QU'ON M' AIME

« IL Y A 20 ANS J’AVAIS TEL­LE­MENT BE­SOIN

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND MUSIQUE - Raphaël Gendron-Martin

À la fin des an­nées 1990, les dis­co­thèques et ra­dios com­mer­ciales du Qué­bec fai­saient jouer à pro­fu­sion deux mor­ceaux du Fran­çais Al­lan

Théo, Lo­la et Soñar. Vé­ri­table star de la pop, le chan­teur était alors pro­mis à un brillant ave­nir sur les pal­ma­rès. Mais les an­nées pas­sèrent et les ama­teurs qué­bé­cois de l’ar­tiste n’eurent presque plus de ses nou­velles. Que lui est-il ar­ri­vé de­puis? Le Jour­nal s’est en­tre­te­nu avec le chan­teur de 45 ans qui a fait gran­de­ment par­ler de lui en 2013 après avoir par­ti­ci­pé à un film por­no avec sa femme.

«Quoi, Al­lan Théo a joué dans un film por­no?» Lorsque la nou­velle est sor­tie, il y a quatre ans, les in­ter­nautes n’en croyaient pas leurs yeux.

L’ar­tiste qui, au­tre­fois, chan­tait la pomme dans des mor­ceaux pop lé­gers, avait ac­cep­té de tour­ner une vi­déo sexuel­le­ment ex­pli­cite avec sa femme So­phie pour les Pro­duc­tions Marc Dor­cel, un géant fran­çais du XXX.

En en­tre­vue avec Le Jour­nal, Al­lan Theo ne se dé­file pas à pro­pos de cette ex­pé­rience qui a sur­pris, et cho­qué, bien des gens.

«Évi­dem­ment, j’ai eu des gens qui se sont of­fus­qués, qui ont trou­vé ça dé­gueu­lasse, dit-il. Mais at­tends, j’avais 40 ans, pas 12 ans! Pour cer­taines per­sonnes, je fais par­tie de leur en­fance. Elles m’écou­taient quand elles avaient 14 ou 15 ans. Pour elles, c’est comme si on avait sanc­ti­fié quelque chose fai­sant par­tie d’une époque bé­nie.»

«D’un autre co­té, et je dois avouer que c’est la ma­jo­ri­té, ces femmes qui avaient 14 ans à l’époque et qui sont main­te­nant adultes, elles sont bien contentes que je sois dans l’éro­tisme (rires).»

VI­DÉO­CLIP SENSUEL

Le fait qu’Al­lan Théo ait joué dans un film por­no­gra­phique, en plus de par­ti­ci­per à de nom­breux sa­lons de l’éro­tisme ces der­nières an­nées, pour­rait éton­ner. Pour­tant, le prin­ci­pal in­té­res­sé men­tionne que ces ex­pé­riences sont tout à fait nor­males pour lui.

C’est en 2011, avec son vi­déo­clip pour la chan­son Je dé­rive, que ce nou­veau monde s’est ou­vert à lui.

«Je n’étais plus avec une com­pa­gnie de disque et je re­par­tais donc à zéro. Je cher­chais une fa­çon pour que les gens me voient. J’ai dé­ci­dé de faire un clip com­plè­te­ment bar­jot (far­fe­lu) qui met­tait en scène un per­son­nage en cos­tard­cra­vate qui se trans­for­mait en bête sau­vage. Les sa­lons de l’éro­tisme m’ont en­suite con­tac­té. Ils m’ont dit que c’était la pre­mière fois qu’on voyait un Fran­çais qui osait trai­ter de la sexua­li­té et de la do­mi­na­tion.»

COM­PLÈ­TE­MENT NU

Pen­dant un an, Al­lan Théo est ain­si par­ti en tour­née dans ces sa­lons de l’éro­tisme. Quatre fois par week-end, il se pro­dui­sait de­vant des foules de 8000 per­sonnes. «À la fin de ma pres­ta­tion, je ter­mi­nais com­plè­te­ment nu. Je me sen­tais va­che­ment à l’aise.»

C’est par la suite que la pro­po­si­tion d’un film por­no est ar­ri­vée. Et Al­lan Théo a ado­ré l’ex­pé­rience. «C’est un pro­jet qui était su­per pro­met­teur parce que j’ai tout à faire», dit-il. Cette vi­déo de­vait être le pre­mier épi­sode de plu­sieurs, men­tionne-t-il. Mais les Pro­duc­tions Marc Dor­cel ont dé­ci­dé d’ar­rê­ter le pro­jet. «Ils ont fait ma­chine ar­rière en me di­sant qu’ils avaient peur de cho­quer leur pu­blic en lui mon­trant des choses qu’il n’a pas l’ha­bi­tude de voir», dit-il.

Al­lan Théo a mis le vo­let éro­tique de sa car­rière «entre pa­ren­thèses», mais il ne ferme pas la porte à un re­tour dans le mi­lieu XXX quand il au­ra trou­vé «les bons par­te­naires».

GÉ­NÉ­RA­TION BOYS BAND

Pré­sen­te­ment, le chan­teur se concentre sur deux pro­jets mu­si­caux: Gé­né­ra­tion Boys Band et The Stern. Dans le pre­mier, il forme un trio en com­pa­gnie de Ch­ris Kel­ler, an­cien membre du groupe G-

Squad, et Frank De­lay, un an­cien de 2Be3.

«J’étais très sur­pris qu’ils me contactent, car je n’ai ja­mais été dans un boys band. Fi­na­le­ment, j’étais le plus mo­ti­vé des trois! J’ai le se­cond de­gré né­ces­saire pour par­ti­ci­per à ce pro­jet-là. Je les ai pous­sés pour faire des cho­ré­gra­phies.»

En­semble, les trois chan­teurs re­prennent des suc­cès de leurs car­rières res­pec­tives, en plus de faire des mor­ceaux connus de dif­fé­rents boys band, comme les Backs­treet Boys et *NSYNC. Le trio ai­me­rait bien ve­nir jouer au Qué­bec.

«On sait que chez vous, vous êtes forts en hu­mour, dit Al­lan Théo. Notre spec­tacle a beau­coup d’hu­mour. On veut bien le ro­der avant de ve­nir le pré­sen­ter au Ca­na­da.»

Dans le se­cond pro­jet, The Stern, Al­lan Théo touche à la mu­sique clas­sique et à l’élec­tro. «C’est dé­men­tiel comme tra­vail! dit-il. Je ne m’at­ten­dais pas à avoir un pro­jet aus­si pha­rao­nique.» Il fait des concerts pour ce pro­jet pa­ral­lè­le­ment à ceux de Gé­né­ra­tion Boys Band.

MU­SIQUE AGRESSIVE

Avant d’en ar­ri­ver à ces pro­jets, Al­len Théo a pas­sé quelques an­nées à se cher­cher. Après avoir connu un im­mense suc­cès grâce à son al­bum Emmène-moi, pa­ru en 1998, il a com­plè­te­ment chan­gé de style pour al­ler dans le rock, avec Theo-Group.

«C’était une réaction, une ré­volte par rap­port à l’image qu’on me trim­bal­lait, dit-il. J’avais vrai­ment en­vie de me dé­par­tir de ce qu’on voyait. Du coup, ma mu­sique est de­ve­nue de plus en plus agressive, re­van­charde. J’avais be­soin de hur­ler. Mais je me suis ren­du compte qu’Al­lan Théo qui fait du néo-mé­tal, ce n’était pas pos­sible [pour l’in­dus­trie].»

A-t-il re­nié la pé­riode pop de ses dé­buts?

«Oui, com­plè­te­ment, ré­pond-il. En France, j’ai vrai­ment sen­ti qu’Al­lan Théo, c’était de la pop pour jeunes per­sonnes et pas autre chose. Ç’a été dif­fi­cile à un mo­ment. Quand t’ar­rives à 35 ans, tu ne peux pas chan­ter les mêmes choses qu’à 20 ans. Mais j’avais dé­jà 27 ans quand je fai­sais Em­mè­ne­moi. C’était dé­jà une conces­sion. Ça me plai­sait, mais je sa­vais très bien que j’al­lais de­voir évo­luer.»

RE­TROU­VER SA LI­BER­TÉ

Au dé­but 2000, les pro­duc­teurs de l’époque lui avaient de­man­dé de re­ve­nir avec un nou­vel al­bum la­ti­no, ce qu’il avait re­fu­sé. Le chan­teur s’est même ren­du jus­qu’en cour pour se li­bé­rer de son contrat de disque en France.

«Ç’a du­ré deux ans et de­mi, dit-il. Ce sont des choses très dou­lou­reuses à vivre. Une fois que tu sors de ça, tu gagnes ta li­ber­té. Mais une fois que t’as ta li­ber­té, qu’est-ce que tu fais main­te­nant?»

«Il y a 20 ans, j’avais tel­le­ment be­soin qu’on m’aime, dit-il. Je vou­lais que tout le monde m’aime, le chien du voi­sin, la grand-mère, tout le monde.

Emmène-moi, Al­lan Théo, Soñar, le cô­té po­si­tif, joyeux, dan­sant, c’était par­fait. Je n’avais pas la force men­tale de faire autre chose, même si, au fond de moi-même, il y avait une part de ma per­son­na­li­té que j’avais mise de cô­té. On ne peut pas tou­jours être uni­di­rec­tion­nel.»

Al­lan Théo s’est in­té­res­sé au mi­lieu de l’éro­tisme, ces der­nières an­nées.

Al­lan Théo, Ch­ris Kel­ler (GS­quad) et Frank De­lay (2Be3) forment le groupe Gé­né­ra­tion Boys Band. PHOTOS COUR­TOI­SIE LUC LAFORCE, AL­BERT VINCENT, JEANC­LAUDE AN­GERS, GROUPE GÉ­NÉ­RA­TION BOYS BAND

En 2013, Al­lan Théo par­ti­cipe à un film por­no­gra­phique pro­duit par Marc Dor­cel. La vi­déo, d’une du­rée de 18 mi­nutes, a été tour­née avec son épouse So­phie et la soeur de celle-ci, Ava Cour­celles.

En 2002, Al­lan Théo était ve­nu au Qué­bec pour faire la pro­mo­tion de l’al­bum Sou­pir.

Le chan­teur en 1999, à l’époque du suc­cès de Lo­la.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.