« JE SOU­HAITE QUE DES CI­NÉASTES INUITS FASSENT DES FILMS SUR EUX »

Le Grand Nord agit de plus en plus comme un ai­mant pour les ci­néastes qué­bé­cois. Après Kim Nguyen (Two Lo­vers and a Bear) et Be­noît Pi­lon (Iqa­luit), c’est au tour de Ro­bin Au­bert de se frot­ter à la ri­gueur des contrées nor­diques dans Tuk­tuq.

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND CINÉMA - Cédric Bélanger Le Jour­nal de Qué­bec ce­dric.be­lan­ger @que­be­cor­me­dia.com

Em­prun­tant au genre du do­cu­fic­tion, Tuk­tuq (ca­ri­bou en in­uk­ti­tut) suit le par­cours d’un ca­me­ra­man de té­lé com­mu­nau­taire qu’un sous-mi­nistre cy­nique au pos­sible en­voie dans un vil­lage du Nord. Sa mis­sion: rap­por­ter des images pré­sen­tant les lieux sous un jour né­ga­tif afin de fa­vo­ri­ser l’im­plan­ta­tion d’une mine de ni­ckel qui for­ce­ra le dé­pla­ce­ment des vil­la­geois.

À quelques jours de la sor­tie du film, Ro­bin Au­bert, qui réa­lise, scé­na­rise et tient le rôle prin­ci­pal, a ré­pon­du à nos ques­tions. Pour­quoi as-tu choi­si le Nu­na­vik pour ton ré­cit? Je vou­lais dé­cou­vrir le Grand Nord de­puis long­temps. Quelque chose en de­dans me di­sait qu’il fal­lait que j’y aille. Le scé­na­rio s’ap­puie sur des faits réels «à en de­ve­nir». C’est une fic­tion, mais la fic­tion dé­passe tou­jours la réa­li­té. Le film semble être une cri­tique as­sez vi­ru­lente des po­li­ti­ciens, du gou­ver­ne­ment li­bé­ral en par­ti­cu­lier, mais je sens aus­si une dé­non­cia­tion du dés­in­té­rêt, voire de l’apa­thie du peuple face à la po­li­tique. Je me trompe? T’as bien vu. J’y sens une sorte de dés­illu­sion face à nos po­li­ti­ciens et aux par­tis po­li­tiques en place. La pen­sée de droite qui ac­quiert de l’in­té­rêt de plus en plus. L’in­di­vi­dua­lisme gran­dis­sant. La dés­illu­sion, la langue de bois, le pou­voir avant tout. Com­ment a été l’ex­pé­rience de tour­ner avec les Inuits? Est-ce que, à l’ins­tar de

ton per­son­nage, cette ren­contre avec eux a été mar­quante pour toi?

C’est le ter­ri­toire qui m’est ren­tré de­dans. Je ne sa­vais pas com­ment ré­agir face à l’es­pace, à la pers­pec­tive. On se sent pe­tit face au dé­cor. Le fait qu’il n’y a pas d’arbres est une des rai­sons, je pense. Le temps qui passe aus­si. C’est un sen­ti­ment très étrange, le temps qui passe. On doit s’adap­ter à cet état et non le contraire. Grande ques­tion: le ci­né­ma a-t-il le pou­voir de se­couer notre in­dif­fé­rence face au sort des ha­bi­tants du Nord? Je pense que le ci­né­ma a un cer­tain pou­voir face aux in­dif­fé­rences en gé­né­ral, pas seule­ment face aux cou­tumes qui nous sont étran­gères, mais face à l’in­dif­fé­rence de l’autre, de sa pen­sée et de sa vi­sion du monde. Le ci­né­ma per­met de faire le pont entre soi et son voi­sin, ça je le crois vrai­ment.

Ton film a été tour­né en 2012. Pour­quoi a-t-il fal­lu au­tant de temps pour le sor­tir?

J’ai eu des offres de réa­li­sa­tion et de jeu que je ne pou­vais re­fu­ser. Je suis de­ve­nu pa­pa. Je de­vais aus­si le fi­nan­cer pe­tit à pe­tit pour réus­sir à le ter­mi­ner. Dans ce sens, c’est un film de ré­si­lience, de per­sé­vé­rance, un film qu’il fal­lait que je fasse à tout prix.

On sent un sou­dain in­té­rêt pour le Grand Nord de la part de nos ci­néastes. Crois­tu qu’il y a là-bas un po­ten­tiel à ex­plo­rer pour le ci­né­ma?

Je sou­haite qu’il y ait da­van­tage de ci­néastes inuits qui nous pré­sentent des films sur eux. C’est un peuple pro­fond, rem­pli d’hu­mour et de pa­tience. C’est un peuple très ac­cueillant quand tu ar­rives à ga­gner son res­pect. Tuk­tuq, qui met aus­si en ve­dette Bri­gitte Pou­part et Ro­bert Mo­rin, sort en salles le 24 mars. Ro­bin Au­bert ter­mine pré­sen­te­ment la pro­duc­tion de son pro­chain long mé­trage, Les af­fa­més, un film de zom­bies avec Marc-André Gron­din, Mi­che­line Lanc­tôt, Mo­nia Cho­kri et Bri­gitte Pou­part.

Le co­mé­dien, réa­li­sa­teur et scé­na­riste de Tuk­tuq, Ro­bin Au­bert. PHOTO COURTOISIE

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