LE BUZZ DE STRO­MAE

Com­bien de per­sonnes ont dan­sé sur la pièce Alors on danse, de Stro­mae, sans vrai­ment écou­ter les pa­roles? La chan­son, pour­tant, est tout sauf un hymne à la fête. Après son suc­cès ful­gu­rant, l’au­teur­com­po­si­teur belge s’est re­mis au tra­vail et nous offre m

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Éli­za­beth Mé­nard Le Jour­nal de Mon­tréal

«Qui dit crise te dit monde dit fa­mine dit tiers-monde. Qui dit fa­tigue dit ré­veille en­core sourd de la veille. Alors on sort pour ou­blier tous les pro­blèmes. Alors on danse», chante Stro­mae sur un air ryth­mé qui donne en­vie de se dé­han­cher.

Pour­tant, les pa­roles ré­vèlent une grande souf­france. «C’est un peu mon ré­flexe. J’adore dan­ser, mais je dé­teste être pris pour un im­bé­cile, confesse l’au­teur-com­po­si­teur. Le dé­fi, pour moi, se­rait de faire une chan­son su­per joyeuse sur un beat hy­per joyeux», dit-il. Cou­cher des pa­roles sombres sur une musique dan­sante est sa fa­çon de se dif­fé­ren­cier des autres, sou­tient-il.

FOR­MI­DABLE, FORT MI­NABLE

Plus tôt au mois de mai, les in­ter­nautes un peu voyeurs ont pu se ré­jouir d’une vidéo mon­trant Stro­mae com­plè­te­ment saoul sur la place pu­blique. Plu­sieurs ont cru qu’il avait fê­té trop fort. Mais il s’agis­sait en fait d’un coup de mar­ke­ting vi­sant à an­non­cer la sor­tie du clip de la chan­son For­mi­dable, qui ra­conte l’his­toire

d’un ivrogne. Tour­né en ca­mé­ra ca­chée, le clip a créé tout un buzz sur la toile.

«Eh, tu t’es re­gar­dé, tu te crois beau parce que tu t'es ma­rié. Mais c’est qu’un an­neau mec, t’em­balle pas. Elle va te lar­guer comme elles le font chaque fois», vo­ci­fère-t-il dans le vi­déo­clip. L’his­toire de cette chan­son lui a été ins­pi­rée par un homme croi­sé sur la rue. «J’étais avec ma pre­mière pe­tite co­pine et on croise ce mec un peu ivrogne, à moi­tié tra­ves­ti. Il nous re­garde et, ve­nu de nulle part, il nous crie: “Ouais, vous vous croyez beaux!” C’était d’une réa­li­té et d’une vio­lence... J’y re­pense en­core au­jourd’hui, ra­conte l’ar­tiste. Pour qui on se prend? Il y avait du vrai. Dans la fo­lie, il y a quand même un grand réa­lisme», es­time-t-il.

T’ES OÙ PA­PA ?

Quelques jours après la sor­tie de For­mi­dable, Stro­mae a lan­cé le clip de la chan­son Pa­paou­tai. La pièce aborde le thème de l’ab­sence du père.

«Je n’ai pas connu énor­mé­ment mon pa­pa, alors ça vient de là. Mais je n’en ai pas beau­coup souf­fert. Je ne sais pas ce que c’est qu’une re­la­tion père-fils, ra­conte-t-il. Je crois que c’est le jour où j’au­rai un en­fant que ça va me man­quer le plus.»

Dans le vi­déo­clip, le père ab­sent est re­pré­sen­té par un Stro­mae trans­for­mé en man­ne­quin ri­gide. «D’avoir un fils qui cherche son père pen­dant tout le clip, c’était trop évident», dit-il. Un père peut être pré­sent phy­si­que­ment tout en étant ab­sent de la vie de ses en­fants. Le man­ne­quin est donc une re­pré­sen­ta­tion du fan­tasme du père. «Il est comme une es­pèce de G.I Joe, in­dique Stro­mae. Mais, au fi­nal, ce n’est pas un su­per rêve, parce qu’il est im­mo­bile», ex­plique-t-il.

LE NOU­VEAU BREL

Avec sa ma­ni­pu­la­tion de la langue et sa fa­çon de pro­non­cer les mots, plu­sieurs mé­dias ont com­pa­ré Stro­mae au grand Jacques Brel. C’est une com­pa­rai­son flat­teuse qui ne le ré­jouit ce­pen­dant pas. «Les éti­quettes, on n’aime ja­mais. Mais c’est un su­per com­pli­ment. S’il était en­core là, j’au­rais plus de mal.»

L’au­teur-com­po­si­teur avoue sans hé­si­ta­tion que Brel est une grande ins­pi­ra­tion. «C’est sûr qu’on sent que c’est une in­fluence pour moi, dans l’in­ter­pré­ta­tion et la so­no­ri­té des mots. Ça met le doigt sur un au­to­ma­tisme que je ne dois pas avoir», dit-il.

La sor­tie du nou­vel al­bum de Stro­mae est pré­vue pour l’au­tomne.

Au­cune date de tour­née n’a été fixée, mais il re­vien­dra sans au­cun doute au Qué­bec pour pré­sen­ter ses nou­velles pièces.

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