AU BOUT DE SOI

Dans les fo­rêts de Si­bé­rie

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hon­te­bey­rie

Film de Sa­fy Neb­bou

Avec Ra­phaël Per­son­naz, Ev­gue­ni Si­di­khine Ou­bliez Le revenant avec Leo­nar­do DiCa­prio, voi­ci l’histoire vraie – consi­dé­ra­ble­ment adap­tée – de Syl­vain Tes­son, un homme qui a pas­sé l’hi­ver en Si­bé­rie, au bord du lac Baï­kal.

Ted­dy (Ra­phaël Per­son­naz, qui porte le film sur ses épaules), chef de pro­jet mul­ti­mé­dia, en a ras le bol de sa vie, de l’agi­ta­tion, du bruit. Il dé­cide donc d’ache­ter une bi­coque au bord du lac Baï­kal, à des ki­lo­mètres de toute ci­vi­li­sa­tion et de tout voi­sin et d’y vivre pen­dant un an. Le ven­deur le prend pour un fou, mais Ted­dy exulte.

Sur la splen­dide et exal­tante mu­sique d’Ibra­him Maa­louf, trom­pet­tiste li­ba­nais qui a no­tam­ment tra­vaillé avec Lha­sa de Se­la et Va­nes­sa Pa­ra­dis, on as­siste à toutes les dé­cou­vertes de Ted­dy. Celles des so­leils le­vants et cou­chants, celles du patinage sur le lac ge­lé, du cas­sage de la glace pour avoir de l’eau ou des longues jour­nées sans un bruit autre que ce­lui du vent et de l’eau.

Mais il y a aus­si le froid. La na­ture fé­roce. La fo­rêt, celle dans la­quelle il se blesse le pied dans un piège à ours. La neige, la glace, les tem­pêtes. Celle dans la­quelle il se perd et est sau­vé par un in­con­nu qui s’en va.

D’IN­CON­NU À AMI

Ren­sei­gne­ments pris au­près d’un contact, l’un de ces hommes qui semble tout pou­voir se pro­cu­rer au mi­lieu de nulle part, l’in­con­nu pour­rait être un Russe re­cher­ché pour meurtre qui se terre dans l’im­men­si­té si­bé­rienne. Ted­dy fait sa connais­sance et les deux hommes de­viennent amis.

Les scènes les plus éton­nantes du film sont pro­ba­ble­ment celles-là. Car si, au dé­but, Ted­dy se charge de tra­duire ce que dit Alek­sei (Ev­gue­ni Si­di­khine), dont les dia­logues ne sont pas sous-ti­trés, il aban­donne peu à peu, le réa­li­sa­teur Sa­fy Neb­bou uti­li­sant cette mé­thode pour mon­trer que Ted­dy ne com­prend pas les pa­roles de son in­ter­lo­cu­teur. Et, tout comme le pro­ta­go­niste, le spec­ta­teur fi­nit par sai­sir in­tui­ti­ve­ment, à l’oreille, aux in­to­na­tions, aux ex­pres­sions d’Alek­sei, une par­tie de son histoire. De la même ma­nière que dans Le revenant – et la com­pa­rai­son s’ar­rête là –, la na­ture fi­ni­ra par exi­ger son comp­tant de sa­cri­fice. Ted­dy, tout comme Syl­vain Tes­son, en sor­ti­ra trans­for­mé… et le spec­ta­teur au­ra l’oc­ca­sion, pen­dant 99 mi­nutes, de se po­ser quelques ques­tions sur le sens de la vie.

L’ac­teur Ra­phaël Per­son­naz a lui-même vé­cu un dé­pay­se­ment en al­lant tour­ner le film en Si­bé­rie.

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