na­le­ment ren­du à des­ti­na­tion. « Je ne peux pas y croire. C’est un mi­racle ! » s’est émue la vieille dame, étouf­fant des larmes de joie. « Toutes ces an­nées, je n’ai ces­sé de pen­ser à elle. »

Les vi­déos de chèvres plus po­pu­laires que ja­mais

Après les chats et les chiens, ce sont main­te­nant les chèvres et les che­vreaux qui ont la cote sur la toile. « On ob­serve un réel en­goue­ment », note Fran­cis Lé­vesque, ob­ser­va­teur des mou­ve­ments sur les mé­dias so­ciaux. « Au dé­but de la se­maine, la vidéo d’une pe­tite chèvre en au­jourd’hui par­fai­te­ment re­mis, avoue qu’il est heu­reux, après coup, d’avoir frô­lé la mort.

Un réel pri­vi­lège

Pour Annik Trem­blay, au­teure du livre Dau­phins: de lu­mières et d’es­prit, il ne fait au­cun doute que cet homme est un être pri­vi­lé­gié qui a ac­cé­dé à la quin­tes­sence de la re­la­tion fu­sion­nelle entre l’hu­main et le dau­phin. Peut- être que, sans le sa­voir, j’étais por­teur d’un mes­sage, d’un che­min, d’un genre de clé. » Son mé­de­cin s’est conten­té d’af­fir­mer que chaque in­di­vi­du vi­vait cette ex­pé­rience (le co­ma) dif­fé­rem­ment, mais que, bien que ces sen­sa­tions aient sem­blé réelles, il est peu plau­sible que son pa­tient soit en­tré dans un monde pa­ral­lèle en par­ta­geant le cer­veau d’un dau­phin. « Mais on ne sait pas ce qu’on ne sait pas », a-t-il fi­ni par avouer.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.