RE­TOUR AU TEMPS DE LA PRO­HI­BI­TION

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES -

Que l’on aime ou pas, on ne de­meure pas in­dif­fé­rent à cet en­droit unique. On y vient pour man­ger, boire, fes­toyer, dan­ser le rock’n’roll… Et y re­vivre une époque de notre pas­sé: celle de la pro­hi­bi­tion. Bien­ve­nue à la Mai­son du Boot­leg­ger, dans Char­le­voix!

Re­tour sur l’his­toire: cette mai­son construite en 1860 au nord-est de la ri­vière Mal­baie, pro­prié­té de la fa­mille Tur­cotte, fut ven­due en 1933 à No­rie Sel­lar, un Amé­ri­cain de Penn­syl­va­nie. Ce der­nier dé­man­te­la la mai­son en nu­mé­ro­tant cha­cune des pièces et la re­cons­trui­sit sur le rang du Ruis­seaudes-Frênes, à Sainte-Agnès, sur un site boi­sé et iso­lé. M. Sel­lar créa le Club des Monts, un club de chasse et pêche qui don­nait ac­cès à 22 lacs. C’était l’époque où de riches Amé­ri­cains ar­ri­vaient dans Char­le­voix à bord des ba­teaux blancs pour pro­fi­ter de l’air pur, pour y pê­cher et chas­ser sur les grands ter­ri­toires sau­vages de la ré­gion. C’était aus­si l’époque de la pro­hi­bi­tion: la consom­ma­tion d’al­cool était for­mel­le­ment in­ter­dite par l’Église et par la loi dans de nom­breux États amé­ri­cains. Et Char­le­voix n’y échap­pait pas.

Le Club des Monts était un club sé­lect «of­fi­ciel» où les no­tables ve­nus de par­tout et les grands de ce monde ve­naient s’at­ta­bler de­vant un bon re­pas et même dé­gus­ter le pro­duit de leur pêche et de leur chasse. Les fa­milles Taft, Nixon, Ken­ne­dy y sont pas­sées. El­vis Pres­ley éga­le­ment. Le Club des Monts avait aus­si un éta­blis­se­ment non of­fi­ciel qui oc­cu­pait le rez-de-chaus­sée de la mai­son: il s’agis­sait d’un bar clan­des­tin où se ras­sem­blaient les no­tables pour boire à leur guise, à l’abri des re­gards. Pour dé­jouer l’es­couade de la mo­ra­li­té, M. Sel­lar avait trans­for­mé le bas de sa mai­son en un vé­ri­table la­by­rinthe consti­tué de couloirs étroits, portes se­crètes, sa­lons fer­més…

Quelques dé­cen­nies plus tard, alors que cette mai­son était aban­don­née et à vendre, une femme d’af­faires au­da­cieuse, Jo­hanne Bras­sard, sen­tit son ima­gi­na­tion s’en­flam­mer en pre­nant connais­sance de l’his­toire des lieux. Elle dé­ci­da de faire re­vivre cette mai­son unique et de lui in­suf­fler l’âme qu’elle avait à l’époque.

UNE DEUXIÈME VIE

La mai­son, dont l’in­té­rieur est tout en bois, est de­ve­nue un steak house d’ins­pi­ra­tion texane. Dans un dé­cor char­gé de mille et un sou­ve­nirs et une at­mo­sphère ani­mée, les convives par­tagent de longues tables, ce qui leur per­met ain­si de sym­pa­thi­ser avec leurs voi­sins. On y offre un me­nu de grillades cuites sur char­bon de bois à l’érable, qu’on as­sai­sonne avec les épices mai­son, et qu’on ac­com­pagne avec les sauces mai­son. Car la Mai­son du Boot­leg­ger a aus­si mis en mar­ché ses pro­duits mai­son qui sont ven­dus par­tout à tra­vers le Qué­bec.

Un guide em­mène en­suite les convives au rez-de-chaus­sée pour leur faire dé­cou­vrir l’en­droit. On se fau­file dans des cor­ri­dors étroits ta­pis­sés de journaux de l’époque, on entre dans de pe­tites pièces exi­guës, où ont été pré­ser­vés plan­chers et murs ori­gi­naux. Et avec un peu d’ima­gi­na­tion, on en­tend les conver­sa­tions…

Le re­pas du soir est sui­vi d’une soi­rée dan­sante avec la mu­sique en­dia­blée de Joey Tar­dif et du Boot­leg­ger House Band. Au­jourd’hui, les en­droits où l’on peut dan­ser après le re­pas ne sont pas lé­gion. Et la for­mule du Boot­leg­ger est ga­gnante. Ceux qui ne veulent pas prendre la route après cette soi­rée (peut-être bien ar­ro­sée) pour­ront pas­ser la nuit au pres­by­tère du Boot­leg­ger, si­tué à deux ki­lo­mètres du res­tau­rant. Une na­vette y ac­com­pagne les convives. Ce pres­by­tère, construit en 1903 juste à cô­té de l’église de Sainte-Agnès, a été ré­no­vé avec beau­coup de goût. On peut y louer une chambre, un étage ou le bâ­ti­ment au com­plet. L’en­droit n’a ni in­ter­net ni té­lé­vi­seur pour per­mettre aux convives de re­trou­ver la paix et la tran­quilli­té après cette soi­rée élec­tri­sante.

Le pres­by­tère du Boot­leg­ger peut hé­ber­ger les vi­si­teurs de la Mai­son du Boot­leg­ger.

Les vi­si­teurs peuvent dé­cou­vrir les étroits cor­ri­dors for­mant un vé­ri­table la­by­rinthe.

La Mai­son abrite aus­si un res­tau­rant.

On peut trin­quer tout à fait lé­ga­le­ment dans l’an­cien bar clan­des­tin de la Mai­son.

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