L’été, ma plus belle sai­son de té­lé­vi­sion

Le Journal de Montreal - Weekend - - TÉLÉVISION -

Comme té­lé­spec­ta­teur, je vais vous sur­prendre, mais au­cune sai­son ne me frustre plus que l’hi­ver. Com­ment vou­lez-vous que je sois heu­reux lorsque des di­zaines d’émis­sions pas­sion­nantes me passent sous le nez, faute de temps pour les re­gar­der ? Même une vraie «patate de so­fa» n’ar­rive plus à res­ter à jour dans les di­verses sé­ries que nous pro­posent toutes les chaînes aux­quelles on a ac­cès, sans comp­ter les dis­tri­bu­teurs de té­lé en ligne.

J’adore l’information, par exemple, mais il y a des li­mites au nombre de jour­naux que je peux par­cou­rir chaque jour. Je suis donc abon­né aux édi­tions nu­mé­riques de cinq quo­ti­diens seule­ment. Mal­gré cette exem­plaire «so­brié­té», il m’ar­rive de ne pas avoir le temps de je­ter un oeil sur le New York Times, l’un de mes cinq quo­ti­diens fa­vo­ris, mais le plus touf­fu aus­si.

Vous sa­vez à quoi me fait pen­ser la té­lé­vi­sion pen­dant sa haute sai­son? À un ca­me­lot qui lan­ce­rait tous les ma­tins sur mon per­ron 60 jour­naux quo­ti­diens! Avec quel jour­nal boi­rais-je mon ca­fé? Le­quel choi­sir? En­core que j’au­rais moins de mal avec les jour­naux qu’avec la té­lé, puis­qu’ils pu­blient tous à peu près les mêmes nou­velles. La té­lé, c’est une autre his­toire: les 60 chaînes pré­sentent cha­cune des émis­sions dif­fé­rentes. Un vrai cau­che­mar!

MES CHOIX D’HI­VER

Confron­té tous les hi­vers à ce di­lemme, je ne re­garde au pe­tit écran que cer­taines grandes émis­sions comme La Voix ou Se­crets d’his­toire, des émis­sions en di­rect, des talk-shows, quelques dra­ma­tiques amé­ri­caines et du sport. À l’heure et au mo­ment que je choi­sis, je re­garde la té­lé à la de­mande ou des émis­sions et des sé­ries sur tou.tv, le club Illi­co, YouTube et d’autres ser­vices en ligne.

Mine de rien, je consomme ain­si chaque se­maine un nombre d’heures de té­lé­vi­sion consi­dé­rable, tout en pas­sant face au pe­tit écran tra­di­tion­nel beau­coup moins d’heures que la moyenne des té­lé­spec­ta­teurs.

Notre fa­çon de choi­sir nos émis­sions a beau­coup chan­gé de­puis une dé­cen­nie. Il n’y a pas si long­temps, l’ho­raire té­lé était un «must» dans chaque foyer. On le consul­tait comme on consul­tait le bot­tin du té­lé- phone. Il existe tou­jours des ho­raires té­lé et des bot­tins té­lé­pho­niques, mais seules quelques rares per­sonnes les re­gardent. Pour­quoi les consul­ter? Les té­lé­phones in­tel­li­gents gardent en mé­moire les nu­mé­ros de nos cor­res­pon­dants. On n’a qu’à cli­quer des­sus pour que l’ap­pel se fasse. Quant aux té­lé­vi­seurs, ils af­fichent tous un guide des émis­sions du jour.

MÊME LE GUIDE EST OB­SO­LÈTE

Le pro­blème, c’est que même le guide à l’écran est de­ve­nu ob­so­lète. Une cor­vée! Pen­dant qu’on le scrute de haut en bas ou de bas en haut et qu’on se de­mande quelle émis­sion au­rait de l’in­té­rêt, on s’im­pa­tiente. On s’ar­rête sur une émis­sion, on en vi­sionne quelques minutes (quand on ne tombe pas sur une pause pu­bli­ci­taire!), on conti­nue le pé­riple et, à la fin, on ne sait plus quoi re­gar­der. Heu­reu­se­ment qu’il y a les amis et les connais­sances pour at­ti­rer notre at­ten­tion par Fa­ce­book, Twit­ter ou cour­rier élec­tro­nique sur telle émis­sion ou telle série.

Ce sont eux qui m’in­vitent à al­ler sur YouTube. Quand j’y vi­sionne une vi­déo ou une émis­sion, c’est tou­jours parce qu’on m’a fait par­ve­nir un «lien». Une fois que j’y suis, YouTube me pro­pose d’autres vi­déos qui peuvent m’in­té­res­ser. Même si des mil­lions de vi­déos sont dis­po­nibles, je n’ai ja­mais le sen­ti­ment de cher­cher une ai­guille dans une botte de foin, comme lorsque je par­cours le guide du té­lé­vi­seur.

UN GAS­PILLAGE HON­TEUX

Grâce aux al­go­rithmes qu’ils uti­lisent, YouTube comme Net­flix et d’autres ser­vices sem­blables me donnent l’im­pres­sion qu’ils connaissent mes goûts, savent ce qui m’in­té­resse, enfin qu’ils ont pour moi une at­ten­tion toute par­ti­cu­lière.

Les dis­tri­bu­teurs en ligne et la té­lé à la de­mande fi­ni­ront peut-être par faire com­prendre aux dif­fu­seurs qu’ils gas­pillent des sommes énormes en bour­rant leurs ho­raires d’hi­ver de tel­le­ment d’émis­sions qu’on n’ar­rive même pas à vi­sion­ner celles qui nous in­té­ressent. Si j’aime au­tant l’été à la té­lé, c’est qu’il me per­met de faire du rat­tra­page et de me re­mettre à jour. C’est d’ailleurs pour re­gar­der le plus de té­lé pos­sible que je vais quit­ter cette page pour vous re­trou­ver seule­ment le 29 août.

Bon été de­vant votre pe­tit écran ou… votre BBQ.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.