LA BEAU­TÉ DU TEMPS QUI PASSE

Il s’est écou­lé neuf ans de­puis le film Avant la nuit tout est pos­sible ( Be­fore Sun­set) et dix-huit ans de­puis Avant l’aube tout est pos­sible ( Be­fore Sun­rise). Et voi­là qu’Ethan Hawke et Ju­lie Delpy re­trouvent les per­son­nages de Jesse et Cé­line...

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

En ce mo­ment, Ethan Hawke est à l’af­fiche de deux films, deux longs-mé­trages aux an­ti­podes: La purge, un thril­ler se dé­rou­lant dans une Amé­rique où la vio­lence est reine et Avant

mi­nuit tout est pos­sible, ex­plo­ra­tion de la vie de couple, de l’amour et de la fa­mille. La pre­mière ques­tion que je pose à Ethan Hawke vient d’elle-même: pour­quoi dit-il «oui» à un rôle? La ques­tion qui se pose : qu’est-ce qui peut bien mo­ti­ver Ehan Hawke à ac­cep­ter un rôle?

«J’avais 13 ans quand j’ai com­men­cé à jouer. Sans vou­loir son­ner trop cu­cul, j’ai tou­jours eu une pas­sion pour le ci­né­ma dans son en­semble, je ne me suis ja­mais dit que tel type de rôle était meilleur que tel autre. Les seuls long­smé­trages que je n’aime pas sont ceux qui n’ont pas été pen­sés avant d’être faits. Il faut aus­si dire les choses fran­che­ment, le jeu est ma pro­fes­sion. Si je me conten­tais de jouer dans des films d’au­teur dans les­quels les dia­logues do­minent, je me couperais de tel­le­ment de choses! Mon rêve se­cret est de pou­voir, un jour, re­gar­der en ar­rière et me dire que j’ai fait un bon film dans chaque genre», a-t-il ré­pon­du, pre­nant soin de dé­tailler pré­ci­sé­ment sa dé­marche ar­tis­tique.

«La ma­jo­ri­té des films ac­tuels ne sont pas pour adultes, ils sont faits pour plaire à des jeunes de 15 ans. Ma fille a 15 ans et je suis ra­vi qu’elle aille au ci­né­ma, mais elle ne pos­sède pas l’ex­pé­rience né­ces­saire pour com­prendre cer­taines choses. Avec Avant mi­nuit

tout est pos­sible, ma col­la­bo­ra­tion avec Ri­chard Link­la­ter se pour­suit et c’est l’un des as­pects les plus en­ri­chis­sants de ma car­rière.»

VIEILLIR EN­SEMBLE...

Dans Avant mi­nuit tout est pos­sible, le spec­ta­teur re­trouve Jesse et Cé­line (jouée par Ju­lie Delpy) en Grèce, neuf ans après les évé­ne­ments dé­crits dans

Avant la nuit tout est pos­sible. Comme pour cha­cun des deux longs-mé­trages pré­cé­dents et de­puis main­te­nant 18 ans, le trio for­mé des ac­teurs et du réa­li­sa­teur a plan­ché de concert sur le scé­na­rio, cer­tains élé­ments de l’his­toire pré­sen­tée leur ve­nant spon­ta­né­ment, avant même d’en écrire la pre­mière ligne.

«Y a-t-il un mo­ment pré­cis où nous sa­vons qu’il est temps d’en­ta­mer une suite à la re­la­tion de Jesse et Cé­line? Oui et non. Ce n’est plus une ques­tion d’être à l’écoute les uns des autres. Nous ai­mons tel­le­ment les autres films que nous ne vou­lions pas en di­luer l’his­toire, nous te­nions éga­le­ment à nous as­su­rer que nous ap­por­tions quelque chose de nou­veau. Pa­ral­lè­le­ment, nous met­tons en jeu l’ami­tié que nous avons dé­ve­lop­pée. Car il est im­pos­sible que nous soyons sym­pas les uns en­vers les autres tout sim­ple­ment parce que nous sommes amis. La pre­mière fois que nous avons com­men­cé à tra­vailler sur Avant mi­nuit tout est pos

sible, nous étions à New York et nous nous sommes de­man­dé quel as­pect de la re­la­tion amou­reuse nous al­lions trai­ter», a-t-il in­di­qué.

«À ma grande sur­prise, nous étions d’ac­cord sur le fait que nous ne pou­vions ré­ité­rer la bulle amou­reuse dans la­quelle vivent Jesse et Cé­line dans les deux pre­miers vo­lets. Nous vou­lions ex­plo­rer la na­ture quo­ti­dienne de l’amour, la ma­nière dont Jesse et Cé­line vivent les sen­ti­ments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Nous nous sommes re­vus six mois plus tard à Los An­geles pour com­pa­rer la ma­nière dont nous en­vi­sa­gions le dé­but et la fin du film.»

Ethan Hawke et Ri­chard Link­la­ter ont dé­ve­lop­pé, au fil des ans, une re­la­tion peu com­mune.

«Cette re­la­tion au temps est ex­cep­tion­nelle. Quand j’étais jeune, j’ai lu beau­coup de choses sur la ma­nière dont Tché­khov et Sta­ni­slavs­ki pou­vaient pas­ser neuf ans à tra­vailler sur une pièce de théâtre pour ren­trer dans la peau des per­son­nages. J’ai l’im­pres­sion que nous avons, en 18 ans, in­ven­té notre propre ver­sion de ce pro­ces­sus. Je n’ai pas be­soin d’ima­gi­ner ce que Jesse a res­sen­ti quand il a vu Cé­line pour la pre­mière fois. Je l’ai vé­cu... et le pu­blic aus­si!»

Il me­sure éga­le­ment l’im­por­tance du temps écou­lé dans le dé­ve­lop­pe­ment des re­la­tions, chose que les ci­né­philes ama­teurs de la sé­rie de ces longs-mé­trages se­ront aus­si à même d’ap­pré­cier.

«Ce que voient les gens, ce sont nos per­son­nages sans fard. La consé­quence en est une re­la­tion ex­trê­me­ment puis­sante, que seul le temps peut créer. On ne peut pas in­ven­ter les rides sur nos vi­sages, c’est la na­ture. La ma­nière dont nos corps ont chan­gé avec les an­nées est bien plus ef­fi­cace que n’im­porte quel dia­logue.»

Avant mi­nuit tout est pos­sible en­chante les amou­reux et les ro­man­tiques du Qué­bec dès le 21 juin.

AVANT MI­NUIT TOUT EST POS­SIBLE

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