DE L’ÉMOTION SANS COMPLAISANCE

Le Journal de Montreal - Weekend - - LE SAC DE CHIPS - Fran­cis Bol­duc

Pau­line Mar­tin nous in­vite à dé­cou­vrir un nou­veau per­son­nage créé l’été der­nier en Gaspésie. Cette Irène qu’elle in­carne a un sou­hait: quit­ter la terre pour Mars. Ex­pli­ca­tions.

Irène est le per­son­nage prin­ci­pal de la pièce Irène sur Mars, de l’au­teur Jean-Phi­lippe Le­houx, créée à Car­le­ton-sur-Mer l’été der­nier. Pau­line Mar­tin re­prend donc le rôle d’Irène, une femme dans la soixan­taine, que son fils dé­sire pla­cer dans un centre pour per­sonnes âgées.

Sauf qu’Irène a d’autres plans. Avant de se lan­cer dans la des­crip­tion du spec­tacle et du per­son­nage qu’elle in­ter­prète, Pau­line Mar­tin tient à re­ve­nir sur la ge­nèse d’Irène sur Mars. «Il y a en­vi­ron deux ans, Mi­chel-Maxime Le­gault, qui joue dans la pièce et qui signe aus­si la mise en scène, m’a contac­tée parce qu’il vou­lait tra­vailler avec moi. Il avait une ré­si­dence à faire à la salle JeanC­laude-Ger­main du Théâtre d’Au­jourd’hui, et sa pre­mière créa­tion, qui a été faite en col­la­bo­ra­tion avec Pas­cal Brul­le­mans, trai­tait des re­la­tions entre des pa­rents et leur fille schi­zo­phrène. Pour sa deuxième créa­tion, Mi­chelMaxime avait en­vie que j’y par­ti­cipe.»

PLON­GER DANS LA VÉ­RI­TÉ

La co­mé­dienne di­ra en­suite que l’idée de la pla­nète Mars est ve­nue de Mi­chelMaxime Le­gault et que ça l’a in­ter­pel­lée, puis­qu’elle est in­tri­guée par cette idée que des gens veuillent al­ler sur Mars, alors qu’on sait qu’il ne peut y avoir de re­tour. «C’est as­sez fas­ci­nant comme concept.»

Et si le jeune met­teur en scène a pen­sé à elle, c’est en rai­son de la qua­li­té de son jeu. «Il m’a dit: “Ce que j’aime de toi, c’est que tu es ca­pable d’al­ler très loin dans l’émotion, mais sans complaisance. Tu restes dans le rythme. Aus­si, Irène est drôle.” C’est très im­por­tant pour Mi­chelMaxime que le per­son­nage soit drôle et, en même temps, ca­pable de plon­ger dans l’émotion et la vé­ri­té de ce­lui-ci. Ce qui est un peu mon fonds de com­merce», ex­plique Pau­line Mar­tin.

Irène sur Mars ra­conte l’his­toire d’une dame, mère d’un fils unique as­tro­phy­si­cien, qui prend la dé­ci­sion de s’ins­crire à un pro­jet de co­lo­ni­sa­tion sur la pla­nète Mars. Irène se­ra même fi­na­liste dans ce pro­jet ex­tra­or­di­naire, sauf que son fils a en­tre­pris, en ca­chette, de pla­cer sa mère dans une ré­si­dence pour per­sonnes âgées.

«Il y a des scènes ab­so­lu­ment mer­veilleuses dans ce spec­tacle. Il y a beau­coup de choses vraies qui se disent parce qu’Irène n’a plus rien à perdre. Le len­de­main, elle va peut-être ap­prendre qu’elle part pour Mars et qu’elle ne re­vien­dra ja­mais. J’aime beau­coup dire du per­son­nage et de la pièce que ce n’est pas seule­ment sa vie qu’elle re­met en ques­tion, mais aus­si la vie sur Terre. C’est de la grosse re­mise en ques­tion et c’est aus­si pour elle la fa­çon de ré­gler ses comptes avec la vie.»

HOMME AUX GRANDS COMIQUES

Contrai­re­ment à l’été der­nier où elle a joué à Car­le­ton-sur-Mer, Pau­line Mar­tin se­ra tout près de la mé­tro­pole pour la sai­son es­ti­vale. La co­mé­dienne se­ra de la dis­tri­bu­tion du suc­cès Boeing Boeing (de Marc Ca­mo­let­ti, mise en scène par An­dré Ro­bi­taille). Le vau­de­ville ra­conte les aven­tures ro­cam­bo­lesques d’un homme qui a des aven­tures avec trois hô­tesses de l’air. Pau­line Mar­tin in­ter­prète Berthe, la bonne de l’homme. «Elle est in­sup­por­table et elle bou­gonne tout le temps.»

Quand on lui de­mande si elle aime jouer ce genre de per­son­nage, sa ré­ponse ne se fait pas at­tendre: «Oui! J’ai dit à An­dré Ro­bi­taille que j’ac­cep­tais de faire ce rôle s’il me per­met­tait de rendre hom­mage, à tra­vers ce per­son­nage, à tous les plus grands comiques du Qué­bec, de La Poune à Oli­vier Gui­mond.»

Il semble que ç’a été une réus­site puisque, lors d’une pro­duc­tion an­té­rieure, une dame lui a dit: «Ce soir, je vous re­gar­dais jouer et j’ai vu pas­ser La Poune, Oli­vier Gui­mond, etc.» «Nor­mand Choui­nard m’a dit qu’An­dré m’avait don­né un très beau ter­rain de jeu et que j’en pro­fi­tais.» On ira aus­si en pro­fi­ter. Après sa pré­sen­ta­tion à Mon­tréal, à la salle Jean-Claude-Ger­main du Théâtre d’Au­jourd’hui, jus­qu’au 18 mars, Irène sur Mars se­ra pré­sen­tée un peu par­tout en pro­vince l’au­tomne pro­chain.

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