UNE ÎLE AU DES­TIN PEU BA­NAL

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES - GILLES PROULX Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

L’île de Man, c’est un peu comme la ver­sion an­glo­saxonne des Îles de la Ma­de­leine. Dans ma jeu­nesse, quand j’en­ten­dais par­ler des in­tré­pides cou­reurs au­to­mo­biles des 24 heures du Mans, j’ima­gi­nais, naï­ve­ment, que l’épreuve avait lieu sur cette île coin­cée entre l’Écosse et l’Ir­lande, et que le ru­gis­se­ment des mo­teurs trou­blait les éle­veurs de mou­tons.

Or, j’avais tort. Le Mans, avec un s, c’est en France, sur le conti­nent ; quant à l’île de Man, sans s, on n’y pra­tique pas la course au­to­mo­bile… mais plu­tôt la course au pro­fit en jouant au pa­ra­dis fis­cal avec les KPMG de ce monde qui, si l’on en croit l’émis­sion

En­quête, mettent les im­pôts de nos su­per-riches à l’abri du fisc. De très pai­sible et en­nuyeuse qu’elle était à ma vi­site en 1971, elle se fait plus tou­ris­tique, plus ani­mée, of­frant aux amants un lieu in­tact, mais de moins en moins ou­blié, ce qui force les au­to­ri­tés à lé­gi­fé­rer pour pro­té­ger son ca­rac­tère mé­dié­val. La preuve que ça se dé­ve­loppe : la po­pu­la­tion avoi­sine 90 000 âmes, et son ni­veau de vie est en­viable, avec un PIB par ha­bi­tant de 50 000 $ (com­pa­ra­ti­ve­ment à quelque 36 000 $ par Qué­bé­cois).

En dé­am­bu­lant d’un en­droit à l’autre, ce qui peut plaire, c’est l’ab­sence de cir­cu­la­tion au­to­mo­bile. Les pay­sages se dé­roulent de­vant nos yeux. De la ver­dure, des pa­cages de mou­tons, quelques ruines de châ­teau ici et là, qui ra­content la grande pé­riode mé­dié­vale. Voi­là qui ré­sume bien l’es­prit des lieux.

Les Man­nois forment un peuple à part. Leur au­to­no­mie par rap­port au Royaume-Uni a de quoi sus­ci­ter notre en­vie. Leur chef, c’est la reine, en théo­rie ; dans la pra­tique, c’est le lieu­te­nant­gou­ver­neur qui, ef­fec­ti­ve­ment, gou­verne… et ce­lui-ci est élu au suf­frage de la po­pu­la­tion. La tra­di­tion par­le­men­taire est pro­fon­dé­ment en­ra­ci­née sur l’île. Le Tyn­wald, ou par­le­ment man­nois, est en ac­ti­vi­té de­puis le 9e siècle, ça fait donc plus de 1000 ans! Voi­là donc une île qui en a long à nous ra­con­ter. Ce­la n’est pas étran­ger à sa po­pu­la­ri­té gran­dis­sante au­près des vi­si­teurs.

Cet an­cien train à va­peur a été re­con­ver­ti à l’élec­tri­ci­té.

Avec son sol ro­cailleux, l’île se prête mieux à l’éle­vage qu’à l’agri­cul­ture.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.