50 ans de sou­ve­nirs

Le Journal de Montreal - Weekend - - SOMMAIRE - Ève Lévesque Le Jour­nal de Mon­tréal

Cho­ré­gra­phié pour les Grands Bal­lets ca­na­diens par le dan­seur Fer­nand Nault en 1964, le bal­let de Casse-Noi­sette «est de­ve­nu une tra­di­tion de Noël, comme la dinde!», s’ex­clame Ma­rieC­laude L’Écuyer. La bal­le­rine avait été choi­sie pour in­car­ner la toute pre­mière Cla­ra sur la scène de la salle Wil­frid-Pelletier en 1964.

Âgée de 9 ans et élève à l’École su­pé­rieure de danse à l’époque, Ma­rie-Claude L’Écuyer s’est fait confier le pre­mier rôle du spec­tacle, ce­lui que toutes les pe­tites filles rêvent de faire au­jourd’hui.

«Je me sou­viens d’avoir été émer­veillée, une fois tous les dé­cors mon­tés, par les cos­tumes et les ef­fets spé­ciaux de l’époque, ra­conte-t-elle, en­jouée. Dans une par­tie du bal­let, on est dans le Pays des neiges, et pour une pe­tite fille, c’était vrai­ment fée­rique, comme dans un rêve.»

Mais per­sonne n’est à l’abri d’un hic tech­nique, et Mme L’Écuyer en a un très clair sou­ve­nir, même cin­quante ans plus tard. «Le sa­pin, pen­dant le bal­let, doit se dé­ployer et de­ve­nir géant, se sou­vient-elle. Mais un soir, il ne s’est pas ouvert et on a en­ten­du un grand “crac”! Et il avait fal­lu conti­nuer comme si de rien n’était !»

C’est sans comp­ter la fois où la neige, cen­sée tom­ber en doux pe­tits flo­cons, s’était mise à tom­ber «en gros pa­quets. Ça avait em­pê­ché Fritz de bou­ger la table vers le Pays des neiges», ra­conte Mme L’Écuyer, le rire dans la voix.

Bien sûr, au­jourd’hui, les tech­niques et les ef­fets spé­ciaux ont évo­lué, mais en cin­quante ans, la base du spec­tacle est res­tée la même, se­lon la pre­mière Cla­ra. «Une par­tie des cho­ré­gra­phies a chan­gé, sou­ligne Mme L’Écuyer, au­jourd’hui Le Casse-Noi­sette, pen­sé et cho­ré­gra­phié par Fer­nand Nault, a ren­du le bal­let clas­sique ac­ces­sible. «À tra­vers les an­nées, Casse-Noi­sette a dé­mo­cra­ti­sé la danse clas­sique, sou­tient Ma­rie-Claude L’Écuyer. Ça a rap­pro­ché la danse des gens pour qui le bal­let était clas­sé sur un éche­lon trop haut. L’his­toire in­clut les en­fants, ce qui est rare dans les bal­lets clas­siques, et c’est très vi­suel. âgée de 60 ans. Les cou­leurs sont beau­coup plus vives et belles, et des rôles se sont ajou­tés. Mais c’est res­té le plus fi­dèle pos­sible à la cho­ré­gra­phie de Fer­nand Nault.»

TROU­VER L’AMOUR DANS LA BOÎTE À SUR­PRISES

Dan­ser dans Casse-Noi­sette a été la pre­mière chose que Ca­the­rine La­for­tune a fait sur scène à titre de pro­fes­sion­nelle. En­trée aux Grands Bal­lets ca­na­diens à l’âge de 18 ans en 1979, elle a ob­te­nu le rôle de la grand-mère de Cla­ra, elle qui était la plus jeune de la com­pa­gnie.

Mme La­for­tune a eu la chance de jouer plu­sieurs rôles dans Casse-Noi­sette, elle qui y a dan­sé pen­dant 16 ans. Elle y est aus­si tom­bée en amour. «En 1979, ce­lui qui dan­sait le rôle du grand-père de Cla­ra, Jacques De­mers, est au­jourd’hui mon ma­ri!, ra­conte-t-elle. Les cho­ré­graphes nous met­taient sou­vent en­semble pour dan­ser.»

Une an­née, les deux dan­seurs, qui cam­paient les rôles d’Ar­le­quin et Co­lom­bine, de­vaient en­trer dans une énorme boîte à sur­prises, et y res­ter ca­chés. «La ma­gie a opé­ré ! s’ex­clame-t-elle. Je ne pen­sais même plus au fait de dan­ser de­vant tous ces gens dans la salle, j’étais beau­coup plus ner­veuse d’em­bar­quer dans la boîte avec Jacques.»

Au­jourd’hui pro­fes­seure de bal­let, Mme La­for­tune a dan­sé dans Casse-Noi­sette jus­qu’en 1995, puis elle en a aus­si fait la mise en scène, aux cô­tés du cho­ré­graphe Fer­nand Nault, dé­cé­dé en 2006.

DES COS­TUMES À COU­PER LE SOUFFLE

Der­rière les énormes cri­no­lines, les coiffes et les ru­bans, ce ne sont pas moins de 25 per­sonnes, dont 15 cou­tu­rières qui tra­vaillent à la confec­tion et à la ré­pa­ra­tion des 300 cos­tumes.

À la recherche de cou­leurs vi­brantes, de tis­sus du­rables et tex­tu­rés, les cos­tu­miers doivent ma­ga­si­ner jus­qu’en Eu­rope et aux États-Unis pour trou­ver le tex­tile par­fait. «Les cos­tumes ne sont ja­mais vus de près, ex­plique Mé­la­nie Fer­re­ro, C’est idéal pour ini­tier n’im­porte qui à la danse clas­sique et à la mu­sique de Tchaï­kovs­ki.» Un point de vue sur le­quel Ca­the­rine La­for­tune est com­plè­te­ment d’ac­cord. «C’est une his­toire ac­ces­sible, et Fer­nand Nault a dé­ci­dé de mettre de vrais en­fants sur la scène. Nor­ma­le­ment, dans les autres com­pa­gnies, Cla­ra est jouée par une dan­seuse pro­fes­sion­nelle.» chef cos­tu­mière. Il faut que les cou­leurs soient éblouis­santes sous les lu­mières. On fait aus­si plis­ser mé­ca­ni­que­ment les tis­sus pour avoir du re­lief.»

Main­te­nant pré­sen­té à Qué­bec une semaine avant les re­pré­sen­ta­tions mont­réa­laises, les cos­tumes ar­rivent dans la ca­pi­tale deux jours avant la pre­mière. «C’est là qu’on voit s’il y a des our­lets trop longs ou des pro­blèmes d’ajus­te­ment, ex­plique la chef cos­tu­mière. Ma crainte c’est tou­jours que quel­qu’un se blesse.»

Heu­reu­se­ment, ce sont plus sou­vent les cos­tumes qui perdent des fils ou qui se dé­chirent, ou de pe­tits ou­blis. «Une dan­seuse va en­trer sur scène en ou­bliant sa coiffe de flo­con, ou bien elle a le cor­sage à moi­tié at­ta­ché, énu­mère Mme Fer­re­ro. Mais “the show must go on !”

Le clou du spec­tacle de­meure tou­te­fois la trans­for­ma­tion de Casse-Noi­sette en prince. «Per­sonne ne peut se dou­ter du pro­ces­sus ! s’ex­clame la cos­tu­mière. Il y a sept per­sonnes im­pli­quées, et un mois et de­mi de recherche et dé­ve­lop­pe­ment der­rière ça. Mais chut, il faut conser­ver la ma­gie!» Casse-Noi­sette de Fer­nand Nault se­ra pré­sen­té à la salle Wil­frid-Pelletier de la Place des Arts jus­qu’au 30 dé­cembre.

SA­ME­DI 14 DÉ­CEMBRE 2013

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.