JEANNE MOREAU, UNE GRANDE SÉDUCTRICE EN QUÊTE DE « L’AMOUR PROFOND »

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA WEEKEND -

AFP | Ré­pu­tée grande séductrice, libre et in­dé­pen­dante, la co­mé­dienne fran­çaise Jeanne Moreau, dé­cé­dée dans la nuit de di­manche à lun­di, af­fir­mait avoir re­cher­ché « l’amour profond » plus que la pas­sion, à tra­vers les liai­sons qu’elle avait pu avoir au cours de sa vie.

« L’amour profond n’a rien à faire avec la pas­sion. La pas­sion est éphé­mère. Les gens qui disent “j’ai une pas­sion pour vous”, ça ne m’in­té­resse pas », as­su­rait-elle, l’âge ve­nu.

Au mot sexua­li­té, elle pré­fé­rait ce­lui de sen­sua­li­té : « Je laisse au rap­port des corps une di­men­sion di­vine. »

L’ac­trice qui eut des liai­sons amou­reuses entre autres avec le ci­néaste Louis Malle et le cou­tu­rier Pierre Car­din, cer­ti­fiait : « J’ai été dé­si­rée plus que je n’ai dé­si­ré ».

Ma­riée très jeune en 1949 avec le co­mé­dien et réa­li­sa­teur Jean-Louis Richard, elle par­ta­geait avec lui la pas­sion du théâtre et les dif­fi­cul­tés quo­ti­diennes des jeunes couples désar­gen­tés. Leur fils, Jé­rôme, avait 11 mois quand le ma­riage com­men­ça à battre de l’aile.

« Là, j’ai vé­cu ma li­ber­té », di­sait-elle. « Des ex­pé­riences amou­reuses mul­tiples » qui, pour elle, n’avaient pas le par­fum scan­da­leux de l’adul­tère. Après le di­vorce, en 1955, Jean-Louis Richard était res­té son ami.

Jeanne Moreau re­fu­sait de qua­li­fier d’« échec » son se­cond ma­riage en 1977 avec William Fried­kin, le réa­li­sa­teur de French Con­nec­tion, qui abou­tit de nou­veau à un di­vorce après deux ans : « Je n’ai ja­mais fait d’er­reur », lan­çait-elle.

Une fois ins­tal­lée aux États-Unis avec le réa­li­sa­teur amé­ri­cain, ce fut, as­su­rait-elle, « une vie conju­gale qui ne m’a pas conve­nu du tout », « une ex­pé­rience à la fois ter­rible et ma­gni­fique. »

« Ma vie a été par­se­mée comme de ten­ta­tives, d’ex­pé­riences pour ap­prendre ce que c’est que d’ai­mer » , es­ti­mait-elle en­core. « Il est très dif­fi­cile de dire : “je sais ce que c’est que l’amour”. C’est comme le pa­ra­dis per­du dont on a été soi-di­sant chas­sés ».

Elle ré­pé­tait souvent que les rup­tures étaient tou­jours de son fait, pré­fé­rant aban­don­ner elle-même plu­tôt que d’être aban­don­née.

UNE RUP­TURE DIF­FI­CILE

La rup­ture avec Louis Malle a été no­toi­re­ment dif­fi­cile pour Jeanne Moreau.

Les Amants est « le pre­mier film qui a été fait pour moi. C’est une ren­contre avec l’amour », a-t-elle dit, ju­geant que le film n’au­rait pu être tour­né si el­le­même et le réa­li­sa­teur n’avaient pas été amants dans la vraie vie.

Sa ren­contre avec Pierre Car­din, dont l’ho­mo­sexua­li­té n’était pas un se­cret, fut un coup de foudre. « Je l’ai vu. Ça a été im­mé­diat. J’ai vou­lu le re­voir tout de suite », confiait-elle à Mar­gue­rite Du­ras. « Je sa­vais qu’il pou­vait ai­mer une femme. Je de­vais être pa­tiente, douce, ne pas lui faire peur ».

Pierre Car­din n’avait pas craint, en 2001, dans son dis­cours d’ac­cueil de Jeanne Moreau à l’Aca­dé­mie des BeauxArts, la pre­mière femme à y en­trer, d’évo­quer de­vant tous des sou­ve­nirs très per­son­nels : « À Ve­nise, à l’hô­tel Da­nie­li, dans cette grande chambre où vé­curent George Sand et Mus­set, nous fai­sions l’amour, nos corps en­la­cés ».

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