AVE­NIR OU ME­NACE POUR LA TÉ­LÉ­VI­SION ?

Fa­ce­book se hisse à vi­tesse grand V dans la cour des dif­fu­seurs de vi­déos, jouant du coude avec les chaînes de té­lé­vi­sion tra­di­tion­nelles, of­frant de plus en plus de ma­té­riel ori­gi­nal.

Le Journal de Montreal - Weekend - - TÉLÉVISION - Em­ma­nuelle Plante Col­la­bo­ra­tion spé­ciale em­ma­nuelle.plante @que­be­cor­me­dia.com

Le ré­seau so­cial créé par Mark Zu­cker­berg s’adapte ra­pi­de­ment aux goûts du mar­ché. S’il a, comme d’autres mé­dias so­ciaux, gru­gé les re­ve­nus pu­bli­ci­taires de la presse écrite, un phé­no­mène si­mi­laire est en train de s’exer­cer avec la té­lé­vi­sion. Pa­ral­lè­le­ment, les émis­sions ne peuvent plus «être» sans sa pré­sence pour me­su­rer et so­li­di­fier l’en­ga­ge­ment, mais aus­si pour joindre un pu­blic vo­la­tile.

«Fa­ce­book se po­si­tionne pré­sen­te­ment comme le mé­dia nº1 pour la dé­cou­verte de nou­veaux conte­nus vi­déo, af­firme Syl­vain Mar­tel, res­pon­sable des ventes mar­ke­ting et par­te­na­riats stra­té­giques (Chief Re­ve­nu Of­fi­cer) chez See­vibes. Dans sa por­tée, Fa­ce­book re­joint quo­ti­dien­ne­ment l’équi­valent d’un Su­per­bowl.» Pour ce­lui qui a fon­dé le bureau qué­bé­cois de Fa­ce­book en 2013, avant de faire le saut chez See­vibes il y a deux mois, Fa­ce­book n’est pas une me­nace pour la té­lé­vi­sion, quoique celle-ci doit s’adap­ter. «Fa­ce­book doit s’as­so­cier à des pro­duc­teurs de conte­nus plu­tôt que de les rem­pla­cer.»

CRÉER DE L’AT­TA­CHE­MENT

En sep­tembre seule­ment, près de 8 mil­lions de vi­déos au­raient été lan­cées sur Fa­ce­book gé­né­rant plus de 208 mil­liards de vues. Et si, jus­qu’à main­te­nant, on uti­li­sait Fa­ce­book et les autres ré­seaux so­ciaux pour faire croître l’at­ta­che­ment du pu­blic à une marque ou une émis­sion en ajou­tant des conte­nus ex­clu­sifs en pa­ral­lèle ou en com­mu­ni­quant avec ses abon­nés, ces pla­te­formes jouent de plus en plus dans les pla­te­bandes de la té­lé tra­di­tion­nelle. Un uti­li­sa­teur de Fa­ce­book at­ta­ché à la page d’une de ses pro­duc­tions té­lé pré­fé­rées a des chances de tom­ber sur un Fa­ce­book Live, ten­dance gran­dis­sante. «Le Fa­ce­book Live a rem­pla­cé la web­cam, ob­serve Sté­phane Mail­hiot, vice-pré­sident de la stra­té­gie et res­pon­sable du ser­vice pour le Qué­bec de Ha­vas Wold­wide Canada, ré­vé­lant les cou­lisses d’une émis­sion. La pro­chaine étape est d’y pro­gram­mer des conte­nus fai­sant croire au di­rect.» Vingt-neuf mil­lions d’in­ter­nautes ont d’ailleurs été ber­nés la se­maine der­nière par des images de la Terre sup­po­sé­ment en pro­ve­nance de la sta­tion spa­tiale in­ter­na­tio­nale lais­sant croire à une sor­tie dans l’es­pace. Une vi­déo qui da­tait de plus d’un an.

ZAPPING HORS TÉ­LÉ

«On en­tend de­puis un cer­tain temps que la té­lé­vi­sion est en crise, qu’elle

doit re­nou­ve­ler sa base d’au­di­teurs et que les jeunes, qu’elle cherche à sé­duire, sont main­te­nant sur les pla­te­formes nu­mé­riques, ex­plique Mail­hiot. On re­garde plus de vi­déos, mais moins de té­lé­vi­sion. Le zapping se fait main­te­nant sur Fa­ce­book.»

En mars der­nier, la chaîne câ­blée amé­ri­caine E! lan­çait son pre­mier talk­show en Fa­ce­book Live. Live from E! est un ren­dez-vous quo­ti­dien de 20 mi­nutes, dif­fu­sé à 12 h 30, qui re­laye les der­nières in­for­ma­tions dans le do­maine artistique, sim­ple­ment fil­mé avec un IP­hone 6. Ri­cky Ger­vais donne ré­gu­liè­re­ment des nou­velles de son chat via un Fa­ce­book Live.

Fox Sports et le Sports Il­lus­tra­ted se sont ré­cem­ment as­so­ciés pour pro­duire Live @ the World Se­ries, une émis­sion d’avant-match lors du der­nier cham­pion­nat de ba­se­ball. L’ex­pé­rience se­ra ré­pé­tée pour le Su­per­Bowl et pos­si­ble­ment d’autres évé­ne­ments spor­tifs gran­dioses.

En France, on a as­sis­té cette se­maine à la nais­sance de Bru­tus, pre­mière émis­sion po­li­tique dif­fu­sée en Fa­ce­book Live. Alain Jup­pé y a été le pre­mier in­vi­té. ABC a dif­fu­sé les dé­bats pré­si­den­tiels en di­rect sur Fa­ce­book, ayant un réel ef­fet sur les ins­crip­tions aux listes élec­to­rales. Bref, ce qui risque de faire ja­ser trouve ra­pi­de­ment sa place sur la pla­te­forme.

UNE VA­LEUR MONNAYABLE

Fa­ce­book est une en­tre­prise lu­cra­tive. Mais le mo­dèle de fi­nan­ce­ment en tant que pro­duc­teur est ac­tuel­le­ment à l’es­sai. «L’avan­tage de Fa­ce­book est qu’il garde une connais­sance du lec­teur. Et la pub est géo­lo­ca­li­sée, men­tionne Sté­phane Mail­hiot. Fa­ce­book est le cham­pion pour te mettre une pu­bli­ci­té de bottes que t’as cher­chée sur in­ter­net. Sans payer pour le conte­nu, il se fait de l’ar­gent.» Alors qu’un YouTu­ber qui at­teint un cer­tain nombre de clics re­çoit un pour­cen­tage des re­ve­nus.

«La pla­te­forme s’in­sère entre un conte­nu et un usa­ger en se pre­nant une cote au pas­sage, pour­suit-il. La so­lu­tion se­rait qu’il y ait une al­liance entre Fa­ce­book et les chaînes té­lé pour qu’il y ait un par­tage des re­ve­nus. On doit as­su­ré­ment re­dé­fi­nir les bases du fi­nan­ce­ment pu­blic.» Se­lon Syl­vain Mar­tel, Fa­ce­book dé­ve­lop­pe­rait en cou­lisses des mé­thodes de fi­nan­ce­ment as­su­rant une pé­ren­ni­té avec les pro­duc­teurs de conte­nu. Mes­sen­ger risque d’oc­cu­per aus­si une place gran­dis­sante dans la dif­fu­sion de conte­nu pro­chai­ne­ment. «Être as­so­cié à une pla­te­forme bien im­plan­tée est plus ra­pide que de trou­ver un dis­tri­bu­teur, ex­plique Be­noit Beau­doin, di­rec­teur des conte­nus nu­mé­riques de TV5. C’est une com­mu­nau­té prête à re­ce­voir du conte­nu. Le sous-ti­trage est au­to­ma­ti­que­ment dé­clen­ché sur une vi­déo sur Fa­ce­book, sans géo­blo­cage. Le seul sou­ci c’est qu’il n’y a pas de re­tour sur le fi­nan­ce­ment.»

Fox Sports et le Sports Il­lus­tra­ted se sont ré­cem­ment as­so­ciés pour pro­duire Live @ the World Se­ries, une émis­sion d’avant-match lors du der­nier cham­pion­nat de ba­se­ball.

Vingt-neuf mil­lions d’in­ter­nautes ont été ber­nés par des images de la Terre sup­po­sé­ment en pro­ve­nance de la sta­tion spa­tiale in­ter­na­tio­nale qui ont été pu­bliées, lais­sant croire à une sor­tie dans l’es­pace. Une vi­déo qui da­tait de plus d’un an.

Ri­cky Ger­vais et son chat via un Fa­ce­book Live.

Sté­phane Mail­hiot

Syl­vain Mar­tel

En mars der­nier, la chaîne câ­blée amé­ri­caine E ! lan­çait son pre­mier talk­show en Fa­ce­book Live. Live from E ! est un ren­dez-vous quo­ti­dien de 20 mi­nutes, dif­fu­sé à 12 h 30, qui re­laye les der­nières in­for­ma­tions dans le do­maine artistique, sim­ple­ment fil­mé avec un IP­hone 6.

En France, on a as­sis­té cette se­maine à la nais­sance de Bru­tus, pre­mière émis­sion po­li­tique à être dif­fu­sée en Fa­ce­book Live. Alain Jup­pé y a été le pre­mier in­vi­té.

Be­noit Beau­doin

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.