COMPLICES JUSQUE DANS LA MU­SIQUE

Il y a trois ans, Gilles Vi­gneault et sa fille Jes­si­ca se sont lan­cés dans la com­po­si­tion de nou­velles chan­sons (le disque com­prend aus­si des pièces ti­rées du ré­per­toire du poète) pour les be­soins de Gaya et le pe­tit dé­sert.

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Va­nes­sa Gui­mond

Même à l’époque où ils tra­vaillaient sur Léo et les pres­qu’îles, une «his­toire soeur» pu­bliée par La mon­tagne se­crète en 2010, le pro­jet d’adap­ter le conte de Gaya était dé­jà dans l’air.

«Nous avons écrit et com­po­sé cinq nou­velles chan­sons en­semble», a ex­pli­qué Jes­si­ca qui, par le pas­sé, a si­gné beau­coup d’ar­ran­ge­ments sur les pro­jets de son père avec La mon­tagne se­crète.

«Cette fois-ci, c’est vrai­ment une co-si­gna­ture, a pré­ci­sé son com­plice. Nous avons eu beau­coup de plai­sir à le faire. Par contre, il y a eu beau­coup de dis­cus­sions. Il ne faut pas croire qu’elle est tou­jours d’ac­cord avec son père (rires).»

«On se com­plé­mente, on construit en­semble, a ajou­té Jes­si­ca. Au mo­ment d’écrire la chan­son sur l’écu­reuil (J’ai vu des noix), par exemple, nous avons ré­flé­chi à la fa­çon dont nous de­vions le faire par­ler. Nous com­men­cions tou­jours par les textes. Nous vou­lions d’abord cer­ner les mes­sages que les per­son­nages de­vaient li­vrer.»

UN PLAI­SIR

Pour Jes­si­ca Vi­gneault, mu­si­cienne et chan­teuse qui col­la­bore avec nombre d’ar­tistes, dont Pau­lo Ra­mos et l’Or­chestre na­tio­nal de jazz de Mon­tréal, tra­vailler avec son père sur un pro­jet comme Gaya et le pe­tit dé­sert n’est que pur plai­sir.

«On n’a qu’à se plon­ger dans ses contes pour com­prendre. Qu’on soit proche de lui ou non, c’est du bon­bon, tra­vailler avec ça.»

«Ce n’était pas la pre­mière fois qu’elle en­ten­dait un conte de son père non plus. J’en ai conté beau­coup plus à mes en­fants que j’en ai pu­bliés. Il y en a un, entre autres, qui s’ap­pe­lait Quelques pas dans l’uni­vers d’Éva, et Éva, c’était elle. C’est à elle que je ra­con­tais mes his­toires, dit-il en se tour­nant vers sa fille. Après, je de­man­dais à Jes­si­ca, ou même à Guillaume (son fils, de­ve­nu écri­vain et scé­na­riste), à qui je ra­con­tais Les quatre sai­sons de Pi­quot, si j’avais la per­mis­sion de les pu­blier pour les autres en­fants du monde. Ils m’ont lais­sé pu­blier les meilleurs.»

«Nous étions ac­cros à ces his­toires, a ajou­té Jes­si­ca. Pour moi, le plai­sir de faire ce­la est beau­coup lié au fait de me re­trou­ver dans cet uni­vers à nou­veau. Qui n’aime pas voya­ger dans un conte pour en­fants? Sur­tout un conte qui a de la sub­stance. Les per­son­nages ne sont pas pro­prets, ils ont des dé­fauts, ils font des er­reurs... Ça parle de choses très sé­rieuses et ac­tuelles.»

INTERPRÈTES DE CHOIX

Bien qu’ils n’aient pas pris part au choix des interprètes qui ont don­né vie à leurs chan­sons sur l’al­bum qui ac­com­pagne le conte de Gaya, le duo se dit ra­vi de la di­rec­tion em­prun­tée par La mon­tagne se­crète.

In­grid St-Pierre, Kath­leen For­tin, LouisJean Cor­mier, Da­mien Ro­bi­taille, Ri­chard Sé­guin, Diane Tell, Ed­gar Bo­ri et Da­niel La­voie ont tous prê­té leur voix à ce disque, dont les ar­ran­ge­ments et la réa­li­sa­tion ont été confiés à JeanF­ran­çois Groulx, qui y joue éga­le­ment tous les ins­tru­ments.

«Il n’y a pas d’eau sur la lune, c’est une chan­son qui, de fa­çon évi­dente, par­lait à Ri­chard Sé­guin, a sou­li­gné le poète. C’est comme s’il l’avait com­po­sée lui même.»

«C’est un peu la même chose avec LouisJean Cor­mier, qui in­ter­prète ta chan­son C’est le temps», a ob­ser­vé sa fille.

«Il a fait les ar­ran­ge­ments lui-même. C’est une chan­son qui parle de la Cô­teNord, en plus, a pré­ci­sé M. Vi­gneault qui, tout comme Louis-Jean Cor­mier, est ori­gi­naire de cette ré­gion. Sur la Cô­teNord, si on ne s’oc­cupe pas du temps, on meurt, on crève de faim. Il faut connaître le temps, pas seule­ment ce­lui qu’il fait, mais aus­si le temps qui passe [...]. Alors qu’on es­saie de faire pas­ser un mil­lion de ba­rils du pé­trole le plus sale, par jour, dans un pi­pe­line qui n’est pas sé­cu­ri­taire – ils le disent eux-mêmes – sous les fleuves, c’est une époque par­faite pour dire que c’est le temps d’écou­ter les ri­vières, que c’est le temps d’écou­ter la ma­rée... La ma­rée noire? Les chan­sons du pro­jet ont aus­si été choi­sies comme ça, dans cet es­prit-là.»

«Pour les chan­sons, comme celle-là, qui existent de­puis plus long­temps, ça leur donne un nou­veau sens, une nou­velle vie, a ajou­té Jes­si­ca. C’est bien que Louis-Jean l’ait re­faite. Ça lui donne une belle force de frappe.» Gilles Vi­gneault, dont l’agen­da est dé­jà bien rem­pli pour les mois à ve­nir, re­mon­te­ra sur scène au prin­temps avec son spec­tacle Pa­role et mu­siques. Jes­si­ca Vi­gneault, quant à elle, se pro­dui­ra au Ca­pi­tole, à Qué­bec, aux cô­tés de l’Or­chestre na­tio­nal de jazz de Mon­tréal, le 19 oc­tobre.

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