« DE­PUIS MA MA­LA­DIE, JE DIS TOU­JOURS OUI »

Yves Tou­gas a per­du la vue à 18 ans. Au­jourd’hui âgé de 37 ans, il anime sa pre­mière émis­sion de té­lé­vi­sion, une sé­rie do­cu­men­taire in­ti­tu­lée Yves et Maks sur la route, qui re­late son pé­riple gas­tro­no­mique avec son ami Mak­sim Mo­rin, le chef pro­prié­taire d

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND -

Dif­fu­sé sur AMI-té­lé, une chaîne fran­co­phone au ser­vice des per­sonnes à mo­bi­li­té ré­duite, non-voyantes ou mal­en­ten­dantes, cette pro­duc­tion de Pi­mien­to (Le vote la­ti­no, Amé­ri­ko­lo­gie) nous fait dé­cou­vrir des routes gas­tro­no­miques du Ca­na­da, du Mexique et des États-Unis. En en­tre­vue au Jour­nal, Yves sou­haite qu’Yves et Maks ins­pire les per­sonnes, at­teintes – ou non – d’un han­di­cap, à oser da­van­tage, ne se­rait-ce qu’en s’ou­vrant à d’autres ali­ments.

«De­puis ma ma­la­die, je dis tou­jours oui, confie le grand gaillard. Parce qu’il faut al­ler plus loin. Il faut ar­rê­ter de s’im­po­ser des li­mites. Étant don­né ma condi­tion, je pour­rais fa­ci­le­ment avoir 1001 bar­rières, mais je fonce pa­reil.»

UN GRAND COUP

Frap­pé d’un trouble du nerf op­tique (neu­ro­pa­thie hé­ré­di­taire de Le­ber) à 18 ans, Yves Tou­gas a mis quelques mois à en­cais­ser le choc. «J’étais per­du, ad­met-il. J’étais on top of the world. J’avais mon char, pis toute. Je jouais au ho­ckey. Je fai­sais ce que je vou­lais quand je vou­lais. Je tra­vaillais. J’al­lais à la chasse. J’al­lais à la pêche... Et tout d’un coup, plus rien. Ç’a don­né un grand coup, mais j’me suis re­vi­ré de bord.»

Après avoir quit­té la mai­son fa­mi­liale, sui­vi des cours de ré­ha­bi­li­ta­tion et ap­pris à lire le braille, Yves Tou­gas a tra­vaillé dans une banque avant de bi­fur­quer vers la mas­so­thé­ra­pie. «Le tra­vail as­sis de 9 à 5, ce n’était pas pour moi», ra­conte ce­lui qui s’en­traîne six jours par se­maine.

UNE TÉ­LÉ «IN­TEL­LI­GENTE»

L’idée d’un pé­riple cu­li­naire té­lé­vi­sé avec Yves Tou­gas est ve­nue à Mak­sim Mo­rin lors d’un voyage à To­kyo, une mé­tro­pole ap­pa­rem­ment fort bien adap­tée aux non-voyants. Avec l’aide du pro­duc­teur Or­lan­do Ar­ria­ga­da (Pi­mien­to), le pro­jet s’est ra­pi­de­ment mis en marche. «Je m’étais tou­jours dit: si ja­mais un jour, j’ai une émis­sion de té­lé­vi­sion, je veux faire quelque chose d’in­tel­li­gent, ex­plique Mak­sim Mo­rin. Des re­cettes grand pu­blic, des trucs de ma­dame, des com­pé­ti­tions, des té­lé­réa­li­tés... c’est ce que tout le monde fait. Je vou­lais faire quelque chose avec plus de pro­fon­deur.» Bien qu’il n’avait ja­mais fait de té­lé­vi­sion, Yves Tou­gas a vite ac­cep­té l’offre de Mak­sim. «Il y a plein de non­voyants qui res­tent chez eux, mais il y en a d’autres, comme moi, qui font plein de choses. L’autre jour sur AMI-té­lé, j’écou­tais une émis­sion à pro­pos d’un non-voyant qui fait du ska­te­board. C’est le fun de voir qu’il y en a qui osent.»

AMI-té­lé pré­sente Yves et Maks sur la route les mar­dis à 20 h 30.

Marc-An­dré Le­mieux Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.le­mieux @que­be­cor­me­dia.com

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