AVIA­TION PÉ­RILLEUSE AU­TOUR DU BHOU­TAN

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES - Gilles Proulx

Une des pires peurs de ma vie, je l’ai connue en avion au mo­ment d’at­ter­rir sur la mi­nus­cule piste de l’aé­ro­port de Tim­phu. Le pi­lote s’est-il amu­sé à ef­frayer les pas­sa­gers?

Il a sou­dai­ne­ment pi­qué du nez. Le cha­riot des hô­tesses de l’air a par­cou­ru toute l’al­lée pour al­ler co­gner l’ar­rière de la ca­bine. Au­cune piste ou trace de ville dans les mon­tagnes en­nei­gées en­vi­ron­nantes. Quand en­fin j’aper­çois ce qui res­semble à un tar­mac, ce­lui-ci est de di­men­sion si mo­deste – et en­tou­ré par une bar­rière gi­gan­tesque de mon­tagnes – qu’il est aus­si pé­rilleux d’y at­ter­rir que d’en dé­col­ler, car l’avion doit grim­per ver­ti­gi­neu­se­ment – presque à la ver­ti­cale – afin de ne pas s’écra­ser. Le gron­de­ment des mo­teurs pous­sés à l’ex­trême pour ac­com­plir cet ex­ploit est en soi un bruit in­quié­tant. Les ailes semblent par­fois frô­ler les pa­rois ro­cheuses.

Mal­gré son aé­ro­port si mal si­tué, le Bhou­tan n’a ja­mais connu d’ac­ci­dent d’avion; peut-être parce que les pi­lotes, qui ont un en­traî­ne­ment spécial pour cette des­ti­na­tion, ne prennent pas leur tâche à la lé­gère.

Pen­dant mon vol de Kat­man­dou à Tim­phu, j’ai pu me­su­rer la hau­teur de l’Eve­rest. Nous sur­vo­lions les nuages de­puis une heure lorsque le pi­lote nous a dit de re­gar­der à notre gauche: le mont Eve­rest sor­tait de cette nappe d’ouate. Son som­met était aus­si éle­vé par rap­port à notre avion que nous l’étions du sol. Notre ap­pa­reil sem­blait une mouche au­tour de lui.

Juste avant de faire es­tam­piller nos pas­se­ports, on nous a fait vi­sion­ner des vi­déos de sen­si­bi­li­sa­tion à la pu­re­té éco­lo­gique de ce pays, qui se veut le plus propre du monde.

Au Bhou­tan, un yak

est com­pa­rable à n’im­porte le­quel de

nos An­gus ou boeufs de l’Ouest. Re­mar­quez

sur cette pho­to : per­sonne n’est

ha­billé à la mode occidentale. Ça fait

chan­ge­ment des mau­dites cas­quettes

de Yan­kee sur les têtes des in­di­gènes

ama­zo­niens!

Une pe­tite prière en rang avant de re­tour­ner en classe, ques­tion de calmer les es­prits après l’ex­ci­ta­tion de la ré­créa­tion. L’anal­pha­bé­tisme n’est pas très ré­pan­du par ici.

Pen­dant que mon­sieur prend son pe­tit dé­jeu­ner, sa femme et sa fille re­gardent le va-et-vient des pas­sants. Ici les gens pauvres mangent à leur faim et sont heu­reux.

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