LA VIE APRÈS LA GLOIRE

DUBMATIQUE 20 ANS PLUS TARD

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Ra­phaël Gen­dron-Mar­tin

Dans un res­tau­rant d’Ou­tre­mont, où on les a ren­con­trés, Jé­rôme-Phi­lippe et Ous­mane sont très vo­lu­biles. La rai­son est simple: ils n’ont pas fait d’en­tre­vue en pro­fon­deur avec un mé­dia de­puis des an­nées. Même s’ils ac­cusent la qua­ran­taine (Jé­rôme a 44 ans, Ous­mane, 43), les deux amis rap­peurs ont as­sez peu chan­gé.

Où ont-ils pas­sé les der­nières an­nées? leur de­mande-t-on d’en­trée de jeu. «J’ai fait un peu de tout, ré­pond Ous­mane, qui est père de trois en­fants de 7, 12 et 16 ans. J’ai aidé à la ré­no­va­tion, j’ai tra­vaillé sur des meubles et je suis pré­sen­te­ment aide-cui­si­nier dans un res­tau­rant [il pré­fère taire le nom de l’éta­blis­se­ment mont­réa­lais].»

«Mes trois en­fants vont à l’école ar­tis­tique FACE, pour­suit-il. Ma plus vieille me parle par­fois de la mu­sique hip-hop en pen­sant me mon­trer des choses! (rires)»

De son cô­té, Jé­rôme-Phi­lippe tra­vaille de­puis plus de cinq ans pour la com­pa­gnie de li­vrai­son Fedex à Co­teau-du-Lac. «J’ha­bite à Sa­la­ber­ry-de-Val­ley­field, dit ce père d’une fillette qui au­ra cinq ans en mai. C’est un meilleur cadre de vie pour moi, là-bas. C’est une bouf­fée d’air. [...] Quand ton en­fant te de­mande ce qu’il y a pour sou­per, ça te ra­mène les pieds sur terre.»

Dé­ci­dé­ment, leur vie ran­gée ac­tuelle est fort dif­fé­rente de celle qu’ils ont me­née à la fin des an­nées 1990. «La mu­sique, c’était toute notre vie, avant. Mais main­te­nant, elle fait par­tie de notre vie», men­tionne Ous­mane.

S’ÉVA­DER DANS LES SPEC­TACLES

Dans la jeune ving­taine au mo­ment de la sor­tie de La force de com­prendre, Jé­rôme et Ous­mane, qui for­maient alors un trio avec Alain Be­nab­dal­lah, alias DJ Choice [il a quit­té le groupe après le deuxième al­bum], avaient vu les portes du show-bu­si­ness s’ou­vrir grandes de­vant eux. Ce pre­mier al­bum s’était écou­lé à 125 000 exem­plaires.

Les in­vi­ta­tions à faire la fête étaient alors nom­breuses, mais les jeunes mu­si­ciens te­naient tout de même à gar­der la tête froide.

«Nous avons tou­jours vou­lu res­ter pro­fes­sion­nels, dit Ous­mane. Oui, nous ac­cep­tions les in­vi­ta­tions à l’oc­ca­sion, mais nous ne vou­lions pas don­ner une image de jeunes fous qui ont du suc­cès. Nous étions vrai­ment ran­gés dans ce sens-là. Le moyen pour nous de nous éva­der, c’étaient les spec­tacles, les tour­nées.»

«Quand ça a com­men­cé, avant qu’on ne voie vrai­ment les pre­miers dol­lars de la mu­sique, on pre­nait en­core le métro, pour­suit Ous­mane. Dans le temps, il y avait des af­fiches, dans le métro. Et on y voyait: “Cette se­maine, le nu­mé­ro 1 du pal­ma­rès des ventes est Dubmatique!” (rires)»

MEILLEUR AL­BUM ROCK AL­TER­NA­TIF

Le suc­cès de La force de com­prendre avait un peu pris les membres de Dubmatique par sur­prise. Car quelques mois avant la sor­tie de l’al­bum, per­sonne ne vou­lait s’en­ga­ger avec eux.

«À l’époque, le hip-hop fran­co­phone qué­bé­cois était dans l’un­der­ground, dit Ous­mane. Il n’y avait au­cune com­pa­gnie de disques qui vou­lait se ris­quer à mettre 100 000 $. On ne pou­vait pas non plus avoir de sub­ven­tion avec Mu­si­cAc­tion, car la ca­té­go­rie hip-hop n’exis­tait pas!»

Le disque Dubmatique était tel­le­ment «étrange», pour l’industrie de l’époque, qu’il avait re­çu le Félix du... meilleur al­bum rock al­ter­na­tif de l’an­née!

Un mois avant la sor­tie du disque, Dubmatique a sen­ti que le vent al­lait tour­ner lors­qu’il a été in­vi­té à faire la pre­mière par­tie de la tour­née qué­bé­coise des Backs­treet Boys.

«On était prêts, même si on n’avait ja­mais joué de­vant 16 000 per­sonnes avant ça, men­tionne Jé­rôme-Phi­lippe. Pen­dant les six an­nées pré­cé­dentes, il y avait eu beau­coup de dé­cou­ra­ge­ment. C’était presque un che­min de croix. Mais quand on a eu cette pre­mière par­tie, on a sen­ti que les astres s’ali­gnaient, que les choses al­laient se passer. Et ç’a été un mo­ment tour­nant.»

SOU­LI­GNER LES 20 ANS

En 2009, après cinq ans d’ab­sence, Dubmatique a ten­té un re­tour avec son qua­trième al­bum, Trait d’union. Le disque n’a pas connu le suc­cès es­pé­ré. «On a réalisé que le mé­tier de la mu­sique n’était pas for­cé­ment quelque chose qui pour­rait du­rer toute notre vie», in­dique Ous­mane. L’an­née sui­vante, les rap­peurs pre­naient des che­mins dif­fé­rents.

Avec le ving­tième an­ni­ver­saire de La force de com­prendre cette an­née, Jé­rôme et Ous­mane ont l’in­ten­tion de re­ve­nir et de pro­po­ser quelques concerts cet été.

«On veut faire un hap­pe­ning, un genre de fête, dit Ous­mane. Les FrancoFolies? C’est sûr qu’ils vont re­ce­voir un ap­pel de nous. On veut al­ler vers notre pu­blic. Nous avons as­sez de matière pour faire un spec­tacle de deux heures.»

Pour ce qui est d’écrire de nou­velles chan­sons, Jé­rôme-Phi­lippe et Ous­mane de­vraient s’y mettre pro­chai­ne­ment. «L’écri­ture, c’est un ef­fort jour­na­lier, dit Ous­mane. L’ins­pi­ra­tion, on ne la com­mande pas. Mais Jé­rôme et moi, on a des choses à dire.»

Dubmatique est-il en­core per­ti­nent en 2017? «C’est au pu­blic de dé­ci­der, ré­pond Jé­rôme. On a tou­jours été la voix du pu­blic, des gens qui n’avaient pas de tri­bune. Mais tant qu’il y au­ra des pro­blèmes [dans la so­cié­té], il y au­ra des rap­peurs. C’est notre bou­lot de dé­non­cer les choses.»

Dubmatique en 1998. De gauche à droite: DJ Choice, Di­soul et OTMC.

Jé­rôme-Phi­lippe Bé­lin­ga et Ous­mane Trao­ré ont dé­ci­dé de se réunir pour sou­li­gner les 20 ans de l’al­bum La force de com­prendre, de Dubmatique.

Dubmatique en 2009, lors de la sor­tie du der­nier al­bum du groupe, Trait d’union.

Dubmatique sur le pla­teau de l’émis­sion Bouge de là,à Mu­si­queP­lus, en 1996.

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